Éclosion d’emails à la relâche!

Dans No 3 - Avril 2021. par

Suite à mon dernier article « Sauvés des eaux », je ne m’attendais pas à ce que mes enfants réagissent aux souvenirs que j’évoquais. Ainsi les réactions dont ils m’ont spontanément fait part m’ont conforté dans l’idée qu’un enfant reste toujours un enfant, quelle que soit l’époque où il vit. Je me permets donc de vous soumettre les écrits qu’ils m’ont transmis, concernant leur propre expérience dans cette mythique rivière. Je suis certain que chacun d’entre vous conserve en mémoire d’aussi savoureux souvenirs issus de la simplicité du quotidien gaspésien.

Voici donc,  à chaud, la réaction de Marie-Claire et ça se lit comme suit;

-Que d’histoires abracadabrantes nous racontes-tu! Ça m’inspire un texte sur la rivière pour ceux de ma génération… et pour laquelle la surveillance parentale était tout aussi inexistante!

La rivière a toujours été le terrain de jeu de mes étés de jeunesse.

Il y avait plusieurs endroits de choix pour se baigner à l’époque! Je me rappelle la « grand fosse » au village! On avait la chance d’y aller quand on visitait nos cousins! Quant au pont à Roméo, je ne pense pas qu’on avait le droit d’y aller! Mais certains plus téméraires y sautaient si je me rappelle bien.  Dans le temps, la rivière était pas mal plus profonde qu’aujourd’hui (ou bien j’ai beaucoup grandi)! Plein de beaux spots, mais l’endroit où j’ai le plus traîné est assurément la fosse à Jean-Luc!

Ce qui est arrivé à l’oncle Bona aurait bien pu m’arriver aussi à cet endroit.

Vers 4-5 ans, j’y accompagnais ma sœur et mon frère. Je ne savais même pas nager! Mon père avait bien tenté de me le montrer à la piscine à Gaspé. Mais mon caractère combiné à sa méthode (!) a fait en sorte que j’ai bocké! On était dans le 12 creux comme on disait. Le 12 creux (12 pieds), c’était très profond! J’étais confortablement installée dans une grosse tripe noire et là, le paternel m’a fait chavirer! Insultée étais-je!!! Bref, ce n’est pas la méthode forcée qui m’a appris à nager, mais elle m’a assurément fait brailler! 

Bref, j’ai finalement appris à nager à la fosse à Jean-Luc par moi-même. Je marchais avec mes mains dans le fond de la rivière, les pieds battant l’eau derrière. J’avançais dans l’eau de plus en plus profonde jusqu’à ce que je ne puisse plus toucher ledit fond avec mes mains et que je n’aie d’autre choix que de faire le petit chien! Aucune surveillance parentale à mon souvenir! Seulement la présence de ma sœur âgée de 8-9 ans et peut-être mon frère aussi âgé de 12-13 ans! Un cas de DPJ probablement aujourd’hui! 

La fosse à Jean-Luc, c’était le paradis! Il y avait un banc de sable et des crans sur lesquels on grimpait pour plonger, des arbres auxquels on s’accrochait comme des koalas. Les branches s’affaissaient sous notre poids jusqu’à ce que nos fesses touchent à l’eau. S’y trouvait aussi une grande plage de grosses roches bien rondes. On y courait pieds nus comme dans le sable… Je me demande bien à partir de quel âge on ne parvient plus à courir pieds nus sur un tel relief! Aujourd’hui, même en running shoes, j’ai de la misère à me piloter là-dessus! Sur la plage de roches, on y étendait nos serviettes et on s’y prélassait « confortablement » avant de replonger! 

Certains jours il y avait beaucoup de monde! Je me rappelle de concours faits par André Richard; on lançait des roches blanches à l’eau. Il fallait ensuite plonger pour les repêcher! Celui qui en trouvait le plus gagnait!

En revenant de la fosse, on remontait par le petit sentier derrière la statue de la Sainte Vierge, ramassant au passage quelques petites fraises et une poignée de merises! On gardait nos noyaux de merises dans une joue, pour ensuite les mitrailler avec notre bouche dans le cou de nos amis! Dans ce chemin, on y trouvait aussi des pisseux, sorte de petits fruits blancs en grappes sur des arbustes dont je ne connais pas le nom. On les pinçait entre nos doigts et un jet impressionnant de liquide s’en dégageait! Guerre de pisseux et de noyaux de merises faisaient partie de notre routine! On y ramassait aussi des noisettes, jamais assez mures! On avait des piquants dans les doigts pendant des jours ensuite! 

Plus tard à l’adolescence, arpentant la rivière à pied, j’y ai fait plusieurs découvertes: des pointes de flèches (feuille de laurier), un harpon taillé dans la roche (expertisés à Québec et datant de 4 000 ans), des fossiles de trilobites. Une bouteille de vin de gadelles, cuvée mille-neuf-cent-je-ne-sais-plus-trop-quoi, derrière chez monsieur Bernard! Cette cave à vin improvisée n’était pas le meilleur endroit pour la conservation de ce précieux nectar! Un petit banc de sable s’était amassé dans le fond de la bouteille! 

Encore aujourd’hui, j’aime aller m’y rafraîchir les mollets! Et je suis toujours à la recherche d’un nouveau trésor!

Marie-Andrée n’a pas tardé à riposter à sa sœur dans un texte concis relatant un évènement très percutant et mettant en lumière les dangers dont personne n’avait conscience à l’époque. Voici donc son texte.

-Je me souviens aussi d’un de ces innombrables après-midis à la fosse à Jean-Luc.  Il faisait beau, il faisait chaud.  On avait passé l’après-midi à se saucer, à nager des fois dans le creux, des fois dans le courant, à sécher au soleil, à se faire des bains de boue, à se retremper dans cette fosse si attractive, jusqu’à ce que ce soit l’heure de partir.  On s’était fait des robes en enroulant nos serviettes autour de nos costumes de bain!  Je me rappelle que Pascale Fournier était avec nous.  On riait tellement avec elle.  On était complètement folles, complètement nous-mêmes, absolument nous-mêmes, bref, totalement adolescentes en ce beau dimanche après-midi! En paradant sur le vieux pont qui nous ramenait de l’autre côté de la rive, alors qu’on disait probablement des niaiseries, on a entendu un vacarme ahurissant.  Un craquement long, fort et violent.  On a relevé la tête et on a vu une automobile qui dévalait la falaise à toute allure! Puis là, on a compris que la voiture avait dévié de la route et était probablement passé derrière la statue de la Vierge en haut de la côte.  L’auto a terminé sa course abruptement une fois rendue à nos pieds.  On a eu peur en tabarouette!  On a vu quelqu’un éjecté de l’auto! Pif, paf! Mais au lieu de lui prêter secours, nous sommes parties complètement paniquées en courant et en criant : ça va exploser, ça va exploser!

Je ne peux pas, encore aujourd’hui, passer devant cette statue de la Vierge sans me demander si elle nous avait protégées ou si elle somnolait en cette journée de canicule, laissant le conducteur «  chaudaille » perdre le contrôle de son véhicule. 

Aujourd’hui, je pense aux belles « révolutions » que font mes filles au-dessus de la fosse avant de plonger. Et je me dis qu’aucune piscine n’a autant de charme et d’attrait!

Jean y est allé aussi de sa version et comme son paternel, il n’a pas la concision facile!

-La Grande-Vallée et sa rivière ont laissé de nombreux souvenirs à jamais gravés dans ma mémoire. Souvenirs, de plus de 30 ans déjà, d’une petite gang de gars et filles entre 8 et 18 ans qui s’amusaient avec trois fois rien. Dans la rivière, ces petits riens prenaient la forme d’un maillot de bain, d’une ligne à pêche, de rames ou de patins.

De la Saint-Jean-Baptiste à la fête du Travail, la baignade a occupé et enchanté mes vacances d’été. Avec quelques-uns de la gang de la Colonie, nous avions développé une technique infaillible pour évaluer le réchauffement de l’eau en prévision de la baignade quotidienne. Le processus n’impliquait évidemment aucun thermomètre. Mais plus l’été avançait, plus on constatait que l’eau devenait chaude, bouillante même à certains moments! J’ai réalisé la méprise quand, plus frileux, j’y suis revenu avec mes enfants. Chaude? Non! Tiède? Rarement! Cette eau cristalline, coulant directement des montagnes, n’était toutefois jamais assez froide pour nous empêcher d’y patauger, et ce pendant des heures et des heures. Parce que tout le monde sait qu’une fois que l’on est saucé, l’eau devient carrément brûlante!

Quand je ne m’y baignais pas, j’y pêchais, en solo, en duo ou en trio. La rivière et ses ruisseaux regorgeaient de petites truites frétillantes et une fois cuites, succulentes. Sous un arrachis, près d’une cage de pont, une prise nous y attendait. Un croc, un plomb et un fil attaché au bout d’une branche suffisaient largement pour attraper toutes les protéines du souper! Même si la plupart du temps, il était plus avantageux de mentionner le nombre de prises plutôt que la masse totale (la pognez-vous?). N’empêche, j’ai fait ma plus belle récolte à vie dans la calvette du côté sud de la côte de la Dame. Trois pouces d’eau quasi stagnante dans laquelle on laissait trainer un ver, préalablement lancé au plus loin dans le tunnel. C’était là, couché à plat ventre sur le rebord de béton qu’on lançait le plus efficacement. Cette fois-là, la rivière était gonflée après une immense averse. Une bouillée de truites y avait trouvé refuge. À mon retour vers la maison, un automobiliste a voulu savoir d’où venaient toutes ces truites de 10 à 14 pouces. Avec son visage stupéfait, il s’était exclamé :
« LA CALVETTE?
I-M-P-O-S-S-I-B-L-E! » Tant pis pour lui… La pêche amenait aussi son lot d’aventures. Les escapades finissaient souvent avec un pêcheur trempé des pieds à la tête pour plusieurs raisons dont, la nécessité de plonger pour récupérer un précieux leurre accroché au fond de la rivière, une traversée à gué mal gérée ou tout simplement un besoin irrésistible de faire une saucette.

En hiver, la rivière devant la maison se transformait en patinoire. On l’entretenait avec les moyens du bord: une couple de pelles et une Zamboni nouveau genre. C’est André à monsieur Bernard qui nous avait convaincus de casser la glace plus haut dans le petit rapide en face de chez Ti-Hugues. Ensuite, les patineurs s’avançaient doucement, un à un, près de l’eau libre jusqu’à ce que le poids cumulatif fasse légèrement fléchir la glace pour initier une courte inondation. Au final, le processus laissait un miroir lisse en prévision de la partie du lendemain. Technique empirique + technique risquée = technique géniale! 

Petite digression, tel un grand frère, André à cette époque avait entrepris de m’initier à la musculation. J’étais trop chétif à son goût. Denis, son colosse de frère, ne s’est jamais tout à fait remis de la vision de l’écureuil faisant des haltères!

Casser la glace était fou. Mais mon TOP-UN danger, c’était la traversée en chaloupe au printemps pour aller rejoindre la motoneige stationnée de l’autre côté de la rivière. Alors que l’eau brune et glaciale de la crue rugissait à plein écart, il était vain d’utiliser les rames. De l’intérieur de la chaloupe, je la hissais donc vers l’amont en m’agrippant aux branches pour ensuite la propulser vers le centre de la rivière en espérant pouvoir me raccrocher aux branches de la rive opposée, souvent très loin en aval. Ça a fonctionné à chaque fois, mais quand j’y repense maintenant, j’en ai la chair de poule! La technique avait été mise au point par toi, mon père!

Beaucoup plus tard, alors que vous étiez devenus grand-maman et grand-papa vous nous avez offert de garder nos enfants durant les vacances d’été. Égoïstement, je l’avoue, j’y ai vu tout de suite une occasion inespérée d’avoir un peu de paix à la maison. Trois rejetons en bas-âge, c’est rock-and-roll pour de jeunes parents, mais pas pour de grands-parents! Avec le recul, je réalise que c’était surtout une opportunité rêvée de leur faire vivre une tranche de ma propre enfance. Ils ont profité comme moi de cette belle rivière plusieurs étés d’affilée et se sont forgé des souvenirs aussi impérissables que les miens. Des souvenirs d’un petit coin de paradis, d’un splendide petit cours d’eau et d’une belle gang bien bruyante. 

 Voilà, j’espère que la pandémie avec toutes les tribulations qu’elle impose ne vous empêchera pas de vivre avec vos enfants des moments qui dans le futur, deviendront de beaux souvenirs.

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1 commentaire

  1. Très beau….que de souvenirs de mon enfance….les jeux étaient différents mais tout aussi amusants….moi je demeurais Sur la Côte……

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