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Poivre et Sel

Dans No 08 - Octobre 2015. par
Deux grands, quatre petits.
L’information a élevé le commérage
à la dignité de la culture
                                    Albert Brie

Quand sur le bord d’un terrain rayé de barres blanches, on voit Jim Popp, se faire aller les bras et les mains comme une grosse poupée mécanique, ce n’est pas pour envoyer les mouches ou les maringouins. Non, Jim communique. Car Jim Popp est l’entraîneur-chef des Alouettes de Montréal. Dans une gestuelle où la lumière transporte des messages avec une rapidité et une efficacité plus grande que le son, Jim communique avec les joueurs de son équipe. Oui, vous avez raison, c’est un langage primitif. Selon les experts, il est difficile de déterminer l’époque où la communication par le langage parlé est apparue chez les hommes. Beaucoup plus difficile que de déterminer l’âge de l’apparition des véritables humains ou de ceux qui les ont précédés dans l’histoire de l’univers ! Contrairement aux autres activités humaines qui de tout temps ont laissé des vestiges se rapportant à la vie matérielle et spirituelle que l’on a retrouvés dans les grottes ou sur les murs des temples millénaires, les sons anciens ( balbutiements, paroles, chants, cris ), par contre,  ne laissent pas de trace. Et les recherches des experts en langage doivent se fier à des mythes ou à des théories laissant de l’espace à toutes les interprétations. Comme on le sait, les théories sont valables le temps d’en trouver une meilleure. On connaît le mythe de la tour de Babel, c’est quelques pages après le déluge ! On tenait pour acquis que tout le monde parlait le même langage et que l’on ambitionnait de devenir maître de la terre et d’assurer ainsi l’unité de l’humanité par un impérialisme politico-religieux, dont Babylone sert ici d’exemple. Le Seigneur est alors descendu sur terre pour brouiller leur langage et les disperser sur toute la surface de la Terre. Finalement, les experts ont inventorié en 7000 les langues parlées sur terre de nos jours. Et ce n’est pas toujours pour générer l’harmonie ! Les traités, les conventions, les ententes n’engendrent bien souvent que la zizanie. Chez les animaux, le lion rugit, la grenouille coasse, la corneille croasse, le rossignol chante, le perroquet se moque. La cacophonie, c’est l’apanage du genre humain.

La vitesse du son et celle de la lumière ont des limites dans un même milieu. Quoique le son si je peux me permettre la comparaison, aurait la tête moins dure que la lumière. Je me souviens, étant jeune, avoir observé, monsieur Mathias notre voisin, planter des piquets avec une masse pour faire une clôture pour ses vaches et son cheval. Monsieur Mathias se crachait dans les mains, attrapait sa masse par le manche, la faisait monter par-dessus sa tête et cognait de toutes ses forces le bout du piquet. À la vitesse de l’éclair, nous voyions l’impact masse-piquet puis nous entendions le bruit de l’impact quelques fractions de seconde plus tard. Si l’on tient compte du phénomène de l’écho dans nos montagnes, le bruit se répercutait plusieurs fois. La vitesse de la lumière est de l’ordre de 300 000 km/seconde tandis que celle du son avoisine les 900 km/heure. Comme illustration, imaginez que vous êtes dans un avion qui tourne autour de la terre à la vitesse de la lumière. La distance à franchir est de l’ordre de 40 000 km. En une seconde, vous aurez fait le tour de la terre 7,5 fois. Et si votre avion file à la vitesse du son, en une seconde vous aurez franchi une fraction minime du tour de la terre, environ 0,0306 kilomètre.

Avec la lumière, il n’y a pas de problème. Ça va vite, mais c’est toujours la même vitesse. À chaque instant de votre vie, des images se créent sans cesse et filent indéfiniment à la vitesse de 300 000 km/seconde. La vitesse de la lumière ne peut pas être dépassée. C’est une vitesse limite. Impossible d’aller plus rapidement. Et cela est vrai pour tout ce que touche la lumière. Sauf en rêve ! Quand par exemple, on voit le soleil à l’horizon, le matin, il est là depuis environ huit minutes. Avez-vous une idée où est rendue la photo d’Adam et Ève mangeant des pommes dans le paradis terrestre ? Et il y a des images datant de milliards d’années qui voyageraient encore. C’est loin, très loin ! Au dire des savants, les limites de l’univers semblent reculer toujours. Quoique dans un article du journal le Soleil, Johanne Fournier rapportait en février dernier, qu’un physicien originaire de Matane, nommé Yves Sirois, vivant en France depuis 30 ans, avait participé à la découverte d’une particule de matière appelée le boson de Higgs. Cette particule de matière aurait été surprise à dépasser la vitesse de la lumière. Si la découverte de Sirois s’avère vérifiée, Einstein devra refaire ses devoirs sur les théories de la relativité ! Faisons confiance aux scientifiques pour la suite des choses. Monsieur Sirois a raison d’affirmer que si Dieu existe, il était très fort en physique !

Il y a près de 100 ans, le journal La Presse publiait de vieux souvenirs de Thimotée Auclair. C’était un peu avant les travaux de trois savants sur le son : Bell, Marconi et Gray.

Auclair assurait à pied le service postal entre Ste-Anne-des-Monts et Rivière-au-Renard. On était entre les années 1856 et 1860. Il n’y avait aucun chemin. Il fallait suivre la grève. Souvent cette route était coupée par des caps et des falaises que la mer battait. Et comme il l’écrit : « ce n’était pas une excursion de plaisir que de faire en plein hiver, sac au dos, raquettes aux pieds, seul dans la tempête du nord-ouest, beau ou mauvais temps, de 30 à 40 milles par jour ». En plus d’apporter la poste officielle, il propageait tous les ragots et nouvelles des villages environnants et d’ailleurs. On peut imaginer qu’il y en avait des « Ah ! On ne savait pas ça ! », des « voyons donc ça n’a pas de bon sens » ! On apprenait que le choléra apporté par les immigrants avait détruit des familles entières. Monsieur Auclair accomplissait son trajet avec le « son » dans ses poches ! On peut affirmer que les nouvelles qui nous sont transmises aujourd’hui n’ont rien à envier en matière de rigueur et de véracité à celles de Thimotée.

La vitesse avec laquelle les sons de la voix ou autres sons étaient transmis a cependant fait des pas de géant depuis l’époque de monsieur Auclair !

Il n’y a pas de commune mesure entre vitesse de lumière et vitesse du son. Il a fallu attendre le génie de l’homme au XIXe siècle pour trouver un moyen de permettre au son de quitter de temps à autre son mouvement de tortue.

C’est vers la fin du XIXe siècle que le son a reçu un triple coup de pied au cul ! En effet, Alexander Graham Bell et Elisha Gray inventèrent chacun de leur côté, et à la même période, la technique de conversation par téléphone. Elisha Gray a été le premier à déposer son brevet, on parle de deux heures avant Bell, mais c’est ce dernier qui reçut la gloire et la fortune, au grand malheur de Gray. Tandis que Gublielmo Marconi a mis au point un système de télégraphie sans fil utilisant les ondes radio. Pour lui aussi la paternité de l’invention fut contestée.

C’est à Pointe – à- la – Renommée, ce petit coin de pays gaspésien qu’est née la première station de radio maritime en Amérique du Nord : la station dite « Marconi ». Dans un récent article du journal Le Pharillon, on souligne que la ville de Gaspé et les gens de l’Anse-à-Valleau qui ont mené toute une bataille pour rapatrier le phare de Pointe-à-la- Renommée seront récompensés de leur travail, car, le site servira d’emblème à la future charte des paysages de la ville de Gaspé.

Le monde a pu d’abord communiquer d’un pays à l’autre par le télégraphe. Puis par la radio. Le milieu du siècle passé nous a amené la télévision. Depuis, on a l’embarras du choix pour nos moyens de communication. Chez ma tante Ida, (la sœur de maman celle-là) notre voisine, un poste de télégraphe avait été installé. Ma tante était au courant de tous les évènements importants à travers le monde. De plus, elle possédait un appareil radio muni de batteries qu’aujourd’hui, on utiliserait pour faire démarrer une pelle mécanique. L’électricité n’avait pas fait son apparition par chez nous. De temps à autre nous allions écouter la radio chez ma tante. Mais, pour écouter l’émission « Séraphin », les ondes télégraphiques des navires brouillaient celles de la radio et on perdait Donalda dans la brume des messages télégraphiques des bateaux. Viande à chien !

Alors que nous étions en bas âge, chez nous nous n’avions ni radio ni téléphone. Par exemple, il fallait écrire chez Polack pour avoir des habits. Écrire pour donner des nouvelles. Écrire, écrire. C’est vers la fin des années 1940 que la compagnie de téléphone du Bas-Sant-Laurent a installé ses premiers appareils et c’était de l’or en barres de toutes les façons. En passant par le poste central, nous pouvions joindre tous ceux dont nous ignorions le code d’accès. Ainsi, pour les coups de fil de la colonie au village ou pour les longues distances nous avions recours au poste central tenu entre autres par madame Simone Fournier et monsieur Guy Richard. Notre ami Jean-Marc Fournier a pris le relais et a tenu le poste ouvert jour et nuit pendant une trentaine d’années. Les gens pouvaient aussi nous appeler. La cabine téléphonique fixée au mur mesurant approximativement 40 cm sur 20 cm était munie d’une acoustique reliée à la boîte par un petit câble. Un microphone indépendant était fixé à la boîte. Une manivelle actionnait un mécanisme pour la composition du numéro de téléphone de la personne que nous voulions joindre. Nous devions actionner la manivelle en tours complets et des fractions de tours selon le code reçu lors de l’installation de la boîte par la compagnie. Et ce qu’il y avait de spécial dans la colonie, c’était que nous entendions tous les coups de fil donnés et nous pouvions écouter bien sûr à la cachette ce qui se disait. Ainsi en décrochant l’acoustique nous pouvions entendre à l’occasion les plus plates conversations ou les nouvelles hautes en couleur ! C’était un peu du Facebook avec du son, mais pas d’image.

Les plus assidus avaient accès facilement à tous les potins, bonnes ou mauvaises nouvelles, un genre RDI 24 heures sur 24. À la maison cependant, des consignes tacites balisaient les écoutes. Il ne fallait pas que les gens sachent que leurs échanges téléphoniques avaient été écoutés. Quand les parents étaient à la maison, pas question pour les enfants d’aller fouiner sur le téléphone. Avec notre expérience, on peut dire que tout le monde écoutait tout le monde. Bien sûr, il y avait des écoutes à ne pas manquer. Par exemple, lorsque le téléphone sonnait plusieurs fois de suite à la même place. Quelque chose de pas normal se produisait : une mortalité, un accident, une naissance, où le curé en était dans sa visite paroissiale, etc.. Ainsi, on apprenait tous ce qui se passait dans la colonie et une bonne partie de ce qui arrivait au village.

Un jour, le curé Roy avait reçu une lettre anonyme, qui l’accusait de tous les péchés d’Israël. Le curé, un « bon diable », intelligent, généreux, dévoué, avait lu la lettre en chaire. Il n’y a pas eu de sermon ce jour-là. L’attitude du pauvre curé valait mille mots ! La lettre avait été rédigée, mais non signée par des aînés qui n’y étaient pas allés par quatre chemins. Mais, une sainte femme qui avait participé à l’écriture de l’épître a eu une lourde et subite attaque de repentir. À tel point qu’elle est allée demander pardon au curé ce même dimanche. Et cette nouvelle s’est répandue comme de la poudre grâce à l’instantanéité des ondes téléphoniques. C’est en écoutant furtivement au téléphone que ma mère avait appris l’issue dramatique de cette fin de dimanche. En raccrochant, maman a dit à mon père : – ça n’a pas de bon sens, y ont dit que les remords la mangeaient ! Le lendemain matin, mon petit frère Loyola a demandé à ma mère : – maman, les renards ont-ty fini de la manger la madame ?

Personnellement, à l’âge de dix-huit ans j’ai fait un séjour à l’hôpital du Sacré-Cœur à Cartierville. À l’inscription, la secrétaire m’a demandé quel est le numéro de téléphone de vos parents. Je lui ai répondu deux grands, quatre petits. La secrétaire a répliqué je vous demande votre numéro de téléphone, je n’ai pas besoin de savoir la composition de votre famille.

Lucien disait lui :- chez nous, c’est deux gros, six petits !.

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1-   Genèse, chapitre 11 v.9 et notes de référence

2-  Jared Diamond, Le monde jusqu’à hier.

3-  Le Soleil 21 février 2015, Johanne Fournier. De retour dans son univers.

4-  Gaspé-nord en 1860, Récit vécu d’un témoin oculaire.

5-  Idem

6-  https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexander_Graham_Bell

7-  https://www.google.ca/?gws_rd=ssl#q=marconi%2C+radio

8-  Gilles Tremblay, Le Pharillon, 30 septembre 2015.

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