Lettre ouverte

Dans No 10 - Décembre 2017. par

Bonjour à vous tous et vous toutes du secteur de l’Estran,

Je prends quelques moments afin de vous faire part de deux enjeux majeurs pour l’avenir de l’Estran, de Murdochville et d’une grande partie de la Gaspésie : la couverture médicale aux CLSC de Murdochville et de Grande-Vallée ainsi que le projet gazier et pétrolier Bourque.

Dans un premier temps, il va sans dire que le décès d’un résident de la Baie-des-Chaleurs le 24 novembre dernier et tout le questionnement entourant l’absence d’un médecin à l’urgence du CLSC de Paspébiac à provoquer beaucoup de questionnements et d’inquiétudes de la part des résidents et résidentes du secteur de l’Estran desservi par le CLSC de Grande-Vallée ainsi que des usagers du CLSC de Murdochville. Ce dossier a clairement fait ressortir toute l’importance que ces CLSC offrent en tout temps, soit 24 heures par jour et 7 jours par semaine, la présence d’un médecin en mesure d’intervenir auprès des usagers qui se présentent au sein de ces établissements. Les municipalités de Murdochville, de Cloridum, de Petite-Vallée, de Grande-Vallée et de Rivière-Madeleine, étant localisé à plus de 100 kilomètres d’un centre hospitalier, il est donc de mise d’avoir accès à un médecin en tout temps dans ces deux CLSC afin d’assurer la santé et la sécurité de la population. Cette présence médicale est reconnue nécessaire depuis de nombreuses années, il serait donc inadmissible de diminuer l’offre de service à la population. Oserait-on envisager de placer les citoyens des grands centres dans une situation où ils devraient parcourir plus de 100 kilomètres afin d’accès à un médecin ? Assurément, la réponse est non. Déjà que nous devons nous déplacer vers les hôpitaux des grands centres (Rimouski, Québec, Montréal) pour recevoir plusieurs services de santé spécialisés, c’est la moindre des choses que nous puissions avoir accès à un médecin en tout temps. Le 7 décembre, j’ai transmis nos préoccupations au ministre de la Santé lors de la période de questions à l’Assemblée nationale. Questionné à trois reprises, le ministre a été très évasif dans ces réponses et, tout comme la direction du CISSS de la Gaspésie, ceux-ci n’ont pas été en mesure d’offrir des réponses rassurantes à la hauteur de vos attentes. Soyez assuré que je continuerais à exiger la présence d’un médecin en tout temps dans les CLSC de Murdochville et Grande-Vallée. Les Gaspésiens et Gaspésiennes ne sont pas des citoyens de deuxième ou de troisième classe.

Je tiens également à vous faire part des derniers développements dans le dossier du gaz et du pétrole sur le site de Bourque à proximité de Murdochville et de l’Estran. En tant que député de Gaspé, je serais toujours ouvert à toute opportunité de développement socioéconomique et de création d’emplois dans la région. Toutefois, nous devons agir de façon responsable en évaluant les conséquences de tout projet présenté devant nous. Cependant, le dossier du gaz et du pétrole en Gaspésie est devenu un dossier qui sème une certaine division au sein de la population et des organismes. D’un côté, il y a les pros hydrocarbures, de l’autre côté les opposants notamment en raison des impacts potentiels sur l’environnement, et au centre une forte proportion de citoyens et citoyennes qui se demandent qui dit vrai dans ce dossier. C’est un peu normal, car les deux groupes en opposition plaident chacun pour leur cause et il est clair que ceux-ci ne sont pas totalement objectifs dans leur argumentation. Dans ce contexte, il est plus qu’urgent que nous puissions, comme population directement concernée, avoir toute l’information complète et objective afin de connaitre les impacts positifs et négatifs qu’engendrerait une certaine industrie pétrolière et gazière sur notre territoire. À titre d’exemple, deux sources officielles mentionnaient que l’exploitation de pétrole à Bourque pourrait créer de 40 à 400 emplois ??? Il est inadmissible que nous ne puissions même pas, après des années d’exploration, connaitre le nombre précis d’emplois éventuellement créer. 1000 % d’écart entre les deux estimations, c’est anormal. Également, pour une première fois, l’entreprise envisage de recourir à la fracturation dans une éventuelle production de pétrole à Bourque. Ceci est susceptible d’entrainer des impacts beaucoup plus imprévisibles que l’exploitation conventionnelle.

Le 5 décembre dernier, j’ai rencontré le ministre des Ressources naturelles et responsable de la Gaspésie, monsieur Pierre Moreau. Je lui ai fait part des nombreux questionnements ressentis dans le milieu. Celui-ci a fait preuve d’ouverture et s’est engagé à conserver un canal de communication avec le milieu. Toutefois, le gouvernement du Québec, qui alloue les permis et autorisations en plus d’être actionnaire à 40 % du projet Bourque, doit s’assurer d’avoir toutes les informations touchant les retombées économiques, la création d’emplois, les impacts sur l’environnement et les autres secteurs d’activités économiques. De plus, une dimension extrêmement importante qui n’a pas encore été abordée à ce jour est la question des redevances financières accordées aux communautés visées par les futurs projets. Souvenons-nous des premiers parcs éoliens aménagés à Murdochville et Cap-Chat où aucune redevance monétaire n’a été versée aux municipalités. Après plusieurs années de revendications, plusieurs centaines de milliers de dollars sont aujourd’hui versés dans le milieu, nous devons être vigilants et nous assurer qu’advenant la réalisation de projets d’hydrocarbures que des redevances financières soient prévues. Il doit transmettre ces informations le plus rapidement possible aux élus et à la population gaspésienne. Nous sommes en droit d’être informés et consultés en premier lieu à l’égard de tout projet susceptible d’être réalisé chez nous. Le gouvernement dit vouloir respecter le principe d’acceptabilité sociale avant de donner le feu vert à l’industrie. Soyons cohérent, comment s’assurer de cela si la population directement n’est aucunement informée ni consultée de façon transparente et satisfaisante ? C’est donc ce message que j’ai transmis au ministre Moreau lors de notre dernière rencontre.

En conclusion, à titre de député, je perçois qu’il y a une certaine ouverture à l’égard d’un éventuel développement d’hydrocarbures sur leur territoire. Toutefois, beaucoup de questions importantes demeurent toujours à ce jour sans réponse notamment les retombées économiques, les impacts environnementaux, le nombre d’emplois, les redevances aux communautés. Nous sommes en droit d’exiger les réponses à ses questions. Trop longtemps, nos ressources naturelles ont été prélevées sans que les retombées économiques soient à la hauteur de nos attentes.

Print Friendly, PDF & Email

Réagissez à cet article