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Poivre et Sel

Dans No 09 - Novembre 2015. par

Es-tu dans les pommes?

Si Dieu ne pardonnait pas, son paradis resterait vide.
Henry David Thoreau

Le mois de novembre a toujours laissé en moi, un goût amer. Un goût de langueur. Un écho de violons de l’automne! Ah! Ça date de l’enfance. La nature s’enguenille. La brume, la pluie et le froid chassent les moustiques, mais emportent avec eux le chant des oiseaux, les couleurs. Reste le silence des montagnes. Un goût de paradis se perd devant l’expectative d’un long hiver. Je me demande si les gens de l’hémisphère sud ou bien les Inuïts vivent ce genre de mal à l’âme. Le discours éthique et esthétique que nous tenaient nos parents, nos professeurs et les sermons entendus à l’église contribuaient à nous donner l’envie de passer à l’époque de Noël par le plus court chemin. La Mort trônait avec à sa gauche la peur et à sa droite l’anxiété. Il était question plus de mort que de résurrection. Davantage question de culpabilité que de miséricorde. Le chemin de l’enfer, véritable autoroute de la facilité, était pavé de bitume où les nids de poules n’avaient pas droit de cité. Cependant, le point d’arrivée promettait des surprises peu agréables. Tout était triste sauf la nuit, les lumières dans le ciel, rien que les étoiles dans la nuit claire. Je mettais mes livres de côté, oubliant mon école et ma maîtresse et j’allais chercher une bonne paix pour passer la nuit à la chaleur du poêle dont mon père entretenait la flamme!

Cette période d’automne, à l’église, se voulait un festival de l’Apocalypse. Pour les catholiques, pas question d’avoir le droit de lire la Bible et autres livres douteux. Une censure défendait les choix de lectures. Nous devions nous contenter des fables que nos parents et nos professeurs avaient apprises dans un livre qui vulgarisait les récits bibliques et que les curés exploitaient pour le salut des âmes. Bon, il était clair que le Bon Dieu, il fallait l’aimer, car Il était doux, bon, juste enfin, Il possédait toutes les qualités naturelles ou celles inventées par l’homme depuis des millénaires. Il savait que là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie et que sa miséricorde en est le seul antidote. Les livres de la Bible ont été écrits par des humains « inspirés » et souvent ces écrits ont été l’expression tantôt allégorique, tantôt fabuleuse, d’évènements passés il y a plusieurs lunes. Les mises en garde dans l’interprétation de ces textes sacrés n’étaient pas de trop. Pour certains, l’une des fonctions de la religion a été longtemps considérée comme adjuvant pour apaiser l’anxiété de l’espèce humaine face à des problèmes et des dangers qui échappent à son contrôle. La science et ses découvertes auraient remplacé ces croyances.

L’histoire de la religion catholique nous révèle qu’elle a été atteinte en plusieurs occasions de symptômes de « TOC » autrement dit,  des troubles obsessionnels compulsifs du domaine spirituel: les Croisades, l’Inquisition, la querelle des Investitures, les Schismes, la querelle des Indulgences, etc., les abus et les malversations se continuent encore de nos jours. Je lisais cette semaine un article intitulé « Fonds détournés par la Curie ». Deux livres paraitront prochainement et révèleront les frasques financières derrière les murs épais du Vatican où selon leurs auteurs, une partie par exemple des dons faits aux pauvres financent en réalité les dépenses somptuaires de certains cardinaux. C’était la collecte vaticane! C’est sûr là, que la miséricorde divine n’est pas un luxe. À ce qu’on entend en Gaspésie, on n’a rien à envier au Vatican! À son tour, le pape François a rappelé en ce matin du 7 novembre 2015, les incohérences liées au train de vie luxueux de certains cardinaux. Pour prêcher la pauvreté, il ne faut pas vivre comme des pharaons, disait le pape François! Quelqu’un disait : si l’Église était d’origine humaine, il y a longtemps que les cardinaux l’auraient détruite.

Pour lire la Genèse et comprendre le sens des écrits bibliques, il faut les saisir dans leur dynamisme et non les disséquer en morceaux sans relation les uns avec les autres. Alors moi, je cherche du sens. Nos pasteurs possèdent le langage pour dire de quoi il en retourne. L’Église poursuit sa mission évangélique en dépit des hommeries inévitables.

Dans le livre de la Genèse, il est écrit : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa; mâle et femelle il les créa.» Puis, quelques lignes plus loin du même livre, Dieu installe l’homme dans le jardin de l’Eden qu’il doit cultiver et garder sans trop se fatiguer à ce qu’il semble. Mais, prescription pour l’homme: « tu pourras manger de tout arbre du jardin. Mais ne touche pas à l’arbre de la connaissance du bonheur et du malheur.» Selon la Genèse, la femme n’était pas créée quand l’homme a reçu ces consignes. Mais, l’homme était le seul être vivant et ça, ce n’était pas bon. Alors Dieu a créé les animaux, les oiseaux et tous les êtres vivants que l’homme a baptisés au meilleur de sa connaissance. L’homme se retrouvait seul de son espèce à travers toute la faune et ça, ce n’était pas fort! Pour combler la solitude de l’homme, Dieu le fit tomber dans une profonde torpeur, tira l’une de ses côtes et créa la femme. Tous deux étaient nus sans se faire mutuellement honte.

Alors, c’est là que le diable a commencé! Nos premiers ancêtres allaient posséder la connaissance du bonheur et du malheur. Tentant pour une femme… Notre grand-maman succomba. Elle prit une pomme, en croqua un morceau et donna le reste à son homme qui en mangea lui aussi. Adam avait sans doute oublié de mettre sa femme au courant quant aux consignes divines. L’homme n’a pas changé! Dieu qui avait été si bon, si besogneux, si humain, qui avait travaillé si fort pour nos premiers ancêtres fut pris de colère. Mais quand Dieu se fâche, Il n’y va pas avec le dos de la cuillère avec les punitions. Ouste, dehors du paradis terrestre.

-Vous avez l’air fin là, tout nu. Allez vous mettre des feuilles de chou au moins. Et toi, la madame, sans soutien-gorge. Faites attention aux ours! Vous allez devoir travailler comme des esclaves, suer, souffrir, apprendre à écrire, à calculer vos fins de mois, pis en bout de course, mourir.

Les histoires du déluge, de la tour de Babel, de Sodome et Gomorrhe, des vendeurs du temple nous apprennent tout un roman sur l’impatience de Dieu. Bon, il y a un boutt à toutt. Le monde était rendu méchant. Très méchant! Dieu veillait au grain par les intermédiaires de Noé, de Loth et quelques autres dont les noms m’échappent. Les avertissements ont duré cent ans dans le cas du déluge. En juillet 1980, notre village fut victime d’un déluge. On cherche encore celui qui avait été averti des décennies plus tôt!

Dans ce bout-là, Dieu semble nous aimer comme le veut le dicton : qui aime bien châtie bien.

Quand on a commencé à étudier les sciences, le professeur nous a dit : là, on va tenter d’expliquer le comment des choses. Pas le pourquoi. Car le pourquoi ce n’est pas le domaine de la science, c’est le domaine des religions. Le domaine de la science c’est le comment. Alors que répondons-nous quand il est question du pourquoi de la naissance de l’univers, de la naissance de la vie, de la souffrance, de la mort. Tout ça, c’est écrit dans les livres sacrés. On y apprend que la foi est un don de Dieu. Si j’ai bien compris, la foi peut-être aussi le résultat d’une démarche. Celui qui demande la foi l’obtient, car le désir de la foi est déjà un acte de foi. C’est là que ma foi se trouve. Je n’ai jamais déplacé de montagnes. Et au train où ça va, elles peuvent dormir tranquilles!

Comble d’ironie, une compagnie d’informatique a adopté la pomme comme logo c’est la compagnie américaine « Apple ». Et selon la petite histoire du logo d’Apple, il faut lire « Les blablas de vivi ». Plusieurs versions existent rendant compte du choix d’Apple. Celle que j’aime le mieux se réfère à Isaac Newton ce génial Anglais qui a formulé la théorie de la gravitation universelle assis sous un pommier. La pomme fut choisie comme logo par la compagnie informatique. Oui, la pomme est croquée. D’accord, mais là aucune référence à notre grand-mère à tous. Il faut se référer à Alan Turing, grand mathématicien anglais qui a réussi à décoder Enigma, le code secret des nazis. Sans Turing, les alliés auraient perdu la bataille de l’Atlantique et peut-être la guerre tout court. Une pomme croquée? Non ce n’est pas à cause de notre grand-père. Selon un auteur, ce serait pour rendre hommage au génial Turing. Cet homme était gay et à l’époque c’était un délit punissable de castration chimique. L’homme a subi un procès et a été inculpé. Être gay à l’époque c’était jugé comme « de l’indécence manifeste et de perversion sexuelle» dans une Angleterre très conservatrice. Désespéré, l’homme s’est suicidé en 1954 en croquant une pomme trempée dans du cyanure. La pomme croquée, logo d’Apple est un hommage rendu à Alan Turing qui est aussi l’un des pères fondateurs de l’informatique.

Le monde a toujours fait grand cas des pommes, car en plus d’être un des fruits les plus savoureux, ses vertus thérapeutiques et culinaires sont reconnues universellement. An apple a day keeps the doctor away. Que l’on pense au cidre, au vinaigre, à la compote, aux chaussons et à la tarte. Je suis allé sur internet pour voir la composition de la meilleure tarte aux pommes de Ricardo. Si j’en juge par les commentaires de dégustateurs, la tarte aux pommes de Ricardo est vraiment un délice à croquer avec une boule de crème glacée. Je ne voudrais pas créer une polémique entre les pratiques culinaires de Ricardo et celles de ma femme. Mais pour la tarte aux pommes, je vous assure que celle de ma femme n’a pas d’égal. Je n’en donnerai pas toutes les étapes ni tous les ingrédients nécessaires. Il faut surtout des pommes, un four à 425 degrés Fahrenheit, une excellente pâte, un grand bol pour tout mélanger et 35 à 45 minutes de patience, le temps de la cuisson. Pour comble de saveur, elle y nappe, une fois cuite, une généreuse rasade de sauce au caramel. De quoi provoquer un sérieux coma diabétique pour qui en abuse. Quand je vérifie mon taux de glycémie, je me demande si c’est ainsi qu’a procédé le Créateur lorsqu’Il a plongé Adam dans la profonde torpeur?

Ève serait-elle la plus belle et la plus savoureuse imposture de Dieu?.

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