Lettre ouverte

Dans No 07 - Septembre 2017. par

Sauvée des eaux…

Nous sommes en 1967, c’est un bel après-midi d’été plus précisément le 25 juillet.

J’ai 14 ans et, comme il fait un temps splendide pour la baignade, trois copines et moi décidons d’aller nous baigner.
Nous marchons dans l’eau environ à la hauteur des genoux et tout à coup nous voilà entraînées toutes les quatre dans ce qu’on m’a expliqué beaucoup plus tard, être une fosse avec de l’eau bien au-dessus de nos petites personnes…

C’est l’horreur, on essaye de s’agripper les unes aux autres, mais c’est peine perdue, on ne sait pas nager ou si peu… c’est clair, on va se noyer toutes les quatre…

On se trouvait en arrière de l’épicerie Lemieux et comme quoi le hasard fait bien les choses, un touriste admire le paysage et il nous voit en train de nous noyer (autre fait qui m’a été raconté) et il va chercher de l’aide.

Comme le poste de police se trouve juste en face de l’épicerie, un policier vient à notre secours, de l’espoir à l’horizon… Il se jette à l’eau, mais ce n’est pas vers moi qu’il vient et il va secourir une de mes copines… elle est sortie de l’eau ainsi que les deux autres, il ne reste que moi et il n’est pas capable de venir me sauver, c’est clair que je vais y rester…

D’ailleurs je sens que je perds des forces, j’ai avalé une grande quantité d’eau, je suffoque… Je suis engourdie, je sens que je m’enfonce et curieusement je me sens partir, je suis comme paralysée et ma foi, je commence à ressentir un bien-être et j’aperçois des choses… est-ce une vision de l’autre côté des choses ou le manque d’oxygène qui commence à se faire sentir… ?

Pendant ce temps, Cofa Lemieux qui est mis au courant de ce qui se passe, courre chercher une embarcation à l’arrière du poste de police et la met à l’eau et fonce tout droit vers moi, la seule chose que j’ai sentie, c’est que quelqu’un m’agrippait le bras et par la suite c’est la perte de conscience qui a duré quelques minutes, mais pour moi quelques heures. Le médecin a pratiqué les premiers soins sur le bord de l’eau et ensuite on m’a transportée chez les Lemieux jusqu’à ce que je revienne à la vie. À un moment donné j’ai commencé à vomir de l’eau et revenir à la vie tranquillement…

On a avisé mes parents, mon père est venu me chercher, j’ai été au lit pendant une semaine, j’avais des crevasses entre mes doigts et mes orteils, je pense que c’était à force à me débattre probablement…

C’est clair que le Bon Dieu n’a pas voulu de moi cette journée-là.

Cher Cofa, je te rends hommage aujourd’hui, car dans quelques jours ce sera l’anniversaire de ma noyade, 50 ans…

Si tu n’avais pas pris ton courage à deux mains ce jour-là pour venir me sauver, je serais morte…

Je te serai toujours reconnaissante…

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