La réalité des coupures dans la vie d’un « pas pareil »

Dans Mai 2015No 04 - Juin 2015. par

À l’heure où on entend parler de coupures partout dans les services d’éducation, les parents s’affolent pour l’avenir de leurs enfants neuro-typiques (normaux). Comme parent, réagir envers ce qui pourrait nuire à nos enfants, c’est viscéral. On a peur! On a très peur pour leur avenir! On veut le mieux pour eux… On veut encore plus que ça! Et avec raison! Alors, on sort, on se tient et on se bat.

Pour le parent d’un « pas pareil », la bataille est commencée depuis longtemps déjà. À l’entrée à la maternelle, maximum en octobre de sa première année scolaire, on te rencontre pour te dire que ça ne peut plus durer. On doit faire évaluer notre enfant. On réagit fort, ça fait mal, mais on veut l’aider et aider l’école. On accepte et on signe et re-signe des papiers. On embarque à deux pieds dans la grande roue de la bureaucratie et du « prend-toi un numéro ». On se dit naïvement : dans deux semaines on rencontrera la psychologue, dans un mois la psychoéducatrice et à Noël notre charmant petit « pas pareil » aura un cheminement normal. FAUX!

La psychologue va déjà dans six écoles. Elle a une énorme liste de « futurs pas pareils » à rencontrer et elle est tellement débordée qu’elle se tape un burn-out entre deux vacances.
La psychoéducatrice voudrait bien t’aider plus de son côté, mais elle reste à l’extérieur du secteur, est à l’école deux avant-midi par neuf jours et de novembre à avril elle est incapable de faire la route à cause des tempêtes.

Alors on se tourne vers le privé pour les services qu’on paye de nos propres poches parce que ton petit « pas pareil » n’entre pas dans les clauses d’une aide financière. On le fait en premier lieu pour lui, mais aussi pour l’enseignant et l’école. Et on attend le plan d’intervention… Une seule personne fait ces plans à l’école et son bureau déborde de problématiques différentes. Elle en décortique un à la fois, un travail laborieux, et le dossier de ton « pas pareil » peut être vu seulement plusieurs mois après le début des classes.

Pendant ce temps y’a le professeur qui enseigne à une classe jumelée et qui ne sait pas comment dealer avec le mignon petit « pas pareil ». Chaque soir en arrivant à la maison, elle se questionne sur comment pouvoir l’aider tout en enseignant adéquatement à deux niveaux et en entrant dans les temps et exigences du programme. Elle demande une rencontre avec les parents et dit que ça ne peut plus continuer… On est d’accord. On attend.

Deux ans plus tard, on fini par piger notre numéro, on rencontre la psychologue, elle fait un bilan. On croit que c’est l’aboutissement et qu’il aura des services. Mais non! Elle envoie le bilan au ministère et donne les indications pour le plan d’intervention à l’école, le dossier retourne à la fin de deux piles, dans deux bureaux différents et on recommence. On attend!
Autre année, autre enseignant… – Madame, ça ne peut pas continuer! – Vous avez raison! Mais… On attend!

Trois ans plus tard, avec un diagnostic en main et une panoplie d’intervenants extérieurs du réseau scolaire, on arrive bien préparé pour enfin recevoir des services. Et c’est là qu’on nous annonce qu’il y a des coupures dans les services à l’élève. On coupe les heures d’éducation spécialisée.

C’est l’incompréhension… Notre adorable « pas pareil » devra se débrouiller seul, la plupart du temps, dans une classe de deux niveaux, manquer de l’école pour se faire aider au privé, souffrir d’anxiété et d’insomnie etc …

Et l’enseignant? Il s’épuise. Voilà la réalité d’une famille avec un enfant différent.

Maintenant, on apprend qu’on veut couper encore plus… On veut enlever les classes ressources au secondaire. On veut prendre nos merveilleux « pas pareil » et les garocher dans des classes jumelées sans se soucier de leurs lacunes. Sans donner de l’importance à leurs réussites.

Le message lancé à la société?

Viens au monde dans le même moule que les autres, marche dans les mêmes pas et prends la même route. Si tu sors des sentiers battus, si tu passes par un autre chemin, on ne te tiendra pas la main… On ne peut pas ! On ne peut plus… On continuera d’avancer avec la majorité et tu tenteras de retrouver ton chemin seul et sans aide. Tant mieux si tu ne te perds pas … Tant pis si tu ne reviens jamais …

Aux parents d’enfants neuro-typiques, cette situation n’est pas acceptable ni pour vos enfants ni pour les nôtres. Soyons solidaires.

Dans le chemin de l’éducation, chaque enfant devrait pouvoir emprunter le chemin le plus facile pour lui. Avec les indications, l’aide et la signalisation, la grande majorité arrivera à destination en même temps.

Au nom de tous les parents d’enfants « pas pareils » je dis NON !

Aux enseignants, vous avez tout mon soutien devant l’impossible.

 

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