Poivre et Sel

Dans No 2 - Mars 2018. par

Paroles, paroles

Y a des mots qu’on soupire
Pour passer aux aveux
Ceux qu’on murmure
Pour mieux parler à son dieu
Francine Raymond

L’hiver s’en va. Bon débarras ! Bientôt le printemps va nous apporter le premier équinoxe de l’année. Et les idées deviennent légères. Les mots dans ma tête pétillent tantôt en petites bulles de champagne ou virevoltent tantôt comme des petits flocons insaisissables dans la prose que je tente douloureusement d’écrire ! C’est qu’ils veulent, les coquins, devenir le sujet de ma chronique. Enfin, c’est ce que je devine. Ha ! ce que peut faire le retour du printemps !

On dit qu’une image vaut mille mots, mais je crois que l’inverse est tout aussi vrai. Par exemple si je vous dis qu’il y a des mots doux, j’imagine qu’il vous vient en tête toute une série d’images qui ressemblent à des câlins, des nounours, des caresses, des toutous, somme toute, des moments de tendresse.
Les mots sont de puissants véhicules d’informations, d’émotions, d’état d’âme. Le dictionnaire Larousse en compte plus de 150,000. Un enfant de trois ans en maîtrise environ mille. Tout de même !

Il y a les mots qu’on aime comme : printemps, paix, enfant, nature, musique. Ce sont des mots qui nous parlent, qui nous attendrissent l’intérieur. Les poètes et les paroliers de chansons ont ce don précieux de faire ressortir tout le pouvoir d’évocation des mots. Un tout petit mot comme « coudon » devient avec Richard Desjardins dans sa chanson « Tu m’aimes-tu », un pur ravissement surtout quand c’est monsieur Florian qui l’interprète. Coudon… tu m’aimes-tu ? Moi, me faire demander cela, ça me tuerait !!!

Il y a des mots qu’on déteste. Par exemple, le mot « impôt » me rend irritable. Surtout quand il est pluriel ! J’ai la pénible impression que, quel que soit le gouvernement en poste, de l’argent, on ne lui en donne jamais assez. Enfin, passons, je suis de bonne humeur. La guerre et les tempêtes ne m’inspirent pas non plus des envolées lyriques. Passons, ce sont des choses sur lesquelles je n’ai pas de pouvoir. Mais, que dire du mot récipiendaire ? Alors qu’on l’utilise pour honorer une personne très méritante, moi, dans ma caboche, tout ce que je vois en entendant ce mot c’est une cruche remplie d’air ! Allez comprendre !

Je détestais le mot revoyure (à la) que l’on prononce familièrement arvoyure. Avouez qu’il y a là matière à nourrir l’imagination ! Mais je dois dire que depuis quelques mois, je l’entends une fois par semaine, et grâce à la force répétitive, je commence à l’aimer !

Il y a des mots qui inspirent comme étoile, planète, lune, horizon, pour n’en citer que quelques-uns. Des mots qui font briller les yeux, des mots qui mettent du vent dans les cheveux, des mots qui font fantasmer. Des mots qui pour quelques instants nous offrent des vacances dans nos lassantes routines. Libre à chacun de choisir le langage qu’il veut pour planer. Selon Stephen Hawking, Edwin Hubble et compagnie, quand on parle d’étoiles, de planètes, de galaxies, d’univers, de cosmos, on repense à notre vieille histoire sainte. De belles histoires. De beaux mythes qui résistent encore depuis plus de quatre mille ans selon le cantique. Débordant de poésie ces écrivains ! Si jamais l’idée vous prend de regarder un ciel étoilé, assurez-vous que vous avez les deux pieds sur terre. Il faut être bien ancré pour naviguer en pensée à travers ces galaxies qui se sauvent les unes des autres depuis 13,7 milliards d’années.

Les mots qui font mal, comme on voudrait les bannir de notre vocabulaire ! Douleur, deuil, échec, alzheimer, abus. Mais, en même temps, ce sont des mots, dit-on, qu’on peut apprivoiser à l’image de la rose du Petit Prince qui avait de bien vilaines épines. Qu’on peut apprivoiser avec des mots qui sonnent comme : temps, patience, acceptation, pardon, résilience.

Il y a des mots qui réconfortent comme des bouillons de tendresse, du comfort food aux ingrédients d’amitié, de clins d’œil, de compliments, du cocooning en pyjama, bas de laine et couette. Des moments apaisants que l’on puise dans la prière, dans la méditation ou le yoga.

Il y a aussi les mots qui font peur. L’inconnu qui nous empêche d’oser, de foncer, de réaliser nos rêves, qui nous paralysent dans un quotidien ennuyant. La maladie ! le cancer ! mon Dieu, il faut être une personne surhumaine pour lutter, s’accrocher, décrocher, croire à la guérison. Des mots lourds.

Il y a des gros mots qui soulagent. Faut-il s’étonner compte tenu de notre héritage religieux que bon nombre d’entre eux s’inspirent largement de nos objets liturgiques. Bien placé et au bon moment, un câl…. , un cib…. , un tabarn…. , c’est, on se le dit, divinement libérateur ! Mais comme le veut le dicton : la modération a bien meilleur goût !

Il y a bien sûr, les mots qui guérissent. Quand certaines personnes nous causaient par leurs attitudes mesquines des « bobos » moraux, ma mère utilisait comme antidote à leur méchanceté l’adage suivant : faut les aimer pis les comprendre ! Voilà, c’était son évangile. L’amour et la compréhension : deux petites pilules qui ne nécessitent pas de prescriptions, à prendre au besoin. Avec elles, accoutumance assurée aux valeurs humaines et beaucoup d’effets secondaires tels des bouffées de générosité, des tapes amicales dans le dos, des partages d’expériences enrichissantes, des tonnes d’encouragements. Ces deux petites pilules sont autant bénéfiques à ceux qui les consomment qu’à ceux qui les donnent. Distribuées gratuitement dans toutes les bonnes pharmacies, clsc, cab, églises, clubs sociaux, et en tout autre endroit faisant la promotion de l’amour et de l’empathie.

Restent encore les mots doux, les mots d’amour, les mots qui font douter, les mots qu’on chuchote, les mots joyeux. À vous maintenant d’en faire votre propre liste et d’y trouver le réconfort que peut-être vous cherchez.
Portez-vous bien.
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L’astrophysicien britannique Stephen Hawking, renommé pour ses travaux révolutionnaires sur les trous noirs et auteur des livres : Une brève histoire du temps, Petite histoire de l’univers et autres, est décédé mardi le 13 mars à l’âge de 76 ans. Il était atteint de la SLA depuis de nombreuses années.

« C’était un grand scientifique et un homme extraordinaire dont le travail vivra encore de nombreuses années », ont écrit ses enfants Lucy, Robert et Tim dans un texte publié par l’agence britannique Press Association.

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1 -http://www.kloranebebe.fr/nos-conseils-experts/bebe-s-eveille/reperes-evolution-du-langage-aa8-36-mois

2-  Stephen Hawking est un grand savant anglais. Selon des experts, dans le livre qu’il a écrit en 2010 « Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? » il lui est reproché de faire la confusion entre science, philosophie et vocabulaire religieux ! Difficile, même pour un savant de remplacer Dieu par une équation mathématique.

3 – Livre de Saint-Exupéry.

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