Manche d’Épée : 150 ans d’histoire

Dans No 05 - Juillet 2016. par

Puisque quelques-uns m’ont demandé une copie de mon texte que je vous ai offert le soir de l’inauguration de la halte historique pour le 150e anniversaire de Manche d’Épée, je vous le partage ici en toute humilité.

Au nom des habitants de notre village, au nom des descendants de notre fondateur René Pelchat, c’est un honneur de m’adresser à vous en ce moment que je dirais historique.

René Pelchat, originaire de Beaumont dans le comté de Bellechasse, s’était d’abord installé à Ste-Anne-des-Monts. Par la suite, il s’établit quelque temps à Mont-Louis. C’est en pratiquant la tâche de postillon qu’il découvrira la beauté de notre village. Quand notre ancêtre foulait les dizaines de milles le long de la côte gaspésienne, il ne se doutait pas qu’une curieuse trouvaille sur le bord d’un ruisseau ferait de lui un personnage historique.

Cent cinquante ans plus tard, les villageois et ses descendants sont fiers de lui rendre hommage, et aussi, aux bâtisseurs pleins de courage qui ont décidé de s’établir au pied de nos montagnes près du fleuve pour y pratiquer la pêche. Comme vous le savez, à cette époque, les familles ne s’installaient pas dans leur maison clé en main construite par Goscobec. Dans la Gazette du Québec, on relate le naufrage du Woodstock le 1er décembre 1866. Ce bateau anglais s’était échoué ici même dans le village (les plus anciens se rappellent d’une chaîne de navire juste ici, qui serait probablement un artefact du Woodstock) Le médecin qui était venu à la rescousse des survivants décrivit notre village de la façon suivante : « Il y a quelques cabanes très froides, peu isolées. Les habitants, ont pour passer l’hiver, du harengs salés et de la farine grossièrement moulue. » C’était de la grosse misère. Aujourd’hui, nous avons de la difficulté à manger deux fois la même chose. Ça bien changé !

En 150 ans d’histoire, il s’est déroulé à Manche d’Épée des histoires d’hommes et de femmes qui ont marqué notre réalité et nos vies. Je ne nommerai personne en particulier, de peur d’en oublier, mais je sais que dans vos souvenirs vous revoyez les visages de ces gens qui nous ont tant apporté. Parmi ces personnes, il y a des hommes et des femmes avec le cœur plus grand que la mer. Des hommes et des femmes avec du talent, capables de construire leur petit royaume avec le minimum matériel, mais avec beaucoup d’imagination et de courage. Des hommes et des femmes qui aimaient s’amuser, quelques notes de violon c’est tout ce qu’il fallait pour avoir une belle soirée. Des hommes et des femmes vaillants, qui ne comptaient pas les heures de labeur, de la bord du jour au coucher du soleil, ils travaillaient afin d’assurer la subsistance de leur famille. Des hommes et des femmes qui aimaient bien rire, il s’agit d’entendre monsieur Roland raconter leurs mauvais coups qu’ils se faisaient dans les chantiers durant l’hiver, vous verrez bien. Il y avait aussi des hommes et des femmes serviables qui ne laissaient pas leurs voisins dans le pétrin. Tout le monde mettait l’épaule à la roue et s’entraidait. En 150 ans, il y a eu aussi des histoires d’amour. Des hommes et des femmes qui se sont aimés et qui ont aimé leur famille plus que tout pour le bonheur de leurs enfants.

Malheureusement, en 150 ans, il y a eu aussi des drames, des souffrances, des gens qui ont eu faim, d’autres qui ont eu froid. Il y a eu des départs pour la grande ville et certains, hélas ! partis à tout jamais. Ce soir, j’aimerais que nous ayons une pensée toute spéciale pour tous ceux qui nous ont précédés. Ils ont été des bâtisseurs : des bûcherons, des pêcheurs, des agriculteurs, des menuisiers, des restaurateurs, des hôteliers, des marchands, des maîtres de poste, des garagistes, des camionneurs, des cantonniers, des mineurs, des « patenteux », des « raconteux » et j’en oublie certainement. Je me dois de ne pas oublier le métier le plus humble, mais le plus important d’entre tous, celui de femme au foyer, dans lequel nos mères ont excellé. Tous ces gens ont bâti notre coin de pays.

Même si la population du village est en forte décroissance et particulièrement vieillissante, ces gens restent fiers de leur appartenance. À l’automne, même si les feuilles tombent, l’arbre reste debout, parce qu’il est profondément enraciné. Il est attaché au sol avec une telle force que même les assauts du vent du nord hivernal ne le feront pas bouger. Nous devons être forts comme des chênes et garder en nous cette force de survivance et toujours être fiers d’où l’on vient et tout faire pour en conserver son existence et son nom.

Depuis 150 ans, que de marées basses attendant le pêcheur matinal et de hautes mers qui nous rappellent que l’hiver est à nos portes, que de terres défrichées, que de sols labourés, que de maisons construites, de coups de cœur et d’actes de raison, que de sacrifices et d’inquiétudes surmontées, que de joies et de bonheur.

Aux noms des villageois, j’aimerais remercier les bénévoles qui ont rendu possible la réalisation de la halte. Bravo ! Mes félicitations à Stéphane Béland, qui a réalisé le manche d’épée. Bravo pour ton talent ! Un gros merci au comité de développement pour leur travail monumental à l’organisation de tout ceci. Merci à vous tous, qui vous êtes déplacés pour ce moment unique.

J’aimerais terminer en vous disant que d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé mon Manche d’Épée et ceux qui y habitent. En ce soir de fête nationale, vous vous rappellerez sûrement des feux de St-Jean derrière la maison chez monsieur Joachim et madame « Pheda » qui marquaient le moment où les jeunes du village revenaient des études et les plus vieux qui arrivaient pour leurs vacances estivales. Que ces souvenirs de retrouvailles nous inspirent et nous permettent de fêter le 150e anniversaire de notre village dans la joie et le bonheur.

Finalement, j’ai un souhait. Dans cinquante ans, j’aurai l’âge de monsieur Roland, notre doyen, j’aimerais que nous nous promettions d’être ici pour fêter le 200e anniversaire. J’espère que nous serons toujours forts, debout comme des chênes, toujours aussi fiers et que notre village portera toujours le nom de MANCHE D’ÉPÉE.

Bonne fête à tous! .

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