L’enfance de Steeve

Dans No 6 - Août 2018. par

Jean-Aimé Huet, 75 ans est un père doux et aimant. D’aussi loin que je m’en souvienne, il a toujours été ainsi ; travaillant, réservé et effacé, ne recherchant aucunement le scandale. C’est un genre de Hobbit de la Petite-Anse ou aucune aventure ne doit arriver. Bien sûr, je ne bûche pas de bois, comme le sont capable mes frères, mais je suis proche de lui. Si j’ai hérité du caractère indomptable et extraverti de ma mère, j’ai reçu en cadeau, de mon père, le don d’observer les gens et de contempler les petites choses.

Enfant, c’était facile la vie avec papa. Dans mes plus vieux souvenirs, il allait bûcher du bois sur des camps, en arrière de Grande-Vallée. Il a même été à Anticosti. Souvent il partait pour une semaine… même si dans mes souvenirs, il partait plus longtemps.

En fait, bûcheron, a été son seul métier. Vers l’âge de 15 ans, il défie sa mère et débute sa carrière sur un camp ou l’un de ses oncles travaille. Il a bûché sur la Côte-Nord, Anticosti et en Gaspésie. Il a été du genre passionné. Sa carrière prit fin rapidement à 50 ans après un accident en forêt.

Lorsqu’il arrivait le vendredi, c’était toute une histoire. Moi qui adorais les moments rituels comme prendre le thé avec Memère Guelou, le retour de papa était toujours un évènement.
Maman cuisinait comme une folle. Des cretons frais, du pain frais, des tartes aux bleuets, aux framboises, à la pichoune, un jambon, mais surtout son classique que papa préférait, un bon steak pigé, patate à l’anglaise avec une canne de champignons, déglacé à la sauce au thé. À ça… une bonne bière et des cigarettes… lol.

La maison était rangée, des draps propres dans tous les lits, puis mon petit frère Marc et moi, en robe de chambre agencée.

D’abord, il y avait cette grosse malle de métal bleu. Il y transportait ses affaires. Je trouvais toujours cela impressionnant… la malle bleue. De mes yeux d’enfant, il était un super héros parti faire la guerre. Selon moi, il revenait après une mission. Enfin, de mes 8 ans… ahahah

L’ouverture de la malle bleue était le moment magique de son retour. Dans le couvercle, tapissé étrangement en damassé beige, une image sainte y était collée. Assez vite, nous donnions à maman ses vêtements pour le lavage. Là dans le coin, des gâteaux Ah Caramel, une boîte à lunch et un thermos.

Bien sûr, Marc et moi pouvions manger les deux derniers Ah caramel.

Il ramenait dans ses bagages une odeur de sapin et de gazoline.

Aujourd’hui, je travaille sur un bateau et je reviens à la maison après 21 jours. Je comprends bien ce que papa vivait, avec Gaétan qui me fait un topo complet et William (notre chat) qui inspecte ma valise.

J’avais envie de vous partager ce souvenir puisqu’il fait du bien… le papa qui revient à la maison. C’est toujours rassurant n’est-ce pas ? Il y a les détails comme la malle bleue et les petits gâteaux, mais j’avoue que l’ambiance de retrouvailles était grisante d’amour et d’affection.

Un papa aimé qui retrouve sa femme et ses gars.

Comme papa m’a appris à apprécier les petits bonheurs, je vous souhaite à tous de pouvoir vous émerveiller encore et encore du retour… de votre être aimé.

Vous pouvez me suivre par mon blogue : www.chambre13blog.wordpress.com

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