L’enfance de Steeve

Dans No 5 - Juillet 2018. par

Bio : Steeve Huet, président de MAINS Bas-Saint-Laurent, blogueur et conférencier, est un homme de communication. Il a écrit deux livres, Castle Combe et Seul le Geste Compte. Écrire est son véritable talent. C’est avec plaisir qu’il nous partagera ses plus doux souvenirs issus de son enfance à Cloridorme.

Le mois de juillet était celui des douces vacances. Enfant solitaire vous savez maintenant que je m’occupais au gré des visiteurs et de mes voisins. Si je ne suis pas chez mémère, Guelou ou sur la grève, c’est dans le jardin en haut de la côte de la route Langlais, chez Murielle Coté, allias Mumu que je passe mes après-midi.

En juillet, il y avait parfois des orages en matinée. Le genre de pluie qui vous réveille à 7 h 30 le matin. Elle tombait comme une pluie bien grasse et allait taper en tambourinage sur le rebord de la fenêtre entrouverte. Comme notre maison familiale est bâtie en haut d’un cap de roc, je me réveillais vraiment lorsque le tonnerre se faisait entendre ou ressentir dans la vibration de la maison.

Puis doucement, la brise amenait à mes sens les doux parfums du jardin de Mumu, plus haut sur la route Langlais.

Jeune, j’ai appris à les distinguer. Lilas et rose sauvage étaient notre jardin et légèrement citronné comme le thé Earl Grey, le jardin de Mumu.

Bien sûr, visiter son jardin était une véritable activité ludique ou non seulement mon imagination était stimulée, mais également mon intelligence. À 13 ans, je jouais à l’aristocrate en vacances dans une Angleterre lointaine tout en apprenant le nom des fleurs.

En juillet, il y avait le frère Gilles, l’ecclésiaste de la famille Côté, l’un des frères de Mumu, qui travaillait dans le jardin. Je pouvais entendre ses sabots de bois, genre de pantoufles en bois sculpté, claquer sur la pierre des chemins montant aux terrasses.

Il était sans cesse courbé, beaux temps mauvais temps dans ce qui semblait être une œuvre familiale. Je savais que frère Gille était en pause lorsqu’il sortait sa pipe. Nous discutions alors de tout et de rien. Étant lui-même un directeur d’école sur la Basse-Côte-Nord, il prenait surtout des nouvelles de ma vie académique. Parfois, il me parlait des baleines, des Inuits et de Blanc-Sablon.

Mais la vie aux jardins était pour les solitaires. Voir toutes ses fleurs et découvrir toutes ses textures et senteurs étaient simplement salvateur pour l’âme. À 13 ans, c’était l’époque où je commençais à être sévèrement intimidé à l’école. Déambuler dans ce merveilleux jardin a toujours eu un effet de guérison chez moi.

La texture d’un pétale de rose anglaise est très délicate. On dirait qu’il se dissout avec la chaleur de nos mains, en plus de teindre facilement.

La senteur de la rose sauvage est parfaitement similaire au parfum d’eau de rose utilisée en cosmétique.
Le feuillage de certaines plantes du jardin de Mumu était rugueux comme la langue d’un chat et après une pluie, ça sentait la boîte de thé Earl Grey fraîchement ouverte.

Puis, il y avait les souris, les papillons, les colibris, les grosses abeilles en plus de la chienne Nicky.

Il y avait toujours, beaucoup de vie dans le jardin de Mumu. J’imagine que c’est dans celui-ci que j’ai développé assez d’imagination pour devenir artiste plus tard.

Ce jardin de la route Langlais n’est plus, mais vous remarquerez les anciennes terrasses devant la maison.

Faites-moi plaisir et imaginez un jeune adolescent timide déambuler dans ce qui a déjà été le plus beau jardin de Cloridorme.

Pour suivre Steeve : www.chambre13blog.wordpress.com

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