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Poivre et Sel

Dans No 01 - Février 2015. par

7e étage

Il n’y avait ni espace ni temps. Il y avait autre chose.
Il n’y avait rien. Et le rien était tout.
Jean d’Ormesson

Je suis en attente depuis plus d’une semaine. Qu’est-ce que l’attente ? Cela a sûrement rapport au temps. Pourquoi attendre ? J’aurais envie d’intégrer ce questionnement à celui figurant sur une peinture de Paul Gauguin. Quand il a appris la mort de sa fille bien-aimée, le peintre est tombé dans une grave dépression qui l’a conduit aux portes du suicide. Un jour, puisant à même son chagrin, il a peint une toile tout à fait mystérieuse sur laquelle il a collé les questions suivantes : d’où venons-nous ? que sommes-nous ? où allons-nous ? Et moi, j’ajouterais : qu’attendons-nous ?

Je n’aime pas être en retard ! Et je n’aime pas attendre. C’est ce que j’appelle le syndrome du temps qui fait mal. Je suis un homme pressé. Toujours ! Ça énerve. Et c’est dommageable pour le cœur, semble-t-il ! Selon les grands scientifiques, le temps ralentit et l’espace se courbe près des trous noirs ou plus près de nous, voisin de la planète Mercure. La planète le plus près du soleil. Merveilleux endroit pour ceux qui trouvent que le temps passe trop vite. Ah ! Mais je me perds. Je revois mon vieux professeur de physique tripoter les transformations que le scientifique Lorentz a élaborées et qui a permis à Einstein de découvrir dans le début du 20e siècle la théorie de la relativité générale et de la relativité restreinte. Le tableau noir est rempli de formules et un nuage de craie fine enveloppe le maître ! J’avoue n’avoir rien retenu de cette envolée scientifique de notre professeur. Sauf que C = mc2. Mais en ce qui regarde les questions que Gauguin soulève, je pense que l’on n’a pas fini de chercher les réponses à moins que l’on possède la foi du charbonnier. Les doutes du peintre causent de sérieux problèmes à l’esprit humain. Nous étions jeunes et nous chantions « depuis plus de quatre mille ans… » et c’était bon, cette limite temporelle qui datait l’apparition de la création que l’on concédait à un être suprême appelé Dieu. Actuellement, la science nous apprend que l’apparition de la vie date de quatre milliards d’années. Non, les créatures du temps ne chantaient pas :… vivre, survivre. Défier le temps, avoir cent ans et un certain sourire. Être ivre des mots d’amour, des symphonies sur la portée des jours..…. .C’était du bien petit monde dont on retrouve les vestiges dans les sols sédimentés figés par le temps. Aujourd’hui, les yeux de la science qui voient loin découvrent des morceaux d’univers qui date de quatorze milliards d’années. On n’est pas loin du commencement. Mon ami Léon ne croit pas en un être suprême, mais il se heurte à des portes fermées lorsque vient le temps de tout expliquer par le raisonnement humain. Quant à moi, ce qui se passe aux alentours du « big bang » m’incite à retrouver la foi du charbonnier.

Oui, je suis totalement en attente.

Là où je me trouve, le décor n’a rien des prairies d’épervières ou d’épilobes du mois d’août. Aucune trace de petits animaux. Ni lièvre ni raton laveur. Le polatouche et la perdrix se cachent derrière des murs d’ombre trop lourde. Dans les allées de ma demeure temporaire, des crucifix semblent incrustés dans le ciment. Je me mets à penser à monsieur Drainville et à sa charte de la laïcité. Va-t-il réussir à faire passer sa charte ? Quand je pense que les croix le font mourir comme s’il y était crucifié. Et que va-t-il faire avec le drapeau du Québec. Une croix le divise en quatre parties égales en laissant quatre fleurs de lys battre dans le vent sans y avoir été invitées. Blanche, la croix renvoie au catholicisme. Centrée et droite, elle est typique des anciens royaumes d’Europe occidentale. L’utilisation de croix blanches sur les drapeaux français remonte au XIIIe-XIVe siècle. Comme pour le « Carillon », ancêtre direct du fleurdelisé, le bleu symbolisait à l’origine la Vierge Marie. Ça n’est pas trop laïc !

Va-t-il tout simplement proposer que l’on fasse disparaître la croix blanche pour la remplacer par le vide ? Quand on sait que la nature a horreur du vide ! Hitler avait son svastika. Une croix pour mobiliser ses troupes pour la guerre. Oui, juste quatre murs, là où je me trouve, les jours s’étirent et vont se perdre dans les pages de la « brève histoire du progrès » . Et dans cette réclusion n’entre pas qui veut. Il faut la robe des grands papillons, le masque et les mitaines des singes du paléolithique. Des jours, j’envie presque les locaux de l’Unité 9. Les miens, mes murs, sont blessés. La négligence a fait régner les traces du temps qui déchire. Une petite goutte de couleur aurait fait disparaître la plupart de ces marques laissées par des gens trop pressés d’accomplir leur œuvre de guérisseurs et de guérisseuses de corps meurtris. Non, il n’y a ni dope ni de tueurs ni d’IPL (intervenante de première ligne). C’est peut-être l’Unité 9.1. Tout à fait différent, bien sûr ! Le personnel, habituellement des femmes, tout à fait accueillantes, humaines, habiles, patientes, compétentes, charmantes et parfois très jolies. Pourquoi se fermer les yeux face à la beauté ? Et ces femmes guident, dirigent, savent où elles vont. Ôter du monde les femmes et les fleurs, c’est vivre dans un lieu sans beauté ni douceur. Ah oui, j’allais oublier. Un soir, toujours dans l’attente, je suis assis à une table. En face de moi, une dame parle à sa belle-mère; celle-ci s’approche tant bien que mal d’un centième anniversaire. La vieille est toute plissée et toute frisée, mais fière. Les frisons de son toupet ne réussissent pas à masquer un front rempli de rides comme un tranquille bras de mer frôlé par une brise de fin de mai. La vieille dame est lucide; son œil le dit. Elle ne parle pas beaucoup. Semble écouter son intérieur, la tête sur l’épaule. La jeune dame soliloque en regardant la vieille personne. Au bout d’un silence de trois temps, elle lui dit : avez-vous faim madame English, mangeriez-vous un « p’tit quecqu’chose » avant d’aller dormir. La vieille redresse la tête, fixe sa bru et répond : je n’ai pas plus faim que la mer a soif. Magistral ! Ce fut tout. Le sommeil l’a emportée dans un pays hors du temps.

Demain, ou après-demain, ou dans une semaine peut-être, je prendrai l’avion pour retrouver d’autres murs tout aussi négligés, mais plaqués d’instruments encore plus sophistiqués auxquels on va me raccorder. Et j’ai au cœur comme un double d’anxiété. Il y a un bout de temps de cela, l’avion que j’avais pris a atterri à l’aéroport de Gaspé. Et j’en ai gardé le plus mauvais souvenir. Ce qui m’a incité à dire : à l’aéroport de Gaspé, les avions n’atterrissent pas, ils s’écrasent ! De plus, pour demain, après-demain ou la semaine prochaine peut-être, je n’ai pas eu la précaution de réserver un billet aller-retour. Ce qui fait que je m’attends à attendre. Mon attente est d’autant plus longue que mes repas sont privés de sel, de poivre et de sucre. Tout sur ma table est succulent pour les yeux. Mais, la langue, le palais vivent des moments doux-amers ! Ah ! oui, tout est bon pour la santé à 1.4 gramme de NaCl (sel) pour tout le repas et un millionième de gramme de C12H22O11 (sucre). Ça goûte les résidus de carbone de Valero. L’oxygène et l’hydrogène y sont naturellement insipides. Je détecte le fer des carottes. Je les mange parce que c’est bon pour les yeux. Je vous fais grâce des oligoéléments tels le bore et le magnésium. Donc l’attente est longue et d’une platitude indicible. Jusqu’à ce que ma femme me dise : mais sers-toi de ton « poivre et sel » virtuel, ça va te divertir ! J’ai soudainement eu envie d’embrasser ma femme, mais je m’étais écorché une lèvre avec un vieux Remington. Et un baiser sanguinolent risquait de rompre le charme. Et ce n’est pas tout, elle a ajouté : écris, mais sans abuser de salinité. À ma table, la tête entre les mains, j’en étais médusé.

Alors encore une fois, je me sens en droit d’user de ma liberté d’expression quitte à aller jusqu’à la dissidence pour exprimer mes opinions ! ainsi se comportait Henry David Thoreau ! Et je trouve que c’était un honnête homme !

Au Québec, c’est une grande valeur que la liberté d’expression. Je trouve triste que nos institutions politiques clament haut et fort leur allégeance à la démocratie et à la transparence alors que tout ou presque tout dans leur pratique révèle le contraire. La ligne de parti frappe de front la démocratie. Les consultations publiques sont bidon sur des choses importantes et démesurées sur des insignifiances. Les élections clé en main sont un autre exemple de pratique condamnable. Et il y a ceux qui font le jeu des industriels qui se présentent comme des pères Noël. Décisions prises en caucus clos ! Procès-verbaux qui ne renseignent ni disent rien de signifiant. Et l’on se réclame ouvertement de « Charlie » ! Même chez nous, comme ailleurs, on peut être puni parfois pour avoir contré l’opinion générale. L’acceptation sociale n’est-elle la suite logique de la cueillette d’informations, d’opinions diverses, variées même sur un sujet sensible ? Que veut dire l’acceptabilité sociale quand les promoteurs de projets chamboulent unilatéralement et complètement les promesses convenues et soumises à la consultation populaire ? En conclusion, comme le disait Gauguin qui sommes-nous et où allons-nous ?

Ça m’a fait du bien d’en parler !

1- Foi religieuse d’un homme simple, qui croit sans aucun examen tout ce que l’Église enseigne.
2-  Paroles de la chanson de Claude Lemesle que chante la chorale des aînées sous la direction de Jean-Maurice
3 –  Wikipédia.
4 – Ronald Wright. Brève histoire de l’avenir
5  – Hypolite de Livry, L’amour, les femmes et le mariage.
6  – Énergie Valero Inc

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