La bataille du Saint-Laurent 1942-2022 (80e anniversaire)

Dans No 1 - Janvier-Février 2022. par

L’année 2022 marque le 80e anniversaire du début de la bataille du Saint-Laurent. Au cours de la Deuxième Guerre mondiale des sous-marins allemands sont venus marauder dans les eaux québécoises et torpiller plus de vingt navires causant des centaines de pertes de vies humaines. Le secteur de l’Estran a été impliqué dès le 12 mai 1942 lorsque le SS Nicoya a été victime de l’attaque du U-553, suivi quelques jours plus tard du naufrage du SS Leto au large de Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine.

Les prochaines parutions de votre journal communautaire seront l’occasion d’en apprendre un peu plus à ce sujet.

THÈME 1
Préambule à la guerre; visites des Allemands dans le golfe du Saint-Laurent

Adolf Hitler prend le pouvoir le 30 janvier 1933 et s’assure de réarmer les forces armées de son pays. Les Allemands réussissent à se libérer des contraintes du traité de Versailles par l’accord naval anglo-allemand du 18 juin 19351 qui leur garantit notamment, la continuité du programme de développement de leur sous-marin de type VII lancé dès 19362 . L’empire du IIIe Reich continue de faire fi du traité de Versailles en s’emparant de plusieurs territoires3. Lorsque l’armée et l’aviation allemandes envahissent la Pologne le 1er septembre 1939, les Britanniques et les Français mettent un point d’honneur de respecter les engagements d’entraide préalablement convenus avec les Polonais et de ce fait, la Grande-Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939.

Le Canada, quant à lui, déclare officiellement la guerre à l’Allemagne le 10 septembre suivant.

Dès le 3 septembre 1939, le sous-marin allemand U-30 torpille et coule le croiseur non armé Athenia . Ce navire fait route vers Montréal depuis Liverpool en Angleterre. Dès la première journée de la Seconde Guerre mondiale, la bataille de l’Atlantique débute. Cette bataille sera la plus longue de ce conflit et passera par le Québec. « Hanna Baird de Verdun, Québec, assistante à bord de l’Athenia4, ne survécut pas, on la considère aujourd’hui comme étant la première victime de la marine marchande du Canada de la Seconde Guerre mondiale5 . »

Les Allemands connaissent bien le fleuve Saint-Laurent et son golfe pour l’avoir survolé et navigué, préalablement au déclenchement des hostilités.

Le premier jour du mois de juillet 1936, le plus gros dirigeable de cette époque, le LZ 129 Hindenburg, survole l’Est du Québec en suivant la voie fluviale laurentienne sans en avoir avisé qui que ce soit alors que sa destination se situe à Lakehurst dans l’état du New Jersey aux États-Unis. La route du Saint-Laurent aurait été préférée afin de permettre à l’un des passagers, qui occupe les fonctions de chef du service aérologique allemand, d’observer les conditions atmosphériques de ce secteur6 . Le fait que ce dirigeable arbore des croix gammées sur son gouvernail de direction nous incite à croire que les informations glanées lors de ce voyage auraient pu être transmises au service du renseignement du régime nazi, tout en constituant une occasion supplémentaire de mousser la propagande de ce régime.

Plusieurs navires allemands vont et viennent sur le fleuve Saint-Laurent préalablement à la guerre. L’historien Jacques Lacoursière7 nous informe d’un incident fort instructif. Le cargo allemand Johannes Malkenbuhr en voulant quitter les eaux canadiennes précipitamment, avant le déclenchement des hostilités, heurte un caboteur canadien à la hauteur de Pointe-au-Père. Là encore, cela démontre que les marins allemands connaissent les aléas de la navigation dans ce secteur.

Il y a également la saga de l’île d’Anticosti. L’historien Hugues Théorêt a écrit un excellent livre à ce sujet8. Un consortium composé d’Hollandais et d’Allemands proposent d’acquérir la perle du Saint-Laurent pour y exploiter une usine de sulfates et le bois de pulpe. Ces informations sont transmises au plus haut niveau des gouvernements fédéral et provincial. Maurice Duplessis, premier ministre du Québec, déclare en décembre 1937 que des étrangers n’exploiteront pas les ressources naturelles du Québec (tout de même étrange quand on connaît l’avenir des mines de fer du Nouveau-Québec et le fameux une cenne la tonne). Cette déclaration ralentit quelque peu les ardeurs de ce groupe d’industriels européens. En avril 1938, le maréchal Herman Göring, bras droit d’Hitler, écrit au premier ministre canadien afin de faire valoir les avantages d’un tel projet, notamment la création de centaines d’emplois tout en niant quelque but militaire que ce soit. Fort heureusement, la vente de ce joyau insulaire stratégiquement situé n’a jamais eu lieu.Le prochain thème portera sur le plan de défense canadien pour l’Est du Québec.

1 « Aussitôt, Hitler entreprenait un vaste programme de construction navale : 2 cuirassés, 2 croiseurs, 16 destroyers et 28 U-Boot. » Éric van den Bergh, « L’accord naval Anglo-allemand du 18 juin 1935 », Tribune histoire, 28 septembre 2008, http://www.empereurperdu.com/tribunehistoire/viewtopic.php?f=12&t=671 Article consulté le 23 juin 2019.
2 Des programmes clandestins ont permis d’assembler ces navires avec la collaboration de pays européens. En 1939, le 3e Reich dispose de 65 sous-marins. Jean-Marie Mathey et al., Histoire des sous-marins. Des origines à nos jours, Paris (France), ETAI, 2002, p. 50. Ce chiffre fluctue selon les historiens consultés.
3 Eddy Bauer, La dernière guerre ou histoire controversée de la Deuxième Guerre mondiale, Vol. 1, Paris, Éditions Atlas, 1978.
4 Roger Sarty, Le Canada et la bataille de l’Atlantique, Montréal, Art Global, 1998, p. 38.
5 Francis M. Caroll, Le torpillage de l’Athenia, 22 octobre 2019, LEGION magazine canadien d’histoire militaire, https://legionmagazine.com/fr/2019/10/le-torpillage-de-lathenia/, article consulté le 11 janvier 2022.
6 L’Action catholique, jeudi 2 juillet 1936, 29e année, No 9107, p. 1 – 11 et 12, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3519990, document consulté le 11 janvier 2022.
7 Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec 1896 à 1960, Tome 4, Sillery, Les éditions du Septentrion, 1997, p. 247.
8 Hugues Théorêt, L’expédition allemande à l’île d’Anticosti, Québec, Les éditions du Septentrion, 2017, 186 p.

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