Le Retour…à Esdras-Minville, 18 ans après l’intimidation.

Dans No 1 - Février 2018. par

Le Retour… 25 septembre 2017 18 ans plus tôt…

Extrait de Castle Combe…

L’homophobie est la peur de l’homosexuel. Imaginez la souffrance et les complications à tenter de se construire une identité quand un tel mouvement de haine se dirige sur soi. J’ai fait certes mon possible pour survivre et j’ai trouvé la plus improbable des solutions : le silence.

L’époque où je déambulais dans les corridors de l’école Esdras-Minville en silence est maintenant chose du passé. Mais Seigneur Dieu que j’ai espéré le moment où je reviendrais dans cette école. Je dois vous avouer que toute ma carrière d’écrivain et de blogueur, puis de conférencier a toujours eu ce dessin unique : Le Retour.

Je ne l’ai jamais dit clairement, mais quand j’ai écrit Castle Combe, je reviens de loin en 2015, c’était parce que j’avais peur de revenir à Grande-Vallée, affronter mes démons. Puis j’ai décidé, sans attendre de me lancer dans une conférence sur l’intimidation. Là, je devais apprendre à avoir une VOIX. Ç’a été tout de suite une catastrophe, car il faut dire qu’avoir une voix n’a pas été simple. Et finalement, j’ai écrit un essai autobiographique : Seul le Geste Compte, je reviens de loin. C’est à ce moment-là que j’ai inscrit à mon agenda secret : Retour à Esdras-Minville…

Depuis, ma voix est devenue plus assurée et plus forte. Le discours est nettement plus lumineux, affirmé. Dans les premiers textes de ma conférence, j’abonde dans tous les sens sur les ACTES d’intimidation en soi, mais, lorsque je livre le message devant public, je suis mal à l’aise. Moi qui suis enclin à la poésie, trouver sa voix dans un discours qui traite de violence ne me stimule pas.

Voilà la principale difficulté depuis le début de mon aventure… Briser un silence vieux de 18 ans et découvrir qu’elle serait ma voix.

Ma voix…, elle est douce, ricaneuse, maladroite, bienveillante et calme.

Ma voix… ne revendique pas, ne blesse pas, ne dirige pas et ne se met jamais en colère.

Ici maintenant, quatre mois après ma venue à l’école Esdras-Minville, le 25-09-2017, je peux affirmer que je suis du type de conférencier, doux, amical et serein. La seule chose que j’ai faite d’extraordinaire a été de briser le silence… ça, je peux le faire volontiers et à tous les jours.

Le retour débuta en réalité cet été, juste avant mes vacances estivales à Stan Hope, Île du Prince-Edward. La directrice, Karine, de la Maison des jeunes de Grande-Vallée me demande simplement si cela m’intéresse de faire une conférence sur l’intimidation chez eux.

  • Heu ! Oui certain, de lui répondre.
  • Wow merci Steeve, de me répondre.

En fait la vie est toujours comme ça. Aussi saugrenue, facile et au moment où tu t’y attends le moins. BANG ! Le destin se joue.

Mais c’est les vacances…

Le 23 septembre arriva vite. J’ai été nerveux précisément cette date-là. Comme j’ai une nuitée à faire à Grande-Vallée, il y a quelque chose d’introspectif à faire sa valise, à relire la conférence une dernière fois. Je me disais sans cesse : Merde ! Je retourne à Grande-Vallée…

Puis mon idée se précisait. Ce n’est pas Grande-Vallée que je n’aime pas… j’adore même ce village et ces gens. Non… mes idées deviennent de plus en plus claires. Ce n’est pas non plus, les profs ni la direction que je n’aime pas. Je dirai assurément que j’ai adoré mon parcours scolaire à Esdras-Minville.
Puis, je crois que mes idées sont réellement devenues claires quand j’ai fermé ma valise.

Oui c’est bien cela, ce sont les corridors et le gymnase qui me hantent le plus… pour ça ! J’ai de l’angoisse, j’avoue.

Mais, Karine de la Maison des Jeunes et Stéphanie, l’intervenante pivot de la polyvalente Esdras-Minville ont eu l’immense professionnalisme de bien vouloir m’encadrer dans ce retour, 18 ans plus tard !

La grande question fut, pour certains, si j’avais des sentiments de vengeance envers, la direction, les profs ou l’établissement.

J’ai adoré cette juste interrogation, car je brûlais d’envies d’y répondre.

– Bien sûr que non, je n’ai pas de sentiment de vengeance.

Je leur expliquais que mon but était de me refaire de bons souvenirs dans cet établissement. J’ai certes connu de l’intimidation, mais, à 36 ans, je suis assez mature pour affirmer que je souhaite mettre un terme à cette époque de ma vie.

LE RETOUR…, c’est ça ! Une opportunité pour enfin me délivrer de vilains souvenirs douloureux. Comme je suis créatif, je vais m’y rendre faire ma conférence et ainsi créer de bons souvenirs. Ça, c’est ma manière de TOURNER LA PAGE !

Rassurez-vous !

Avant la conférence du 25 septembre 2017, il eut bien des gestes de poser depuis 7 ans. D’abord, une thérapie pour savoir nommer et tout mon accomplissement artistique a été pour répondre à une grande problématique due à mes années d’intimidation. Je nomme cela : «IMMENSIPATION».

Je me suis marié à l’homme que j’aime, j’ai écrit deux livres, créé une conférence sur l’intimidation, lancé un blogue et devenu président d’un organisme communautaire. Il s’agit d’une présidence à MAINS Bas Saint-Laurent. À cela, s’ajoute une solide expérience avec les médias.
J’arrive donc à Grande-Vallée en sachant très bien qui je suis, ayant une facilité à se nommer et s’étant finalement « immensité».

Dimanche 24 septembre…

Je suis accueilli à la Maison des jeunes l’Oasis de Grande-Vallée par la présidente, Mélanie et la directrice Karine.

Un bel accueil à part ça…

Mélanie avec qui j’ai été au secondaire, ma lancé un franc : Bienvenue chez toi… Steeve !

Cette phrase toute simple de politesse à immédiatement éradiqué 6 ans d’intimidation en milieu scolaire et près de 15 ans de chute libre.

Bienvenue chez toi… Steeve ! Mélanie me l’a dit à de multiples reprises, ainsi que Karine et Stéphanie en plus de Léona la directrice actuelle d’Esdras-Minville. À chaque fois que ces mots magiques ont été lancés à mes oreilles, des points de suture ont été faits sur mes blessures.

Les jeunes dans tout ça… la relève d’aujourd’hui, quand est-il ?

Dans mon temps, à Esdras-Minville comme dans la plupart des polyvalentes du Québec, les établissements n’étaient pas très outillés pour répondre aux problèmes reliés à l’intimidation et aussi directement à contrer l’homophobie. Ce que j’ai vu pendant, entendu et constaté à Esdras-Minville m’a ravi. Je dirai même que j’ai trouvé les jeunes brillants et le personnel en place, efficace.

C’est qu’aujourd’hui, on ne recule pas devant la détresse des jeunes.

À plus forte raison, lorsqu’un établissement scolaire se trouve dans un petit milieu rural, l’expression : Il faut tout un village pour éduquer nos jeunes est définitivement une nouvelle réalité.

Avant, les jeunes comme moi, stigmatisé par tant de différences, dont l’homosexualité et la pauvreté, nous n’avions guère le choix.

À défaut d’avoir des outils comme les jeunes d’aujourd’hui en disposent, nous avions le silence.

Le retour est spécifiquement la visite de l’établissement. C’est avec l’intervenante pivot, Stéphanie, Karine de la Maison des Jeunes et également mon mari Gaétan que j’ai pu OFFICIELLEMENT remettre les pieds à Esdras-Minville.

L’intimidation à mon époque était socialement généralisée et banalisée. Je ne veux pas me mettre en valeur aujourd’hui, mais je dois tout faire pour inspirer l’espoir. L’important, ce n’est pas eux et moi, mais les jeunes d’aujourd’hui…

Mais quelle sensation électrisante… j’avoue avoir eu le frisson à quelques reprises.

Les corridors, le gymnase et les toilettes, j’ai tout vu, même les classes.

J’ai eu du plaisir à me reconnecter et les souvenirs douloureux n’étaient pas si douloureux finalement.

Cependant, l’expérience fut intense entre mon mari, Gaétan et moi.

Dans l’ici maintenant, nul ici-bas… Durant la visite, c’est bel et bien dans le regard amoureux de mon mari que j’ai existé.

Il me trouvait si fort…
Il était si fier de moi…

Constamment, je me retournais, car je voulais le voir, me VOIR !

Que c’est bon d’exister dans ses yeux ! Je me sentais en sécurité et aimé.

Jamais, au grand jamais, je n’aurais cru vivre une histoire d’amour dans le lieu où j’ai vécu, 18 ans plus tôt, tant de tourment.

Gaétan se tenait là…

Exactement trois pas derrière moi… et pour moi !

La présence de Gaétan a fait toute la différence… pour une meilleure résilience !

Les jeunes, les intervenants, la direction, et même une amie m’ont tous parlé du regard aimant de Gaétan envers moi, en ces deux jours historiques où j’ai réalisé mon RETOUR.

Voyez-vous comment j’ai réalisé ce retour… !

Cela s’est fait en plusieurs années. J’ai changé ma manière de penser (plus positif) et j’ai bien pris soin de poser les bons gestes. J’ai travaillé fort et j’ai dû faire des deuils, car l’intimidation blesse et change la trajectoire d’une vie.

Mais, moi…, je n’avais pas dit mon dernier mot.

Et j’ai amené L’AMOUR à Esdras-Minville.

Je remercie la Maison des Jeunes de Grande-Vallée d’avoir osé m’inviter. Grâce à vous, j’ai pu faire mon RETOUR et ainsi mettre un terme à une certaine souffrance.

Merci à la direction de l’école Esdras-Minville. Vous avez été si gentil avec moi.
Maintenant, je me suis libéré définitivement d’une période marquante de mon existence.

Steeve… x

Note : Steeve Huet (Steeve H Rattie) est rédacteur en chef de Chambre13 et président de MAINS Bas Saint-Laurent. Agir pour une société en santé, libre d’être et d’aimer.
http://www.mainsbsl.qc.ca/.

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