Hommage à monsieur Émilien Dufresne et à tous les anciens combattants ( suite ) – Capitaine (retraité) Jacques Bouchard, étudiant à la maitrise en histoire à l’UQAR

Dans No 07 - Septembre 2015. par

NOVEMBRE 2013

Lettre 2 de Cloridorme
Tu sais, Émilien, je t’ai déjà parlé des bateaux qui étaient coulés par les sous-marins allemands pas loin de chez nous. Eh bien, à Grande-Vallée il y en a un qui a été torpillé et que la marine a tiré dans l’anse avec le Fairmiles Q-074. C’est le brave marin canadien Roy Woodruff qui a été chargé d’attacher les deux navires ensemble pour le remorquage. Il paraît que son nom est le FREDERIKA LENSEN. Il est dans l’anse depuis le 20 juillet 1942. J’ai bien l’impression qu’il va tout le temps rester là. Édelbert Minville était à la pêche sur le fleuve, dans le brouillard quand il a entendu l’explosion. Je crois bien qu’il n’est pas près d’oublier cette journée-là. Il y a même quatre marins qui sont morts dans ce torpillage, dont un monsieur Robert Spence. Apparemment, il était le père d’une toute petite fille de seulement trois mois. Pauvre enfant, elle ne connaîtra jamais son père.

Lettre 2 de l’Europe
Depuis le décès du Major Savoie, les entraînements sont beaucoup plus sérieux et intenses. Une clôture de fil barbelé est érigée autour de notre camp et les sentinelles montent constamment la garde. On part pour les zones de classement. Comme mes camarades, je reçois des nouveaux équipements : un béret, un casque d’acier qui offre une meilleure protection à l’arrière de la tête, un poignard de commando, du chocolat bourré de vitamines, deux boîtes de rations de 24 heures chacune, une ceinture de sauvetage, des devises françaises, des comprimés contre le mal de mer et même un sac malaise. Il faut tout garder secret. On doit être à veille de débarquer rencontrer ces foutus Allemands. Ils vont apprendre à nous connaître et vont amèrement regretter de nous voir « retontir », nous autres, les gars du Régiment de la Chaudière.

Lettre 3 de Cloridorme
Cher Émilien, on vient d’apprendre que le sous-marin allemand U-553 a coulé le SS Nicoya. C’est le gardien du phare de Pointe à la Renommée qui a signalé ce naufrage. En plus, Joseph Fergusson, le gardien du phare de Cap-Des-Rosiers avait averti les militaires de Fort Ramsay, la veille, qu’il avait vu un sillon de périscope dans l’eau. À ce temps-ci de l’année l’eau est tellement froide. On a encore de la neige un peu partout au sol. Même qu’ils ont dû apporter l’équipement médical à pied parce que les camions ne pouvaient pas passer. C’est le lieutenant Paul Bélanger qui a participé au sauvetage des passagers du Nicoya. Je ne sais bien pas d’où il peut venir avec un nom pareil. Ils ont ramené les survivants à terre avec des barges de nos pêcheurs. Certains sont arrivés à Cloridorme et d’autres un peu plus loin. Une fois à terre, c’est nos pêcheurs d’ici qui s’occupaient de leur trouver une place. Malgré que nous sommes bien pauvres par les temps qui courent et que l’on ne comprenait pas ce qu’ils disaient, on ne pouvait quand même pas les abandonner. Après les avoir nourris et habillés chaudement, les militaires les ont amenés au fort Ramsay. Je me demande bien ce qu’on va faire avec eux autres. Je ne sais bien pas où ils vont mettre ces pauvres bougres. Maudite guerre.

Lettre 3 de l’Europe
Aujourd’hui, nous avons reçu nos ordres de mission. Ils nous ont même donné un nom de code : OVERLORD. Le secteur où mes compatriotes canadiens de la 3e division devront débarquer sera la zone JUNO. Pour nous, les gars du Régiment de la Chaudière, on nous assigne le secteur NAN WHITE. Lorsque les gars du régiment Queen’s own Rifles qui nous précéderont auront capturé le village de Bernières sur Mer, nous devrons nous ruer un peu plus loin pour capturer et détruire des canons de 88 mm à la position 293 219. La mission ne sera pas facile, mais nos officiers ne cessent de nous encourager. Même le grand Général Eisenhower nous a écrit en nous disant qu’il a pleinement confiance en notre courage, notre dévotion, notre sens du devoir et nos compétences. Je suis, plus que jamais, convaincu que nous vaincrons. Il ne me reste plus qu’à prier la Bonne Sainte-Anne.

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