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Poivre et Sel

Dans No 06 - Août 2014. par

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Ludger s’en-va-t-en-guerre

la guerre c’est pas
une raison pour se faire mal !
(Extrait de « la guerre des tuques »)

Aux dires des historiens, la Deuxième Guerre mondiale est un conflit armé à l’échelle planétaire, déclenché le 1er septembre 1939 et qui se termina le 2 septembre 1945. La guerre 39-45 a des causes profondes. Par exemple le règlement de la guerre 14-18, par le traité de Versailles a laissé l’Allemagne exsangue et a suscité dans ce pays un goût de vengeance. Il a fallu Hitler, leader charismatique,  pour mobiliser le peuple allemand dans une énorme industrie de guerre solutionnant ainsi les problèmes engendrés par le chômage dans son pays. Le peuple allemand était mûr pour un solide endoctrinement : le nazisme. Une grande partie du monde géopolitique était mêlée. Une tour de Babel. Hitler à propos des Anglais se disait : à eux la mer, à nous la terre. Des Allemands en désaccord avec la doctrine d’Hitler auraient combattu à côté des Alliés et bien des notables anglais soucieux de leurs propres intérêts au détriment du bien commun, auraient accepté la proposition d’Hitler. Dans un livre de Jean-Marie Fallu, on voit une photo de Marlène Dietrich enlaçant de ses bras deux soldats de la marine américaine. Marlène, une Allemande s’était attirée la haine de ses compatriotes en allant faire carrière aux États-Unis. Le duc de Windsor partageait l’idéal nazi. Mais pour que les Anglais acquiescent à cet idéal, il fallait que le vieux lion Churchill dise oui.  Ça ne s’est jamais produit. Les étincelles qui ont mis le feu aux poudres sont entre autres : l’invasion de la Pologne par l’Allemagne et l’Union soviétique ; les attaques du Japon sur la Chine, sur les États-Unis et leurs colonies entraînant la mondialisation du plus vaste conflit jamais vu sur la planète. Selon Jean-Claude Barreau et Guillaume Bigot les peuples ont assisté, à la Première Guerre vraiment mondiale. La guerre de 14 étant considérée comme une guerre européenne avec quelques opérations outre-mer.

À Petite-Vallée comme ailleurs dans le monde, en ce mois d’octobre 1941, la crise économique « Trente » n’est pas terminée et les gens n’ont pas encore trouvé la peau de chevreuil de la légende. Si la curiosité et le goût de l’aventure ont motivé le jeune Émilien Dufresne à devenir militaire, le chômage et la misère endémiques auraient poussé Ludger Houde à s’enrôler en ce 15 octobre 1941, dans le régiment des Fusiliers du Mont-Royal. Le marché de l’emploi étant ce qu’il est, la propagande aidant, ainsi que les nouvelles qui nous parviennent d’outre-mer, font que beaucoup de jeunes joignent très tôt les forces armées. Il faut dire que certains d’entre eux s’engagent parce qu’ils ont faim.

Le 31 mai 1942, après son entraînement au Canada, Ludger quitte pour l’Angleterre et se retrouve le 19 août sur les plages de Dieppe. Le régiment de Ludger est confiné aux baraquements à titre de compagnie de réserve. Le débarquement de Dieppe fut un fiasco.  Selon Ludger, le raid de Dieppe demeure un monument d’absurdité monstrueuse et d’aberration pondu par des prétendus stratèges chevronnés qui prouvent sans l’ombre d’un doute, n’être qu’une bande d’amateurs. Ainsi, il invoque la « Formidable ligne Maginot construite par les Français le long de la frontière allemande. Les Allemands la contourneront en passant par la Belgique. Les Français se croient invincibles à l’abri de cette ligne. Les Anglais croient que l’Armistice de 1918 met fin à toute guerre entre les peuples civilisés et négligent l’armement.

Peu de vétérans ont écrit leurs mémoires de la guerre à laquelle ils ont participé. Ils sont restés comme muets durant une cinquantaine d’années avant de faire état de leur vie à la guerre. C’est comme s’ils avaient développé une culture du secret. Le secret militaire empêche nos officiers de nous dire la date de notre départ.  Monsieur Ludger a écrit ses mémoires sous forme anecdotique. C’est-à-dire qu’il évoque une situation vécue la plupart du temps dans un récit plutôt que faire une histoire dont la trame est continue. Ce qui n’empêche pas monsieur Ludger d’invoquer clairement, mais de façon laconique le contexte du déroulement de la guerre. Les jugements critiques que Ludger porte sur plusieurs actions commandées par des supérieurs ainsi que son apprentissage rapide de l’anglais, du hollandais et de l’allemand nous permettent de souligner la valeur intellectuelle de notre soldat de Petite-Vallée. Le raid de Dieppe du 19 août 1942 confirme tout simplement que les stratèges doivent être dotés d’une certaine intelligence et de bon sens. Il faut aussi se rappeler que les soldats sont des êtres humains capables de faire de grandes choses sur les champs de bataille, mais il faut aussi que ces soldats restent vivants pour pouvoir “gagner ces batailles.” Ludger ne se trompe pas. Encyclopédie Canada lui donne aussi raison, toujours en parlant de Dieppe : “… L’ennemi était sur ses gardes, mais n’avait pas été averti et l’échec a été causé principalement par une planification déficiente et trop complexe, un entrainement inadéquat, une force de feu insuffisante et l’inexpérience des soldats. Sur  5 000 soldats canadiens participants, 900 ont été tués et 1 300 ont été faits prisonniers.”

Le débarquement de Dieppe a épargné Ludger puisque son régiment est demeuré cantonné en réserve dans les baraquements de la plage d’un petit port côtier français entre Hâvre et Boulogne. Le 6 juin 1944, il fait partie du régiment qui réussit le débarquement en Normandie. Il combattra de la Normandie jusqu’en Allemagne et participera à la parade de la victoire à Berlin, en juillet 1945.

Son texte nous révèle ses qualités de conteurs. Il peut être sérieux comme le pape ou bien faire preuve d’un humour croustillant. C’est selon ! À preuve voici un court extrait illustrant son aptitude à rire et à faire rire :  Nous nous arrêtons pour quelques instants de repos bien mérité. Soudain, j’entends des éclats de voix d’homme et des pleurs d’enfant apeuré. J’accours voir ce qu’il se passe : je vois alors un de mes compagnons tenant par le bras, une petite fille, d’environ cinq ans, toute belle et toute menue. Ce dernier la secoue sans ménagement. Elle est terrifiée.

Je lui demande pourquoi il terrorise la pauvre enfant. Saint-Denis, c’est le nom de mon ami, répond : “Je lui donne une barre de chocolat, elle la prend, comme de raison, et elle me dit ‘Dans le cul’, la petite tab… et je ne la lâcherai pas, tant qu’elle ne m’aura pas remis mon chocolat !” Il étouffe de fureur.

Je comprends tout le drame : la petite fille ne parle pas français et a remercié Saint-Denis en disant en flamand (hollandais) : “Dank U nÿn heer!” (Merci à vous, monsieur !)

J’explique à mon copain la similitude de la consonance des deux expressions : “Dank U et dans le cul”, il comprend sa bévue plus que regrettable.

_________________________

1 – http://fr.wikipedia.org/wiki/Causes_de_la_Seconde_Guerre_mondiale
2  – Ludger Houde, 1939/45, ma guerre, p.19
3 –  Jean-Marie Fallu, Le Québec et la guerre 1860-1954.
4 – Le roi anglais détrôné  pour avoir voulu marier une divorcée américaine.
5 – Toute l’histoire du monde de la préhistoire à nos  jours
6 –   Idem
7  – Selon la légende, des inconnus aurait caché un riche trésor enveloppé dans une peau de chevreuil, dans les boisés de Petite-Vallée.
8 – Ludger Houde, 1939/45,  ma guerre,  p.24
9 – Jean-Claude Côté,  Poivre et Sel, Le Phare juillet 2014
– Ludger Houde, 1939/45,  ma guerre,  p.32
10 – Idem, p. 26
11 – Idem, p. 33
12 – L’encyclopédie du Canada, tome 1, p, 547-48
13 – Ludger Houde, 1939/45,  ma guerre,  p.69

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