Menu

Poivre et Sel

Dans No 02 - Mars 2015. par

Les inspirateurs.

Se glorifier de ses ancêtres,
c’est chercher dans les racines,
les fruits que l’on devrait
trouver dans les branches.
Manon Rolland

DSC_0019-19-Modifier-199x300

Selon Geneviève Bouchard elle est une fille électrisante.  Pour nous, c’est une petite fille du haut de la Côte, et dont le nom a pris toutes les racines d’Arthur en Arthur jusqu’au lointain ancêtre. Il faut aussi ajouter de précieux gènes musicaux non négligeables en provenance des Maritimes. Déjà à quinze ans elle se mérite un stage en Provence, puis elle brille au Festival en chanson de Petite-Vallée. À vingt ans, le Maroc l’accueille ! Oui électrisante, mais elle est surtout une fille inspirante. Marie-Pierre Arthur est la plus jeune d’une famille aux nombreux talents. Les rejetons ont quitté le nid familial, mais leur cœur est toujours avec nous. Arthur, leur père est musicien à ses heures. C’est sans doute lui qui a allumé l’étincelle de la musique chez ses enfants. À Grande-Vallée, pour de nombreux jeunes, l’initiation à la guitare passait par lui. Leur mère Gisèle n’a pas été en reste. Avec son complice, elle a permis à ses enfants d’atteindre des sommets. Depuis bien des années, partout en Gaspésie où le monde chante et danse, c’est Gisèle et Stéphane qui ont la gouverne du son.

Stéphane est ingénieur en électricité, guitariste, ébéniste à ses heures. Sébastien (Ti-Bass). Oreille absolue, renommé directeur d’orchestre, il assure entre autres, la direction de l’orchestre du Festival en Chanson de Petite-Vallée, là, où les grands noms de la chanson se produisent. Sébastien possède une haute formation en piano de l’Université Laval, il est diplômé en musique Jazz de l’Université de Montréal, et il s’illustre dans les hauts lieux de diffusion : festivals de jazz, télévision, enregistrements de disques, Cirque du Soleil, ainsi qu’avec les plus grands artistes québécois.  Marie-Frédérique a la main haute sur un grand nombre d’infirmières de la capitale. Deux grandes qualités marquent cette famille : ils sont demeurés simples et ils sont fiers de leur origine. Leur musique éclate lors des réunions de famille. Le studio aménagé dans un coin agrandi de la maison peut témoigner de géniales prestations souvent improvisées ! L’été, leurs notes envoûtantes se joignent au chœur du célèbre Festival en Chanson de Petite-Vallée.

Il y a quelque temps, interviewée sur notre réseau national de télévision, Marie-Pierre a répondu avec aplomb aux questions que posait l’animateur. Sûre d’elle-même malgré un cœur qui bat fort.

– D’où venez-vous ?
– De Grande-Vallée.

Deux millions de téléspectateurs ont entendu. Wow !

– Qui êtes-vous ?
– Je suis Marie-Pierre Arthur, je compose, je chante et je suis bassiste.
– Quel est le plus beau village du Québec ? La réponse sort vive comme l’éclair.
– C’est Grande-Vallée.
– Où allez-vous, vous et votre beau village natal ?
– C’est une bonne question. La population baisse et je ne sais pas où on sera dans trente ans.

La réplique ne tarde pas suite aux interrogations en rafale de l’animateur.

Même si demain
Te semble toujours trop loin
Si tu pouvais au moins
Me dire ce qui s’en vient

J’ai su entre les branches que Marie-Pierre Arthur fera partie dans deux semaines, d’un groupe d’ambassadeurs de la culture, délégués en Éthiopie à la demande du gouvernement canadien ! Pour Marie-Pierre Arthur, sky is the limit!

Quand je nous regarde dans cet Estran du Nord gaspésien, je vois partout des gens qui chantent et qui font de la musique pour leur plaisir. Et ça, c’était surtout à Petite-Vallée quand j’étais enfant. Dans temps-là, à Grande-Vallée, le curé Bujold jouait au chef d’orchestre. Ses bémols sonnaient souvent comme des glas ! Heureusement les temps changent et aujourd’hui, de la Petite à la Grande-Vallée, grands et petits, à leur mesure témoignent d’une belle genèse d’inspirateurs !

N’est-ce pas grandiose, ce que les Jean-Maurice, Danièle, Alan, Joël, Nelson et autres ont inventé ? Un festival qui fait parler de lui d’un bout à l’autre du pays et de l’autre côté de l’océan. Ces inspirateurs ont « claimé » un immense gisement de musique dont la veine principale se situe en plein cœur de l’Estran. L’exploitation véritable de la mine a débuté bien modestement. À peu près en même temps qu’une petite troupe de danseurs, (les Val Lurons), eurent conquis la Gaspésie avec leurs danses folkloriques, est né le festival de la parenté. Toute la parenté de la ville venait prendre l’air frais et salin de la mer. On se rencontrait pour rire, pour pleurer, pour chanter, pour placoter, pour se souvenir. Ces retrouvailles de familles et d’amis deviendront le Festival en Chanson que l’on connaît. Un coup de pouce de généreux professionnels de la santé, Évelyne et Daniel et la Vieille Forge renaissait et prenait un essor prodigieux. En 1979, l’école primaire de Grande-Vallée entreprend une bataille avec la direction de la commission scolaire pour engager une personne formée en musique. Les budgets n’offrent qu’une toute petite marge de manœuvre réservée pour les imprévus. Deux coqs s’affrontent, celui de la commission scolaire et celui de l’école. Finalement, c’est une petite victoire pour l’école. L’école obtient l’argent pour l’embauche d’un professeur de musique à temps partiel. La porte est ouverte ! Des parents enthousiasmés créent une école de musique affiliée à l’Université Laval, complétant ainsi la tâche du professeur. Coup de maître ! Deux professeurs se succéderont à l’école avant l’avènement de Danièle Vaillancourt.

Je ne crois pas me tromper en disant qu’elle est devenue la muse du Festival.

Chez nous, tous les prétextes sont bons pour dire les choses en musique. Que ce soit pour une fête, un mariage, des funérailles, un centième, un cinquantième anniversaire.

Au fil des saisons, au Café de la Vieille Forge, au festival, sur scène, dans les coulisses, au camp de la chanson ou lors des soirées « autour de » enfants et parents venus de partout s’éclatent.

Qui n’a pas applaudi Marie-Pierre à Arthur, Justine à Marylène à Marie-May à madame Annette, Sophie à Arlette à monsieur Men, Marie-Pier à Joëlle à Claire à Roch-Émile, Marie-Pier à Nicole à Ti-Douard à Léon à monsieur Jos, Jeanne et Mathilde à Danièle et Alan, Dan et Gilles à madame Aurélie, Marie-Julie à Rose et Albani, Marie-Claire à Myriam. Et tant d’autres.

N’oublions surtout pas « la petite école de la chanson » avec Danièle et Myriam dont la renommée n’est plus à faire. Une petite école devenue sans frontière que Dan avec sa guitare, du haut de son ciel doit applaudir.

Oui, tous et toutes partagent une allégeance inconditionnelle à la musique. Tous et toutes n’en font pas leur métier, mais gardent bien vivant cet ADN unique transmis grâce à la persévérance des parents, des grands-parents. Et surtout à l’amour de la musique.

Et l’on pourrait continuer. Manuel, Réjean, Anne et Marie-Josée, etc.. À vous de compléter la liste… Que dire de la partie théâtre ? Alan et cie a continué une tradition déjà bien vivante dans la communauté. Grâce à eux, les ados ont connu les planches avec un rare bonheur. Et ça se poursuit toujours. À  mon avis, un coup éclatant dans cette saga, c’est d’avoir introduit « quatre chasseurs » dans la programmation. Depuis plusieurs années ils chassent partout au Québec sauf dans le bois !

Aujourd’hui, le Festival en Chanson de Petite-Vallée connaît des heures difficiles. Le festival a passé le cap de la trentaine. On est à l’âge de la maturité ! Des artistes sont venus de partout. Même de la lointaine France. Il a été et, est bénéfique non seulement pour les gens de notre coin de pays, mais aussi pour plusieurs entreprises culturelles de la grande ville ainsi que pour les parrains, les animateurs, les formateurs, les musiciens de toute la communauté artistique du Québec ! Puissent madame la ministre de la Culture et tous les autres partenaires financiers du Festival en Chanson de Petite-Vallée s’en rappeler ! Se rappeler aussi que le fait de supporter le Festival, c’est aussi reconnaître le travail de centaines de bénévoles qui y ont œuvré depuis plus de trente ans. Et qui y oeuvrent encore aujourd’hui. En fait, notre festival ne coûte pas cher à l’État, si on le compare aux nombreux festivals de la métropole !

Un peu en retrait des activités culturelles, j’observe tous ces gens luttant comme s’ils étaient à la guerre pour que le Festival, conserve son droit à la vie. Connaissant l’acharnement et le dynamisme de l’équipe, l’optimisme est de rigueur ! Et pour interpréter Félix Leclerc, Petite-Vallée c’est peut-être le pays intérieur de chacun de nous dont le cri mérite de se faire entendre.

Réagissez à cet article

Dernières nouvelles de No 02 - Mars 2015

Aller à Haut
%d bloggers like this: