Hommage à monsieur Émilien Dufresne et à tous les anciens combattants

Dans No 04 - Juin 2015. par

Il y a de ces jours qui ont eu pour conséquence de changer l’histoire de la civilisation. L’une de ces mémorables journées est le 6 juin 1944, le fameux Jour J. Pendant le conflit de la Deuxième Guerre mondiale qui s’est déroulé, pour le Canada, du 10 septembre 1939 au 8 mai 1945, les alliés devaient vaincre la « forteresse Europe » qui était sous le joug nazi.

Parmi les quelques 21 400 militaires canadiens qui vont débarquer sur la plage Juno en Normandie, un jeune Gaspésien de Cloridorme. Le soldat Émilien Dufresne est alors un fantassin du très prestigieux Régiment de la Chaudière.

Pour cette édition de notre journal communautaire ainsi que pour les cinq prochaines, je me permettrai bien humblement de tenter de raconter l’épopée de monsieur Dufresne. Toutefois, puisque l’histoire ne se déroule pas en vase clos, plusieurs événements dignes de mention se sont également déroulés ici en Gaspésie pendant cette période mouvementée.

C’est sous forme de lettres échangées et quelque peu romancées, entre monsieur Dufresne et une dulcinée imaginaire, que ces événements seront racontés. Pour les lettres provenant de Monsieur Dufresne, je me suis basé notamment, sur son livre intitulé Calepin d’Espoir, ainsi que sur le livre d’Armand Ross et Michel Gauvin, Le Régiment de la Chaudière.

D’un point de vue plus personnel, Monsieur Dufresne m’avait autorisé en 2003 à préparer une conférence qui relatait une partie de sa vie et que j’avais intitulée L’implication et les préparatifs du régiment de la Chaudière pour le jour J, face aux fortifications du mur de l’Atlantique, vu à travers les yeux d’un combattant canadien de la Gaspésie.

Grâce à ses nombreux et judicieux conseils, ainsi que sa constante collaboration, nous avions pu nous mériter l’insigne honneur de représenter le Canada lors des commémorations tenues en Normandie en juin 2004, pendant plus d’une semaine. Comme si cela n’était pas assez et le hasard faisant parfois bien les choses, nous nous étions rencontrés à Courseulles-sur-Mer le 5 juin 2004 sur les plages normandes où Monsieur Dufresne avait eu à faire face à bien des adversités. L’émotion était grande en cette occasion.

Ainsi, suite au décès de mon mentor, j’estime que lui et ses frères d’armes méritent toute notre admiration et que, plus que jamais, la devise de notre province, Je me souviens, se doit de trouver application, pour que les générations futures n’oublient pas les immenses sacrifices que monsieur Dufresne, ses camarades et leurs successeurs ont eu à faire pour nous permettre de vivre dans un monde meilleur.

Lettre 1 de Cloridorme
Je te dis qu’il n’y a rien d’encourageant. On dit qu’environ 3000 militaires sont stationnés au Fort Ramsay sous le commandement du Commodore Nares. En plus, des gros canons sont opérationnels. Mais ce n’est pas juste au Fort Ramsay la guerre. L’armée nous demande de participer pour protéger nos bateaux. Ils appellent cela le Dim out. Je vais t’expliquer en quoi cela consiste. Il faut obscurcir les lumières des chars et mettre les cartons dans les vitres pour pas que la lumière passe au travers. Ainsi les sous-marins allemands sont incapables d’apercevoir la silhouette de nos navires qui se dirigent vers l’Angleterre pleins de matériel pour gagner cette guerre. Il y a aussi des barrages routiers avec la police provinciale qui nous demande notre carte d’enregistrement nationale. Ainsi, les étrangers ont bien de la misère pour voyager dans notre beau coin de pays.

Lettre 1 de l’Europe
Depuis notre arrivée en Angleterre, les exercices se poursuivent. Le major Audet, notre commandant en second a malheureusement perdu les deux mains en trébuchant avec une grenade dans chaque main. J’ai été affecté comme homme d’intendance et chauffeur du Major Savoie. Un fier Beauceron et tout un gentleman. Au cours d’un raid aérien, plusieurs maisons de Bornemouth ont été détruites. Les sirènes hurlaient comme un enfant qui souffre. J’en avais des frissons dans le dos. Quand le bruit infernal a enfin cessé, j’ai couru en direction de la maison du Major Savoie que j’avais laissé quelques minutes avant le début du bombardement par les Allemands. Les décombres envahissent la rue, la poussière retombe encore, le va-et-vient des soldats et des officiers est impressionnant. Une bombe est tombée sur la chambre du Major Savoie. J’aide aux recherches et je retrouve son corps inerte et lourd que la mort a fauché. C’est la première fois que je vois un homme mort ; sans vie ni souffle. C’est la guerre, je suis vraiment dedans.

Print Friendly, PDF & Email

Réagissez à cet article