Inauguration de l’Anse Julien-Chicoine

Dans No 8 - Septembre 2021. par

Samedi, 31 juillet 2021 à la plage de Grande-Vallée, avait lieu, l’inauguration de l’Anse Julien-Chicoine. Cet événement se voulait un hommage à la mémoire de monsieur Julien Chicoine, un entrepreneur de l’endroit qui y a laissé une empreinte importante. Laissons les prochaines allocutions prononcées à cette occasion, vous en dire plus.
Allocution de Noël Richard, maire de Grande-Vallée
« Monsieur Daniel Côté, maire de Gaspé et préfet de la MRC et président de l’union des municipalités du Québec, les membres de la famille de monsieur Julien Chicoine : Marc, Yvon, Dan, Diane, Marjolaine, monsieur Lucien Minville, employé retraité, les membres du conseil municipal : messieurs Pierre Boucher, Nelson Fournier, Thierry Ratté, Éric Côté, Michel Bernatchez et Berchmans Minville, vous tous ici présents, veuillez vous considérer comme salués.
Au nom du conseil municipal, il me fait extrêmement plaisir de procéder à l’inauguration de l’anse en la mémoire de monsieur Julien Chicoine.
Ce n’est pas un hasard d’avoir choisi l’anse afin de se rappeler ce grand homme et son esprit entrepreneurial.
L’Anse Julien-Chicoine résume le parcours de vie de monsieur Chicoine.
– Tout d’abord l’eau, cette mer qui l’a porté jusqu’à l’Île d’Anticosti afin d’y effectuer la coupe forestière.
– Ce port de mer était son port d’attache, ce lieu de rassemblement avant de partir pour l’Île. Les équipements y étaient entreposés avant l’embarquement sur le bateau.
À partir de l’anse, on peut y voir les montagnes, la majestueuse vallée de Grande-Vallée. Ces montagnes et cette Grande-Vallée qu’il a tant aimées et qu’il voulait prospère.
Ces montagnes qui ont permis à cet entrepreneur de faire travailler plusieurs de nos citoyens. On se rappelle des coupes forestières de Julien Chicoine Ltée et la construction des Cèdres de la Vallée lnc.
L’Anse Julien-Chicoine se transforme afin d’accueillir les touristes, les jeunes enfants. Monsieur Chicoine s’est lui aussi tourné vers le développement touristique de notre village. Le restaurant-bar et Motel Frigault nous rappellent son implication au niveau touristique.
Les merveilleux couchers et levers du soleil nous amènent continuellement à la vie. Que de travail monsieur Chicoine a effectué afin d’améliorer la qualité de vie de nos citoyens, d’y voir arriver de nouvelles familles et d’y avoir consacré sa vie à créer une richesse collective.
Les vagues nous rappellent que le métier d’entrepreneur comporte des moments de calme et des moments plus difficiles.
Les balançoires, la plage, la baignade, le repos sur la plage ainsi que la beauté de ce paysage sont des éléments qui permettent de se souvenir de l’audace, la bonté, le bonheur de voir les autres heureux qui ont caractérisé monsieur Julien Chicoine.
Pour sa part, le cap illuminé représente la lumière, l’espoir, la fierté de notre collectivité. L’espoir de voir se développer et prospérer notre belle Grande-Vallée. Cet espoir gravé dans le cœur de monsieur Chicoine et dans le cœur de tous nos entrepreneurs.
Comme vous pouvez le constater, l’Anse est l’endroit par excellence pour se souvenir de monsieur Julien Chicoine.
Nous souhaitons de tout cœur que cet endroit devienne un incontournable pour l’ensemble de notre population ainsi qu’une destination de choix pour les visiteurs.
Je tiens à remercier sincèrement tous les partenaires qui ont permis la réalisation de ce beau projet. Je vous invite à prendre connaissance des panneaux installés un peu partout dans la municipalité afin de souligner l’apport financier important de nos partenaires.
Bonne fin d’après-midi ! »
Noël Richard mentionne que madame la députée provinciale Méganne Perry Mélançon est retenue à Ste-Anne-des-Monts et ne pourra être présente. Elle demande de l’excuser et d’exprimer aux citoyens sa joie de voir l’anse porter le nom d’un grand batisseur.
Allocution de Daniel Côté, maire de Gaspé
« Qui, à Grande-Vallée et dans les environs, n’a pas connu ou entendu parler de monsieur Julien Chicoine ? Qui n’a pas un ancêtre, un parent, ou un ami qui n’a pas travaillé au service de monsieur Chicoine, autant en forêt qu’au village ? Juste dans ma famille, je manquerais de doigts pour les compter !
Alors, le fait de reconnaître la contribution historique de monsieur Julien Chicoine dans le développement de Grande-Vallée, c’est une belle marque d’admiration pour ce travailleur acharné qui a su prendre nombre de risques pour soutenir l’économie de son village et faire travailler son monde, malgré les nombreux soubresauts économiques qu’on a connus, particulièrement dans le secteur forestier.
Je salue le leadership extraordinaire du maire de Grande-Vallée, Noël Richard et de toute l’équipe derrière cette initiative, ainsi que toutes celles et ceux qui contribuent à dynamiser ce magnifique village où j’ai eu le bonheur de grandir. »
Allocution de Diane Chicoine, fille de monsieur Julien Chicoine
« Monsieur le maire Noël Richard, monsieur Daniel Coté, maire de Gaspé, préfet de la MRC de la Côte-de-Gaspé et président de l’Union des Municipalités du Québec, Marc, Yvon, Marjo, Dan, et nos familles, distingués invités, les premiers souvenirs de mon père remontent aux années 1966-67.
Hélas, comme bien des familles de cette époque, les pères étaient absents et papa était un des plus actifs ! Car déjà depuis le début des années 50, il avait la fibre d’entrepreneur et son grand défi était d’abord de faire travailler la famille, ses frères, ses neveux et les gens de la région.
Notre père débute sa carrière comme bûcheron avec scie, sciotte et chevaux et gravit peu à peu les échelons grâce à sa ténacité, sa persévérance et son travail acharné.
Par la suite, la machinerie remplace les chevaux et notre père devient entrepreneur et se rend travailler à l’Île d’Anticosti durant plusieurs années qui furent pour lui, je crois, ses plus belles années.
En 1993, j’ai eu le privilège avec ma famille de passer une semaine de vacances à l’Île avec lui. En débarquant du bateau à Port-Menier, papa a fait ce qu’il a toujours fait, Il a été à la rencontre des gens sur le quai et au village où il a même rencontré de vieilles connaissances.
Nous avons marché sur les sites de ses anciens camps de bûcherons où il a trouvé de vieilles pièces de J5 et de timberjack.
Il nous racontait la vie dans les camps de bûcherons, les visites de Marc et Alain qui venaient passer des semaines avec lui durant les vacances scolaires, la visite de maman qui s’était plainte d’un mal de dents et qui voulait retourner à la maison.
D’ailleurs, papa n’était pas convaincu de son mal de dents !
Nous ne pouvions quitter sans avoir trouvé l’endroit où un de ses bûcherons est mort. Et bien, papa a trouvé l’endroit marqué par une croix le long d’un ancien chemin forestier.
Que de plaisir de le voir traverser à pied la rivière Vauréal pour se rendre à la chute en souliers propres et pantalon long au départ (nous étions en août et une température de 28 degrés) pour finalement arriver aux chutes en maillot de bain.
L’entendre caller les chevreuils en présence des enfants pour finalement les faire fuir…
Quels beaux souvenirs avec mon père!
Au retour, il m’a dit qu’il pouvait partir puisqu’il avait visité à nouveau ce petit coin de paradis.
Après ses années à l’Île, vers la fin des années 1960, notre père est de retour à la maison et devient entrepreneur pour la Gaspésia.
Par la suite, il y a la construction du garage/station-service.Il continue de s’équiper de machinerie pour la forêt, mais aussi pour l’entretien des chemins d’hiver, où mes frères Marc, Alain et Yvon ont été très sollicités.
Parler des tempêtes était un sujet tabou à la maison. On se croisait les doigts, les filles et maman pour ne pas avoir de tempête les fins de semaine ou pendant le temps des fêtes.
Mon conjoint Richard, lors de sa première visite en famille à Noël me dit avec son air de petit gars, j’aimerais une grosse tempête et suivre tes frères ! Mais il a vite compris… que ce n’était pas à souhaiter…
Le côté entrepreneur de notre père ne s’est pas limité à la forêt et à l’entretien des chemins d’hiver, il était ambitieux pas seulement pour lui, mais pour son village.
Il entreprend donc la construction du Motel- restaurant Frigault, qui est devenu rapidement une table réputée grâce à son chef Alban Béland. C’est là où Lyne, maman et moi avons débuté notre contribution aux entreprises de papa.
Plus tard, les plus jeunes de la famille, Marjo et Dan ont eu l’occasion également de travailler pour lui.
Il y a eu aussi la construction d’un brise-lame et la construction d’un moulin à bardeaux de cèdre.
Notre père a donc été pendant près de 45 ans, un entrepreneur majeur et a contribué à la prospérité de Grande-Vallée et de la région.
Je vois encore, quand je suis à Grande-Vallée, des camions transportant du bois, le garage et l’entreprise maintenant dirigée par mon frère Yvon et notre cousin Langis, le moulin GDS, des signes que l’industrie forestière est encore bien vivante.
Je vois surtout un village fier comme mon père et toujours debout.
J’aime croire que c’est grâce un peu à lui.
Il faut tout de même ajouter qu’il y a eu de trop rares moments de répit avec la famille, car pour notre père les vacances ne faisaient pas partie de son ADN.
Je me souviens des escapades du dimanche au Cap Bon Ami et à l’anse du Grand Étang, du voyage aux chutes Niagara avec les plus jeunes sans notre mère enceinte de Dan où mon père nous demandait à moi et Alain de servir d’interprète…
Nous avions respectivement 13 et 15 ans et un anglais très élémentaire…
Quelques années plus tard, il y a eu Old Orchard Beach, de mémoire, je crois en 5 jours et à 7 personnes dans la Chrysler Imperial! Et il appelait ça des vacances…
Notre père a vécu des hauts et des bas au cours de ses années d’entrepreneur. Il ne faut pas oublier le proverbe qui nous dit qui ne risque rien, n’a rien.
Il a pris des risques toujours dans l’ultime but de faire travailler son monde, et a dû faire face aux embûches et aux échecs.
Il a alors fait preuve de courage et d’une grande capacité de résilience.
J’ai conservé l’hommage lors des funérailles de notre père, écrit par notre petite cousine Angèle Gagné, qui a été près de lui pendant les 5 longues années passées au sanatorium de Gaspé. Elle mentionne et je cite :
Comme un arbre planté près de la mer au grand vent, à l’air pur, notre frère Julien a développé de longues racines et a porté beaucoup de fruits, il a traversé des printemps de lumière et de vie, des étés de projets et de travail ardu, des automnes de couleurs et de dépouillements, des hivers de tempête et de froid.
Il a rencontré la maladie qui a bouleversé sa vie en début de retraite. Il avait 68 ans. Il a fait preuve d’un grand courage et malgré tout, le désir de vivre et de s’agripper à la vie jusqu’au bout.
Il a été digne jusqu’à la fin.
Il faut croire qu’Angèle avait un don de lire l’avenir en comparant notre père à un arbre près de la mer au grand vent et nous voilà ici au bord de la mer à inaugurer l’anse à son nom.
Au début de ma vie professionnelle et celle de mes frères et sœurs, que nous soyons à Rimouski, sur la Côte-Nord ou partout en Gaspésie, on nous demandait souvent êtes vous la fille ou le fils à Julien ? Nous n’avons peut-être pas eu l’occasion de lui dire combien nous étions fiers de nous faire poser la question.
Alors papa où que tu sois, sache que nous, tes enfants, sommes fiers de toi. Tu nous as transmis de belles valeurs, telles que la ténacité, le courage, la générosité et le travail acharné.
Papa, même si souvent ta présence autour de la table familiale était de courte durée, tu y accordais une grande importance. Aujourd’hui tu serais bien servi, car tous tes enfants, beaucoup de petits enfants et même arrière-petits-enfants sont ici afin de souligner cet hommage combien mérité.
Dorénavant papa, nous avons un autre endroit pour nous recueillir et penser à toi. Cette belle anse qui fait la fierté de notre village et qui apparaît régulièrement dans les médias pour représenter la Gaspésie et si souvent photographiée par les touristes…
Nous marcherons dorénavant sur cette plage avec un œil différent et peut-être avec le vent comme ton souffle derrière nous…
Marc, Yvon, Dan et Marjo se joignent à moi pour exprimer toute notre reconnaissance à toutes les personnes qui ont contribué de près ou de loin à l’organisation de cette cérémonie en l’honneur de notre père.
Merci ! »
Allocution de Lucien Minville
« Bonjour tout le monde !
Parmi tous ceux et celles qui ont un jour été à l’emploi de Julien dans ses nombreuses entreprises, j’ai été choisi pour venir vous dire quelques mots.
Que ce soit dans le domaine de l’exploitation de la forêt, dans l’hôtellerie avec le Frigault, avec le garage ou dans ses différents contrats pour l’entretien des routes en hiver, l’aqueduc, le transport de bois, de pierre et dans son dernier rêve qu’était l’usine de bardeaux de cèdre, ce qui a toujours motivé Julien Chicoine, c’était de faire travailler son monde ! Pis, MAUDIT PÉCHÉ qu’y en a fait travailler !
Que ce soit : la famille, les frères, les beaux-frères, les cousins, les cousines, les neveux et nièces, la garde rapprochée en qui il faisait confiance et surtout ceux et celles qui en avaient besoin.
Certaines saisons, quand les finances étaient bonnes ou qu’il venait de signer un bon contrat, je l’ai entendu dire à Jean-Jacques et à moi qui étions à ce moment-là ses bras droits : lui, c’est un pauv’r yabe, y a une grande famille, on va y trouver quelque chose! Ce sont des mots que je n’oublierai jamais. Julien pensait toujours à sa collectivité, et donc à garder la population active et prospère.
Des centaines et des centaines de personnes de Grande-Vallée et des alentours ont travaillé pour Julien et sont restées faire leur vie dans la région, les écoles étaient pleines d’enfants… comme on dit, ça roulait dans ce temps-là.
Je voudrais saluer au passage les enfants Chicoine : Marc, Diane, Yvon, Marjolaine et Dan… avec une pensée spéciale pour Lyne, Alain et madame Solange.
Alors, au nom de tous ceux et celles qui ont travaillé et prospéré grâce à lui et à son talent pour l’entreprenariat, je veux simplement dire merci ! Ces honneurs attendus sont pleinement mérités.
Moi qui aime parler d’histoire, cette inauguration confirme que monsieur Julien Chicoine aura écrit une page importante de l’histoire de notre village. » .

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