Poivre et Sel

Dans No 09 - Novembre 2017. par

Le rap du veilleur

 

Les sanglots longs
des violons de
l’automne blessent
mon cœur d’une langueur
monotone.

Paul Verlaine

Petit matin,
tranquillité lunaire
à l’autre bout de la mer
dans la paix
ou le bruit de l’onde en furie,
l’astre du jour sort de
son sommeil.
Je le vois fébrile
franchir son espace,
Vitesse extrême,
Invention
du Grand Maître
dans un long tracé sur l’onde,
secoue des gouttes d’or et d’argent
qui scintillent.
Grand Seigneur ce soleil,
c’est là son privilège.
Âgé de quelques milliards d’années
il attend encore de nombreux demains.
Et moi comme toujours un peu inquiet
pour vous
sans cesse je cherche
la voie le
chemin de la liberté.

Tel un héros de citadelle,
sans jamais clore l’œil
j’entends vos sources
rire aux éclats
sous des
couverts humides.
Je pointe les horizons
ivre de vents de tempêtes.
J’écoute des hommes
aux vertus des dieux
blanchir vos âmes
et vous rendre comme eux.

J’accueille vos poupons
joufflus comme des anges.
Je présente à Dieu
vos Prêtres
vos Prophètes
vos Rois.

Je vous convie à la louange,
à parler en bouche d’or,
à vous faire serviteur,
à accueillir l’hirondelle
la mouette les
enfants le merle bleu,
à danser sur les airs délirants
les menuets du printemps dans les
érablières dégelées.

Je m’abreuve aux arcs-en-ciel
frémissants au vent.
Je distille un
précieux métal
dans tous vos talents.
Je respire l’embrun
Les iodes de vos marées.
J’unis ma voix
À vos rites
quêteurs d’éternité.

Je bénis vos amours
aux frais matins de mai.
Je chante vos requiem
sombres moments
aux soirs de novembre.
Et sans me lasser
de l’aube au crépuscule
j’écoute vos vieillards,
je parle à vos sages.
Je vois vos luttes
vos misères
vos chicanes d’enfants
vos habits neufs déchirés
votre Foi chancelante.

J’ai poussé dans les vagues du large
vos barques frileuses.
Vous attendiez les poissons absents
Loreleï son chant mélodieux
ou d’autres
sirènes trompeuses.
Et je vous ai ramenés comme un phare
dans la
tranquillité de la rivière
à l’abri de tous les vents.

J’ai vu de près la guerre et ses
poissons de fer se lancer
rageurs,
poussés par la voix du mal.
Je vous ai vu
prêter vos enfants
pour des jeux de titans.
Je veille encore sur le Frederika
témoin du feu et du sang
dormant d’un
sommeil profond
dans son
cimetière ensablé.

Et mes yeux bleus de mer
calmes sereins et doux
vous regardent aller
de vos pas fatigués
dans l’épuisement des montagnes
où des étrangers sans âme
cueillent à l’année
des fleurs de papier.

Vos doigts tissent
des fils si minces si ténus,
miracle,
des ponts aux vertèbres d’acier
reliant vos esprits
à l’âme de la Gaspésie
du nord!

Je m’accroche aux nuages
à leurs flocons de rêves.
Je brode un paysage
sur des déserts de lune
et je baigne vos crépuscules
dans un brasier
marée de feu.

J’épie les vents d’en bas
venus de Minganie
et son cruel noroît
s’acharnant à tout faucher.
J’entends les envoûtantes
ritournelles de la Petite-Vallée
incessante invitation
bien sur à chanter
plus fort que la mer!

Je souffle un parfum
d’impatientes balsamines
et dans vos vies
et dans vos jardins
où poussent à s’émouvoir
vos racines d’appartenance
et vos jeunes boutures d’Espérance.

Sur ma falaise de schiste
en ce froid matin d’automne,
moi votre veilleur
votre humble clocher,
j’entends et je salue
mes fiers voisins
de l’est et de l’ouest.

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p style= »text-align: center; »>Élancé vers le ciel
vous demeurant à jamais fidèle,
je vous invite à vivre toujours
dans la Vérité,
vos Amours,
votre Liberté,
chère Grande-Vallée!

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