Le 80e de la colonie ou histoire de héros*

Dans No 5 - Juillet 2018. par

Je me présente, mon nom est Lucien Minville, je suis né dans la colonie au printemps 1941 dans un campe en bois rond. Nous ne sommes pas très nombreux à être nés dans un tel établissement. On peut dire que nous sommes des privilégiés. C’était les années sombres de la guerre et de plus, ce printemps-là, la rivière a crevé ses eaux… inondant pour la première fois toute la colonie ou presque.

Nous, les enfants de la colonie, sommes allés à l’école primaire et dans la même salle de classe il y avait de première à septième année, ce qui permettait aux plus jeunes d’apprendre les choses de la vie par les plus grands. Pas toujours des belles choses, mais à l’école, on est là pour apprendre.

Je suis un passionné d’histoire et de généalogie, de mise en valeur du patrimoine et amoureux de la terre. Ma carrière, je l’ai fait dans la forêt. La terre et la forêt sont les deux éléments que l’on retrouve dans la colonie. Je vis au village, mais je monte faire mon tour tous les jours.

On m’a demandé de rendre hommage aux pionnières et aux pionniers. Aujourd’hui c’est la Fête nationale et le thème est : « Histoire de Héros ». Quel beau thème pour parler de nos pionniers.

Comme ils ont travaillé très fort à défricher la terre et à bûcher, ils n’ont pas monté dans la colonie pour recevoir des hommages quatre-vingts ans plus tard. Ils se sont installés pour leur propre bonheur. Quelle richesse d’avoir un chez soi BIEN À EUX dans un pays vierge où il n’y a que des arbres et une rivière. Que leur nid d’amour soit en planches ou en bois rond, peu importe. Ils ne se sont pas installés contre leur gré dans ce lieu plus que paisible… même parfois un peu trop. Deux pionnières encore vivantes peuvent en témoigner. N’est-ce pas mesdames ?

Les pionniers et la technologie
Comme on le sait, la technologie a suivi ; d’abord la radio à batteries bien sûr et on pouvait écouter le poste d’Antigonish. À CHNC New Carlisle, nous écoutions la Méditation religieuse avec

l’abbé Lionel Boisseau, suivie du Bruit mystérieux, une commandite de J. Robert Lebreux et fils de Grande-Vallée.

Les pionniers et le téléphone
Les pionnières et les pionniers ont connu les débuts du téléphone. Nous étions vingt-sept abonnés sur la même ligne. Il n’y a pas de LCN pour arriver avec ça. À chaque fois que tu décrochais l’appareil, il y avait quelqu’un qui parlait. Comme la sonnerie de chacun était connue de tous, quand ça sonnait dans certaines maisons plus que d’autres, c’était tentant d’écouter. Nous avions toujours des nouvelles fraîches. Ma mère disait : « Je vais aller voir. »

Les pionniers et la religion
Pas besoin d’aller prendre des marches pour se garder en forme. La religion s’en chargeait. Il fallait aller à la confesse à pied, à la communion le lendemain, aux vêpres le dimanche après-midi et un petit jeûne, avec ça… tout le monde était top chape. Deux statues ont été érigées dans la colonie et font partie de notre patrimoine religieux. La statue de Saint-Joseph en 1947 (feu 1946), celle de la Vierge en 1954 (année mariale) et une croix chez monsieur Camille Lavoie en 1950 (année sainte) aujourd’hui disparue car elle était en bois.

Les pionniers et le transport en commun
Dans les villes on parle de transport en commun. Sans s’en douter, nos pionniers ont inventé ce moyen de transport. Le dimanche, pour aller à la messe, nous étions entassés sur la plateforme poussiéreuse entourée de ridelles du camion de monsieur Antoine Coulombe. L’hiver, c’était la snowmobile. Plus d’une trentaine dedans et il n’y avait que douze places. Ceux qui étaient en dessous étaient heureux ou malheureux dépendant de bien des choses…

Les pionniers n’ont pas fait ça pour rien

Il en reste des traces, des valeurs. Le travail, la persévérance, la débrouillardise, l’amour de la terre pour plusieurs et l’amour du travail en forêt. Beaucoup de bûcherons y sont nés et des entrepreneurs forestiers y gagnent encore leur vie. L’amour de la chasse, de la pêche et de la nature faisaient partie de leur vie. Je cite une famille en particulier, celle des descendants de monsieur Majorique Minville.

Nos Héros à nous, enfants de la colonie, c’étaient nos parents.

Bon 80e et bonne Saint-Jean.

*Note : ceci n’est qu’un résumé. Il m’est très difficile d’écrire ce que j’ai dit oralement avec des pointes d’humour et quelques anecdotes appropriées.

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