L’enfance à Petite-Anse… La nourriture !

Dans No 2 - Mars 2018. par

J’ai maintenant 37 ans, mais j’ai en souvenir bien des images, de fleurs, de gâteaux savoureux, d’odeurs enivrantes et de gens merveilleux qui ont su remplir mon cœur. Aujourd’hui quand la vie me cause du chagrin, il suffit que je repense à mon enfance à la Petite-Anse pour qu’un inexplicable sourire s’installe à mon visage.

La Petite-Anse en été se révélait comme un paradis. Maman avait un illustre calendrier et recevait comme une royauté, frères et sœurs Gaumond. Ils venaient pour la plupart de Montréal, avec leurs histoires délicieusement scabreuses pour faire réagir maman. De la morue et des langues de morue servies simplement avec des patates à l’anglaise, ça, j’en ai vu en masse. Mon parrain

Léonel arrivait chez nous avec une montagne de crabes et maman devait tout préparer. Je peux vous dire que lorsque les Gaumond arrivaient à Petite-Anse, d’où qu’ils viennent, on mangeait beaucoup de poisson.

Mais pour certains Gaumond, maman les gâtait différemment avec du pain frais. Mes cousines de la grande ville débarquaient à minuit chez nous et maman leur servait le pain fesse chaud avec du beurre.

Quel délice, ça fondait dans la bouche !

L’enfance à Petite-Anse avait donc ses traditions culinaires avec nos familles.

Évidemment je suis un Huet et, tout comme papa, je ne suis pas très attiré vers la nourriture de la mer. Je ne vous parlerai pas du classique de papa, steak pigé avec champignon en canne, relevée au thé Earl Grey et servie avec patates à l’anglaise. Ce qui revient le plus en ma mémoire est le fameux rosbif que maman faisait le dimanche et qu’également mémère Huet cuisinait. Mais quel ravissement pour les sens ! Maman restait à la cuisine pendant que nous allions à ma messe dominicale.

À table, le dimanche midi, maman sortait tout l’attirail. Soupe de légumes ou bouillon en entrée, rosbif et patates purées au beurre servi avec carottes sucrées au miel comme plat principal et gâteau bras de vénus pour dessert, thé et café comme au restaurant.

Le tout avec la vaisselle anglaise au motif bleu et ajouter à cela : pain frais, beurre, cornichons sucrés, ketchup maison, petits oignons vinaigrés, sucre à la crème et lait carnation pour le thé.

J’peux vous dire qu’à la table de maman, on ne pouvait même pas mettre nos poignets sur le bord, tellement qu’il y avait de l’abondance.

Tous les dimanches, les anniversaires, les réceptions d’été et le temps des fêtes étaient toujours dans une abondance de nourriture.

Maman était très heureuse quand nous étions à sa table.

Elle disait constamment que nous n’étions pas riches en matériel, mais que nous ne manquerions jamais de rien à table.

Je ne peux pas écrire ce texte sans parler de cette époque incroyable dans la famille Huet. Vous vous souvenez très certainement du casse-croûte le Tangon de l’un de mes oncles. Tout en bas de la côte, en face de la Petite-Anse se dressait fièrement le célèbre casse-croûte. Rouge et blanc avec de jolis fanions blancs, un ruisseau derrière et pour finir le portrait, un petit sous-bois de feuillus.

Mon oncle a eu la gentillesse de m’offrir mon premier job d’été.

Eh oui, j’ai pelé les patates pour le casse-croûte pendant deux étés… jusqu’à 15 chaudières par jours.

Mes frères ont aussi été engagés par mon oncle.

Qu’ils ont travaillé fort dans la haute saison ! De 10 h le matin à 3 h dans la nuit… Moi, qui étais toujours chez mémère, je voyais leurs costumes immaculés blancs au trempage dans l’eau de javel.

Vous vous souvenez de sa poutine ou de sa guédille au crabe. Hum ! Un vrai régal.

Mon enfance a été heureuse entre autres par ces moments passés à table où nous étions tous ivres de bonheur.

On a bien ri avec les Gaumond qui jouaient aux cartes jusqu’à tard dans la nuit.

J’entends encore leur puissante voix.

Je me souviens aussi des fameuses lasagnes que mes frères mangeaient avec leurs chums à 3 h du matin, le week-end. Ben maman se levait, mettait au four le plat et jouait aux cartes avec ce quelle appelait : Les tites jeunesses !

Dans nos familles, la nourriture est importante puisqu’elle rallie, transcende les couches sociales et ajoute à nos peines un réconfort.

Et que dire de ma relation privilégiée avec mémère Huet ! Sa bouffe était très anglaise et j’ai acquis avec elle un certain art pour recevoir à la fois distingué et amusant.

Je vous en reparlerai prochainement dans cette chronique.

À bientôt !

Pour suivre Steeve : https://chambre13blog.wordpress.com

 

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