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Poivre et Sel

Dans No 04 - Juin 2016. par

Une pluie de chroniques

Il ne faut pas mettre du vinaigre
dans ses écrits, il faut y mettre du sel
Montesquieu

Aujourd’hui mon propos est basé sur l’allocution que certains d’entre vous ont entendue lors du lancement des « Chroniques d’un éternel impertinent ». Les personnes présentes au lancement du livre savent que, durant ma fréquentation scolaire, j’ai été décrocheur. En primeur dans le livre, vous apprendrez le pourquoi de ce décrochage en lisant la soixante-quatrième chronique.

Si vous voulez assouvir votre curiosité, vous n’avez donc pas le choix, vous devez vous procurer le livre, car cette chronique ne figure nulle part ailleurs. Vous encouragerez par le fait même votre journal Le Phare.

Au-delà de 64 mois, c’est une longue gestation pour écrire un livre, me direz-vous. Mais comme dit ma femme : « quand on a une mémoire d’éléphant, on accouche plus ou moins comme un éléphant. »

Dans ma carrière, j’ai été gâté avec l’enseignement de mes matières de prédilection : maths et sciences (physique et chimie) à Montréal et ses environs et en Gaspésie à compter de 1968.
Et c’est au retour dans mon coin de pays que les souvenirs enfouis dans mon enfance ont refait surface.

Les souvenirs sont un peu comme des objets ou des bibelots que l’on accumule. Un jour on s’aperçoit que ça devient encombrant. C’est le constat que j’ai fait en fouillant dans ma tête. Ça manquait d’air et d’espace. Sous les injonctions de mon épouse je n’ai pas eu le choix de faire le ménage et de dépoussiérer.

Ce travail m’a permis de redécouvrir des personnages et des évènements dignes d’être laissés dans un autre musée que celui de ma tête. Pour moi, ces « icônes » étaient habitées d’un passé dont il faut se souvenir. Je fais donc œuvre de transmission par petites tranches. Avec parcimonie et humour, ça se digère mieux. Ainsi sont apparus les personnages que Nelson Minville qualifie si bien de « petits monuments ». Durant toutes les années de ma carrière en éducation, j’ai aussi avec bonheur, participé à la vie sociale et économique de mon coin de pays à travers divers organismes.

Au point où nous en sommes, je veux demeurer optimiste malgré la diminution de la population de nos villages. « Nous sommes des descendants, serons-nous des ancêtres ». Je nous souhaite la plus grande solidarité, le plus fort rassemblement. Ailleurs, le chacun pour soi oust ! Dehors l’individualisme ! À travers les « Chroniques d’un éternel impertinent » passent quelquefois des petits messages qui invitent à la coopération.

Par ailleurs, c’est toujours un plaisir pour moi de rencontrer d’anciens élèves qui ont quitté le nid gaspésien. Si plusieurs d’entre eux se souviennent de moi pour leur avoir montré à lancer le ballon de football ou à les avoir fait chanter le matin à l’école, aucun ne m’a dit que j’avais été un bon prof, pourtant mes questions étaient claires. C’est du parascolaire dont on se souvient quand on a quitté l’école. En changeant la tournure de mes questions, j’avais demandé au médecin d’un grand hôpital de la capitale à qui j’avais enseigné dans ses jeunes années :

Te souviens-tu comment tu détestais la physique ?

Au contraire Jean-Claude, qu’il a répondu, c’est la matière que j’aimais le plus.

L’élève en question était Onil Gleeton de Cloridorme ! J’étais fier de la réponse même si elle ne me disait pas si j’avais été un bon prof !

Puis la direction générale de la commission scolaire a été mon dernier contrat. Pour ne pas dire mon dernier combat !

Et la retraite est venue ! J’ai d’abord tourné en rond pendant deux ans. J’avais le goût de retourner aux études. Je scribouillais de temps à autre. J’étais chargé du ménage de la maison tous les vendredis, tâche que j’accomplissais avec minutie selon les instructions de la maîtresse de maison. Le repas du midi était aussi l’un de mes contrats. Je n’étais ni monsieur Misal ni monsieur Noré, mais, c’est drôle, j’avais toujours d’excellentes notes sauf la fois où j’ai pris l’initiative d’ajouter des betteraves à mon bouilli de légumes !

Puis je me suis converti horticulteur. Une soixantaine de variétés d’excellents produits faisait envie. Toute une retraite ! J’ai remis en culture 15 acres de terre que mon père, parti labourer les nimbo-cumulus, avait laissé devenir une friche. À la ferme, j’ai souvent des visiteurs. Un jour, arrive monsieur Omer Fournier. Il est seul. Sa femme alitée est très malade et ne peut quitter la maison. Monsieur Fournier veut des fraises. Je le mène à mon meilleur champ, car j’ai trois champs de fraises. Il fait quelques pas entre deux rangs et aperçoit des grappes de gros fruits rouges, rouges. Il n’en croit pas ses yeux. Il replace sa calotte, cueille une fraise lourde, la mange avec délectation durant cinq minutes ! Il repart d’un pas pressé vers son auto !

Où allez-vous, monsieur Omer ?

Je vais chercher ma femme. Je veux qu’elle voie ça. Si elle ne voit pas ça de ses yeux, elle ne me croira pas !

Si mes productions pouvaient rivaliser avec les meilleures productions d’Amérique, moi, comme vendeur j’étais nul. Je suis encore gêné de mes performances ! Souhaitons que le journal Le Phare soit meilleur vendeur que moi s’il veut faire des profits avec ma production littéraire.

Comme je le disais au début, des montagnes de souvenirs traînaient en désordre dans un coin de ma tête. Vous savez à la manière des hommes qui empilent leurs vêtements sur la chaise que personne n’utilise dans le coin de la chambre à coucher. Ma femme a donc entrepris la tâche ardue de me discipliner en m’ordonnant ni plus ni moins d’écrire ces souvenirs, ne serait-ce que pour les transmettre à nos petits-enfants. J’espère que ces histoires sauront vous garder au chaud comme une petite laine et que la nostalgie ne vous empêchera pas de regarder l’avenir avec espérance !

Quand on réalise ce que nos parents ont bâti avec si peu de moyens, nous avons tous les motifs d’être optimistes face à l’avenir en comparant les moyens qui s’offrent à la génération montante. À nous de saisir ces occasions.

En terminant, je remercie d’une façon toute spéciale Anne, mon épouse pour avoir maintenu l’étincelle bien vivante durant ces soixante-quatre chroniques. Ses remarques sur mes ébauches de textes ont toujours eu la juste pertinence et le bon dosage entre le sérieux et l’humour. À moi, l’impertinence ! Là je m’en voudrais de ne pas souligner la générosité avec laquelle Nérée, mon frère, s’est laissé prendre au jeu, à son insu, comme au temps de l’enfance dans plusieurs de mes chroniques. Quel inspirant personnage !

Merci à Nelson Minville d’avoir préfacé les « Chroniques d’un éternel impertinent ». À Michel Lambert pour son leadership a mené ce projet. À Jacques-Noël pour sa disponibilité et son expertise. Merci surtout à vous lecteurs de me suivre dans mes errances, pour vos commentaires encourageants et pour votre soutien au journal Le Phare par l’achat du livre. Merci à tous mes enfants pour leur vidéo surprise. Je crois qu’en ce qui concerne l’impertinence, ils tiennent de leur père.

Bravo, meilleur succès et longue vie à l’équipe du journal Le Phare.

Note : En juillet, la chronique Poivre et Sel sera remplacée par un texte de Jean Bédard philosophe, écrivain, intervenant social. Jean exploite aussi SageTerre avec sa conjointe Marie-Hélène Langlais, originaire de Cloridorme. À mon avis, vous y gagnerez au change!

 1 – Cardinal Paul Poupard cité par Mgr Bertrand Blanchet dans Mandements des Évêques de Gaspé V. XI, 1996. 

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