Poivre et Sel

Dans No 8 - Octobre 2018. par

Belle et ses prétendants

Elle flotte, elle hésite ;
En un mot, elle est femme.
Jean Racine

En ces temps d’incertitude tant québécoise que nord-américaine, permettez-moi de vous proposer une petite histoire qui je l’espère, saura vous délasser.

Il était une fois, une fort belle créature pleine de ressources. Sa créativité sans borne était enviée par les gens du monde entier. Sa richesse culturelle et son portefeuille diversifié tant dans les domaines économiques que dans les ressources naturelles faisaient d’elle une riche héritière que plus d’un beau parti se disputaient.

En fait, ils étaient quatre qui voulaient se battre pour obtenir la faveur de cette perle. Nommons-la tout simplement la Belle, même s’il s’avère facile de la confondre avec l’une de mes tantes, d’auguste mémoire. Depuis une quinzaine d’années, Belle vivait en union libre avec un beau parti, vous savez le genre Sugar Daddy bien pourvu de sa personne, attentionné, généreux, peut-être un peu trop avec ses amis, enfin passons, mais que Belle trouvait de plus en plus ennuyant. Pendant une année et demie, pour pimenter son quotidien, elle s’est payé une brève infidélité avec un autre beau parti. Vous savez le genre Don Juan, cultivant la parole d’un beau parleur et fleurant bon un certain parfum d’indépendance à l’arôme de liberté. La lune de miel fut de courte durée et notre Belle à court de ressources, ses cartes de crédit toutes « loadées » réalisa que son Don Juan ne pouvait satisfaire les goûts luxueux auxquels Sugar Daddy l’avait habituée. Repentante et pleine de bonnes résolutions, elle reprit vie commune avec son ex. Mais, celui-ci voyant l’état misérable dans lequel elle s’était volontairement réduite, accepta la réconciliation, mais pas à n’importe quel prix. On a beau avoir l’esprit libéral, on a tout de même sa fierté.

Donc, Sugar Daddy posa ses conditions à la Belle.

Premièrement lui dit-il, je vais rembourser tes cartes de crédit, cependant tu devras accepter un bon deux ans d’austérité dans tes dépenses. Finies les folies… tu vas user tes guenilles pis manger tes restes ! Deuxièmement, regarde-toi, tu t’es laissé aller ma pauvre ! Tu vas donc accepter que mon médecin personnel et ses spécialistes te refassent une beauté. On va couper dans le « gras ». Le face lift, la liposuccion et les implants ça coûte un bras. Il va falloir trouver ailleurs dans le système de quoi assumer ces frais… j’entends déjà les récriminations !

Et croyez-moi, les protestataires, la prostate à terre ne se sont pas gênés pour faire entendre leurs voix !

Au bout de deux ans de ce régime draconien, Belle n’est plus reconnaissable. La revoilà bien dans sa peau. Sugar Daddy lui ouvre de nouveau les cordons de sa bourse, lui paie une nouvelle garde-robe. Bref, sa charmante partenaire redécouvre les pouvoirs de la séduction. Sugar Daddy se laissant aller à plus de largesse, mais néanmoins toujours aussi ennuyeux, voilà que Belle réalise qu’un autre beau parti lui fait de l’œil. Vous savez le genre Rhett Butler du roman : Autant en emporte le vent. Entreprenant, fougueux, assez millionnaire pour prétendre être séduisant quoique pas très beau, ambitieux, il caquète tant et si bien que voilà MAINTENANT notre Belle tout émoustillée. D’autant plus que le sujet de sa courte infidélité se met de la partie et tente un nouveau rapprochement. SÉRIEUSEMENT, oh ! la ! la ! Il ne manquait plus dans le portrait qu’un p’tit nouveau. Vous savez, le genre Avatar comme dans la Guerre des Étoiles. Hybride à deux têtes, sachant jouer sur deux tableaux à la fois : socialiste et environnementaliste. Quand on vient d’une autre planète et que l’on convoite une nouvelle terre d’accueil, il faut se fondre dans la masse et tenir un discours séduisant. Belle se laisse gagner petit à petit par ce discours à la saveur du jour, qui ma foi, la rend intelligente et POPULAIRE.

Voyant la dérive vers laquelle sa Belle risque de converger, Sugar Daddy, alarmé, inquiet et histoire de faire un homme de lui, la convoque officiellement chez ses hommes de loi et lui dit :

– Écoute, je sais ce qui se passe, aussi je te donne 40 jours pour choisir entre moi et mes rivaux, et ce POUR FACILITER LA VIE DE TOUS.

Et là, croyez-moi le fun a pogné dans la cabane ! Et les quatre qui voulaient se battre se sont mis, pis pas à peu près, en mode grande séduction pour conquérir la Belle. Promesses pour alléger son quotidien, allant du petit déjeuner au lit, au sandwich tout garni du lunch du midi et pour finir, un souper aux chandelles. Promesses pour améliorer ses revenus, promesse de lui assurer la première place à l’urgence, promesse pour assurer ses vieux jours dans un bel endroit entouré de professionnels dévoués et compétents. Promesses d’un environnement sain, sans pétrole ni autres sources de pollution. Promesses de ci, promesse de ça, tant et si bien que Belle ne savait plus où donner de la tête. Un matin ses préférences allaient à l’un de ses prétendants, le lendemain à un autre. Bref, pendant tous ces jours de flottement, la belle girouette a « spiné » pas mal. Bien malin celui qui aurait pu, jusqu’à la dernière minute de l’ultimatum, découvrir l’issue de cette campagne de séduction.

Au soir du quarantième jour, Belle, à la stupéfaction générale dévoila son choix. Notre Avatar, hybride à deux têtes, ne comprenant ni ne parlant tout à fait bien notre langue, réagit longuement au refus de Belle, comme s’il avait gagné son cœur. Personne n’a compris son ergotage. Peut-être qu’il en est ainsi dans son univers lointain.

Don Juan lui, a reçu le global refus de Belle comme une gifle magistrale qu’il a rapidement et avec humour, transformée en cadeau du ciel.

– Diantre, cela se peut-il ? Finis les rêves impossibles, finies les idées de grandeur ! Heureusement ou hélas, mon charme n’opère plus, se dit-il.

L’humiliation due au refus de Belle à l’égard de Sugar Daddy, lui fut un coup mortel. Qu’à cela ne tienne, raisonna-t-il :

– l’ingratitude envers leurs grands hommes est la marque des peuples forts.

Forte la Belle ! C’est donc notre ambitieux Rhett Butler, le juste assez millionnaire pour prétendre être séduisant quoique pas très beau, que Belle a finalement choisi manifestant un enthousiasme délirant. Les spécialistes, sondeurs de l’âme, ont justifié ce choix par le désir profond de changement, de nouveauté dont Belle dans sa jeune maturité, sentait l’urgence ! On dit, dans l’antichambre, que des paris sont déjà pris quant à la durée de la nouvelle lune de miel !

Toute ressemblance avec les personnages de cette histoire et des personnes existantes est tout à fait plausible. Excusez-la !.

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