Poivre et Sel

Dans No 9 - Novembre 2018. par

Empreintes

Le goût de l’air sur ta peau
Le goût de l’eau sur tes lèvres
C’est à courir ces deux lièvres
Que j’ai retrouvé ma route
Gilles Vigneault,
Le chemin montant

Il y a beaucoup de choses à dire à partir d’une piste de lièvre laissée par l’animal qui fuit un renard sur la neige. Les empreintes sociales, digitales, écologiques et génétiques en disent encore plus que l’empreinte d’un renard pistant un lièvre. Je vais vous évoquer quelques exemples d’empreintes qui nous touchent de près. Il y a que le non-être qui ne laisse pas d’empreinte !

Vous savez ce qu’est une empreinte. Une risée de vent peut l’effacer en bien peu de temps, ou l’oubli peut en laisser quelques réminiscences. Une empreinte c’est une ride du temps laissée par un passage. Tantôt un petit fait qui ne laisse que de minces traces heureuses dans la mémoire. Le Frédérika Lensen est une empreinte qui dort paisiblement au fond d’une baie de mer qui ne parle plus. Une empreinte c’est aussi un morceau de joie qui rappelle un souvenir qui ne s’efface pas du fond du cœur. Un nid d’oiseau dans les branches du haut de l’arbre que le vent, le soleil, l’ombre et la lumière ne cessent de fréquenter. Une blessure qui ne guérit pas comme celle laissée tout dernièrement par un meurtrier dans une synagogue de Pittsburgh. Là où s’adressaient à leur Dieu, des hommes de Foi. Une empreinte se voit aussi sur l’arbre blessé, dans l’amour d’une maman, dans le souvenir d’un être cher, dans les actions délicates, douces comme la mousse, dans ce que l’on peut voir, toucher parfois, dans ce qui ne s’oublie pas, dans la trace du pas d’un homme qui a marché dans un sentier aussi étroit que l’espace entre le mi et le fa, là où naissent les chansons.

Dans notre coin de pays de l’Estran, un homme a laissé une importante empreinte puis s’est discrètement retiré dans l’ombre ! Son empreinte, je le reconnais, a été stigmatisée par un total engagement de sa personne. Son dévouement au développement de sa communauté suscite l’admiration. Un homme pourtant discret, tout dévoué. Un homme qui a favorisé la cohésion sociale de quatre villages. Un homme pour qui « non » était un mot qu’il ne connaissait pas. Si la disponibilité portait un nom propre, ce serait Jacques-Noël. Seize ans de travail exigeant de toutes les façons pour assurer la pérennité du journal Le Phare. Assumant à la fois le métier de photographe, de comptable, de publiciste, d’informaticien et j’en passe. Jacques-Noël a œuvré au salaire minimum et plus souvent qu’à son tour bénévolement au journal. Avec le conseil d’administration que d’heures passées pour trouver les subventions nécessaires au fonctionnement de l’organisme. Que d’heures aussi passées à se battre avec une Xerox fatiguée. Que d’heures à répondre aux besoins pressants de ses concitoyens ! Je me fais le porte-parole de tous pour remercier Jacques-Noël. Il laisse une empreinte indélébile dans notre milieu. Nous lui souhaitons de nouveaux défis emballants à relever.

Des défis aussi emballants que ceux que nous avons collectivement à relever pour notre planète. Il n’est pas facile de décrire les empreintes écologiques de toutes les parties de la terre. Des peuples ont porté une grande attention à la nature. Les façons dont ils ont exploité les ressources pour vivre et laisser vivre varient depuis la haute antiquité. De notre enfance, on retient que nos parents et nos grands-parents ne se préoccupaient pas d’ergoter sur le mot empreinte. Ils occupaient leur territoire et ils en prenaient soin. Par l’attention méticuleuse qu’ils portaient à l’occupation de leur demeure, à l’exploitation de leurs ressources, ils ont contribué à nous laisser des empreintes qui ont fortement teinté nos valeurs morales : résilience, courage, honnêteté, vaillance.

Une grande partie des familles produisaient elles-mêmes le nécessaire à se loger, à se nourrir, à se vêtir. L’eau, c’était de l’or. Le jardinage, le tissage, le filage, la couture laissaient l’empreinte de femmes affrontant les nécessités de la vie. Les fleuves, les lacs, les rivières étaient des milieux sains où l’on pouvait se baigner, pêcher, boire ! Jusqu’à tout dernièrement, notre fleuve St-Laurent était le paradis d’une multitude de poissons et de mammifères marins dont le nombre a chuté aujourd’hui. Nos parents ont passé leur vie à recycler. On ne jetait rien pour rien. Ce qui n’était pas consommable par les humains servait à nourrir les animaux, à fertiliser les sols. À ce que l’on entend aujourd’hui, l’environnement dans son sol, son eau, son air, menace de se révolter à brève échéance. Aujourd’hui, de toute part sur la planète, des cris sont lancés pour dire au monde que toute la nature est menacée d’extinction. Cependant, les torts causés à la nature ne sont pas seulement le lot des humains du dernier siècle. Pour s’en rendre compte on peut lire la Bible, les Bucoliques et Géorgiques de Virgile entre autres. Même si ces livres ne sont pas reconnus comme étant des livres de science, il est plausible de croire que quelques catastrophes se sont passées il y a plusieurs siècles. Selon les informations bibliques, la Genèse aurait été écrite 1500 ans avant Jésus-Christ. L’instruction que le premier homme reçut de son créateur laissait de la latitude à Adam. Beaucoup de latitude ! Après une bénédiction solennelle, Dieu dit « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel. » Le premier homme semble avoir pris cela au pied de la lettre ! Dans sa bonne humeur du jour, Dieu poursuivit sa mansuétude en donnant encore davantage. Plus tard, la Bible racontera les fléaux à travers lesquels la terre a dû passer : le déluge, Sodome et Gomorrhe, les dix plaies d’Égypte. Les hommes ayant toujours été des hommes, on ne pourra pas dire qu’on n’a pas été averti ! L’Apocalypse nous prédit depuis longtemps que dans les derniers temps de la terre, les populations subiront sept fléaux. La question qui tue : notre interprétation de ces textes s’avère-t-elle une allégorie ou une assertion ?

Quant à monsieur Virgile, qui est né en 70 av. J.-C., il nous relate la disparition quasi totale des abeilles qui faisaient un miel au goût des dieux ! Les moustiques tels les sauterelles, les poux, les taons s’en donnaient à cœur joie. Et nous, il y a quelque temps, nous avons dû inventer le baccilus Thuringiensis pour lutter contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette. Le succès n’a pas été complet car les écologistes de la Baie des Chaleurs ont dû importer des libellules en renfort ! Qu’à cela ne tienne, on n’a jamais eu le contrôle sur les séismes, les éruptions volcaniques, la foudre et les failles dans l’écorce terrestre.

Les livres d’histoire nous rapportent que dans notre pays, les transports ont favorisé l’invasion d’essences végétales ou animales, non désirables, bien après la découverte de notre pays par Jacques Cartier. Nos ancêtres ont résisté jusqu’à ce que l’industrie invente entre autres, l’huile à mouche, le DDT,  la poison à patate  et d’autres juteux produits. Pas plus tard qu’hier, les journaux rapportaient la condamnation du glyphosate (Roundup), car cet herbicide porte la lourde responsabilité de l’augmentation appréciable des cas de cancer. Des grandes écoles, des industriels de la recherche méritent pas mal de blâmes car ils se sont laissé séduire par les bailleurs de fonds subventionnant leurs recherches agroalimentaires. Pensons Monsanto !

La révolution industrielle est le processus historique qui a fait passer la société d’un modèle de vie agraire et artisanale à un modèle de société urbaine et commerciale. Cette transformation, tirée par le boum ferroviaire des années 1840, affecte profondément l’agriculture, l’économie, le droit, la politique, la société et l’environnement. On se souvient du livre de lecture de notre petite école (car nous n’avions qu’un livre de lecture, à notre petite école) qui nous racontait, la découverte de la machine à vapeur par Denis Papin et la construction du premier bateau à vapeur par Robert Fulton alimenté au charbon. Charbon, oh ! combien pollueur ! Ce fut le début dans l’ère moderne d’un assaut brutal contre la nature. Plus tard, dans des livres plus savants, nous avons appris que les Grecs, les Perses, les Romains vivaient dans un monde où il n’y avait pas de spéculation immobilière, ni pollution, ni extinction d’espèces animales, ni déchirures dans la nature. Bon, ces peuples connaissaient quand même entre autres : des guerres, des meurtres appelés parfois  crucifixions, sans parler du fameux festival des lions auquel étaient conviés, dans les amphithéâtres romains, esclaves, criminels, gladiateurs qui devaient jouer de ruse pour en sortir vivants. On s’entend que je ne parle pas des Lions de Grande-Vallée.

Le combat écologique opposant les pollueurs et les éco-citoyens aurait commencé dès la guerre de Troie ! Et c’est pas fini comme dit la chanson.

Quand le dernier arbre aura été abattu – Quand la dernière rivière aura été empoisonnée – Quand le dernier poisson aura été pêché – Alors on saura que l’argent ne se mange pas.

Il y aurait tellement de choses à dire sur le pourquoi et le comment diminuer l’impact de notre empreinte écologique sur notre environnement! Un mouvement inspirant vient de naître au Québec : LE PACTE POUR LA TRANSITION. Nous sommes tous invités par Dominic Champagne, Yvon Deschamps, David Suzuki, Denise Bombardier, Richard Séguin, et des milliers d’autres personnes à signer ce PACTE et à nous engager d’une manière tangible pour relever ce défi de sauver notre planète. Cependant, notre engagement personnel sera efficace à condition que tous les paliers politiques s’engagent fermement dans la même foulée !

Dans notre pays de l’Estran, quel grand pas aurions-nous franchi en devenant Paysage humanisé ! Avec notre projet, nous aurions été précurseurs de ce Pacte de la transition. En prenant le contrôle de notre environnement, nous aurions bénéficié de toutes les retombées bénéfiques : santé, économie, nature. Oui, de belles empreintes. Et comme dirait notre ami David Richard : je dis ça de même !.

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