Où trouverons-nous notre Espérance?

Dans No 8 - Septembre 2020. par

Ce qui fait la beauté de notre Gaspésie c’est sa mer bleue, ses montagnes vertes et la grandeur de son territoire. C’est vrai, mes chers concitoyens et concitoyennes que l’on ne regarde pas toujours de cette façon notre coin de pays tant envié par les visiteurs d’un jour ou d’une semaine. Plusieurs Québécois ont découvert dernièrement notre région et ont été comblés par ses paysages époustouflants et l’accueil sympathique des Gaspésiens. C’est par l’utilisation respectueuse de ses ressources tant maritimes, forestières qu’agricoles que nos parents en ont fait un territoire aux caractéristiques exceptionnelles. Il n’est pas exclu que la visite très éprouvante du coronavirus à travers toute la terre tire sa naissance d’un traitement non écologique que notre planète subit depuis plusieurs années. Sans connaître les grands leadeurs écologiques des 19e et 20e siècles, nos parents mettaient en pratique intuitivement l’enseignement de quatre grands hommes qui font ou ont fait un séjour sur notre terre pour la protection de notre maison commune1! En les nommant j’arrive à la liste suivante : Henry David Thoreau de Concorde Mass, Aldo Leopold, natif de Burlington, Iowa, le pape François, natif de Buenos Aires, Argentine, Richard Seguin, natif de Pointe-aux-Trembles, Montréal.

Au 21e siècle, une jeune fille, Greta Thurnberg née en 2003, à Stockholm Suède, disciple des précédents, brille mondialement telle une étoile dans l’espace médiatique de l’environnement. Jeune écologiste elle est fortement engagée dans la lutte contre le réchauffement climatique de notre maison commune comme le dit François.

Durant l’été 2018, à 15 ans, elle condamne le gouvernement suédois devant l’inaction du parlement en matière de changements climatiques. Greta continue son action en organisant des grèves scolaires pour le climat, ces manifestations écologiques peuvent compter un million d’enfants chacune.

Elle parcourt le monde et prononce des discours qui la rendent célèbre. Elle n’a que seize ans lorsque l’ONU lui confère une renommée internationale pour ses interventions concernant la crise des changements climatiques. How dare you? Comment osez-vous?

Elle reçoit plusieurs prix et distinctions pour son militantisme. Ses discours font suite à la philosophie en action d’Henry David Thorreau du 19e siècle qui a donné l’exemple par sa vie racontée dans son livre Walden2 ou
« la vie dans les bois ». Est-ce le fait du hasard? Peut-être. Elle s’est sûrement inspirée des écrits du pape François. L’encyclique Laudato Si, à plusieurs égards, actualise le discours de Thoreau !

Aussi, Greta Thurnberg rappelle l’enseignement d’Aldo Leopold. L’action de cet ingénieur a fait de lui le chef de fil de l’écologie forestière. Un autre hasard ? Dans son livre : Almanach d’un comté des sables, il raconte l’histoire de l’extinction des loups par les chasseurs. On a débalancé ce qui était en équilibre, engendrant ainsi la désertification de toute une montagne. Le loup n’existant plus, les cerfs ont proliféré causant l’anémie de la végétation. Je soupçonne que, de la même manière qu’un troupeau de cerfs vit dans la crainte mortelle des loups, de la même manière, la montagne vit dans la crainte mortelle de ses cerfs. Et peut-être à meilleur escient, car, tandis qu’un vieux cerf tué par un loup peut être remplacé dans deux ou trois ans, une montagne mise à mal par l’excès de cerfs a besoin de deux ou trois décennies pour se reconstituer! Il faudra des décennies pour redonner la vie sur tout cet écosystème.3 Suite à la catastrophe créée par des décisions humaines, Aldo a écrit un chapitre intitulé « Penser comme une montagne». Cette allégorie raconte comment une succession de mauvaises actions en forêt mène à la destruction de cette dernière. Attention au message que lance le loup solitaire dans le ciel d’une nuit noire!

On m’a raconté qu’à ma première journée dans le monde, la lumière matinale du mois de mai m’a présenté la mer bleue. Les dix-sept années suivantes, je les ai vécues dans le vert des bois à trois kilomètres du bleu de la mer. D’abord dans une cabane construite comme celle d’Henry David Thoreau dans les bois de Walden. C’est une histoire d’amour, de paix, de simplicité et de pauvreté que je garde bien au chaud près du cœur et dont je suis fier. Dès l’enfance, avec mes frères et toute une cohorte de voisins de mon âge nous avions le goût des fleurs sauvages, des sentiers forestiers où perdrix et lièvres se donnaient rendez-vous. Et nous recherchions des oiseaux qu’on ne voyait que dans nos rêves. Tout jeune, j’ai aidé mon père à planter les érables qui bordent une partie de la route de la rivière. (Merci au conseil municipal qui procède cette année à une chirurgie qui redonnera à la route toute sa beauté originelle.) Courir ou flâner le long des ruisseaux nous confortait d’une ivresse où la paix et la liberté nous faisaient vivre des aventures royales dignes des histoires de Pagnol!

Dans notre rivière, on trouvait des cachettes profondes où dormaient les truites et les saumons. Parfois, mon frère et moi attrapions ces êtres que la mer du printemps nous envoyait dans ses vagues froides. Les lièvres et les perdrix de l’automne subissaient également le même sort. Nous étions pauvres, sans trop en prendre connaissance à se nourrir dans le garde-manger de la nature. Maman disait quelquefois à mon père : – Georges va donc à la rivière me chercher une couple de truites. Nous vivions cette époque moderne comme si les humains venaient tout juste de franchir la période préhistorique des « chasseurs-cueilleurs ». Expectative d’une vie meilleure ? Nous vivions de façon écologique sans le savoir. C’était l’époque où la police des faunes prenait naissance dans notre territoire. Dans ce temps-là, elle avait le pardon plus facile qu’aujourd’hui. Par chez nous, tout le monde connaissait monsieur Adelme Richard. C’était l’homme au cœur d’or qui, pour garder son emploi, à contrecœur se devait de devenir plus sévère. Dans mon souvenir, monsieur Adelme était tolérant malgré tout. Et son allure plus qu’austère n’était, ma foi, qu’une cuirasse bien mince.

Puis, vint le temps de l’école, la petite et la grande et finalement l’Université. Et là, je me souviens du professeur Sylvestre Crête qui mettait un « stop » à son cours de sciences pures, pour nous informer que l’aval des rivières polluées par les travaux forestiers, miniers et les pesticides utilisés par les gros agriculteurs du Québec, atteignait le fleuve Saint-Laurent. Nous étions dans le début des années 60. Il a fallu attendre les années 70 pour la création d’un ministère de l’Environnement. Depuis cinquante ans, l’on tente d’y mettre de l’ordre et d’adopter des façons plus écologiques d’exploiter avec respect le territoire.

La nature thoreauvienne est un berceau protecteur :

Chaque petite aiguille de pin se dilatait, se gonflait de sympathie et d’amitié envers moi. J’avais si clairement conscience de la présence de quelque chose qui m’était apparentée, même au milieu de scènes que l’on a coutume d’appeler sauvages et mornes (…) que je pensais qu’aucun endroit ne pourrait plus jamais me paraître étranger4.

C’est probablement pour cela que Richard Séguin m’a touché profondément avec son disque Retour à Walden domaine cher à Henry David Thoreau! Richard est venu jouer sur la même corde sensible que faisaient déjà vibrer le savant philosophe américain.

Richard Séguin est un auteur-compositeur-interprète. La plupart d’entre nous le connaissent par les concerts qu’il a donnés. Sa réputation est faite depuis des lustres. Nous avons été privilégiés de l’entendre chanter au coucher du soleil, près de la mer à Petite-Vallée. Notre chorale de l’Estran l’a chanté et ça allait comme suit :

Quand on ne saura plus chanter, j’te raconterai, j’te raconterai
Quand on lançait des pierres au loin, qu’on s’dépêchait pour voir le train.
Une poignée de terre au creux des mains pour se rappeler d’où cé qu’on vient (bis)

Henry David Thoreau, qui es-tu? Plus haut dans le présent texte, je mentionne que notre première maison ressemblait à celle qu’il avait lui-même bâtie au bord de l’étant Walden à un mille de tout voisinage. Il vivra là durant plus de deux ans dans le silence pour méditer et écrire ce qu’il perçoit comme travers chez l’homme. Durant ces années, il mangera ce qu’il produira, trouvera domicile et se chauffera dans sa cabane. Homme très brillant, il fait des études et il est engagé comme professeur dans une école qui le démissionnera au bout d’une semaine parce qu’il a refusé d’appliquer des châtiments corporels. C’était un homme vraiment spécial.

Henry David Thoreau, rêveur et écologue a prôné au présent comme au futur, le devoir spirituel, éthique et politique de respect de la nature. C’est l’homme qui a inspiré Richard Séguin à construire de ses mains sur la montagne à Saint-Venant-de-Paquette, une maison telle celle de son mentor. Et c’est là, son lieu de ressourcement. C’est à son initiative et à son leadeurship qu’un sentier poétique a été créé dans cette petite municipalité aux paysages garnis de sculptures de pierre. Le Sentier poétique offre aux villageois, poignée de monde solidaire et aux visiteurs un site écologique et touristique dans la région de Sherbrooke. Le village accueille plusieurs milliers de touristes chaque année revitalisant ainsi un milieu de vie dont l’avenir était incertain.

On ne peut s’empêcher, quand on connait la générosité de cet homme, d’y voir un apport important aussi dans notre milieu lors de la naissance du Festival en chanson de Petite-Vallée. Séguin y a apporté une partie de rêve, contribuant ainsi à la solidarité, à l’égal des citoyens de Saint-Venant-de-Paquette, petit peuple mobilisé.
(À suivre).

1 Encyclique du pape François
2 Étang de la ville de Concord au Massachusetts
3 Almanach d’un comté de sables
4 Thoreau est un trancendantaliste mais il est surtout un naturaliste, un écologue et un écologiste qui prône au présent comme au futur le devoir spirituel éthique et politique du respect de la nature
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