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Poivre et Sel

Dans No 10 - Décembre 2014. par

Au petit trot!

L’adulte ne croit pas au père Noël. Il vote.
Pierre Desproges

Bonjour père Noël,

De votre pôle Nord encore plus loin que la toundra, à l’heure où j’écris ces lignes, vous avez commencé à entraîner vos rennes, vos chauds habits sont prêts et les derniers radoubs à vos traîneaux complétés. Vous êtes sûrement prêt à affronter la froidure de votre long voyage annuel. Vos lutins sont anxieux, fébriles et souvent vous devez arrêter vos préparatifs pour les remettre à l’ordre. Faut les comprendre. Ce temps de l’année ramène à peu près tout le monde aux jours de l’enfance. Même la mère Noël et vos lutins.

Personnellement, je ne suis plus jeune et je prends le risque de vous envoyer une lettre comme si j’étais un enfant. Pour moi, vous êtes un peu comme le Bon Dieu; il suffit de vous achaler, de vous achaler encore et encore et de rêver. Les rêves se réalisent parce qu’ils se sont cristallisés dans notre acharnement à vous achaler ! L’hiver nous a tous pris au dépourvu cette année en venant s’installer chez nous avec des glaçons et de la neige, comme à l’accoutumée, mais plus tôt qu’on ne l’aurait souhaité. La planète se réchauffe, père Noël. Comme il y a dix mille ans. La planète terre a deux caprices, elle se réchauffe assurément, mais, aussi, elle attire tout à elle. C’est la force d’attraction. Qui fait que si on est pesant, c’est selon qu’on est gros ou petit.

J’ai à peine eu le temps de récolter les derniers légumes du potager, de rentrer le bois et de ranger tout ce qui ne doit pas passer l’hiver comme un vieux râteau oublié.

Je lis dans le journal de ce matin que plus de 9000 lutins et vous-même, êtes à pied d’œuvre depuis quelques jours pour répondre aux lettres de plus d’un million d’enfants de partout dans le monde qui vous écrivent afin que le soir de Noël soit aussi éclatant que mille étoiles dans leur maison. Personnellement, j’ai cinq petits-enfants. Quatre vont à l’école et ils apprennent tout ce qui est nécessaire pour comprendre les discours des grandes personnes. La plus jeune de mes petits-enfants est une mignonne petite fille.

Elle apprend ce que les autres s’appliquent à réviser le soir après le souper. C’est un début de culture. Cette année mes petits-enfants vont sûrement vous écrire. Certains, avec la main de leur maman. Mais ils vont vous écrire. Ils ont des demandes importantes à vous faire. Car, les petits savent que vous existez. Tous croient au père Noël sauf le plus âgé qui est déjà grand de douze années. Il a l’instruction paternelle de taire son manque de foi en vous devant les jeunes. Mais ce qu’il apprend et entend de votre pôle Nord habituellement glacé commence à le tracasser. Oui, Alexandre devrait au moins savoir que le pôle Nord sera réclamé au moins par le Canada et par la Russie, peut-être aussi par le Danemark. On n’y trouve aucune ressource naturelle. Car le pôle Nord est un point. Point ! L’intérêt du pôle Nord est strictement symbolique. Selon le professeur Roussel, il est question de déterminer la nationalité du père Noël. Alexandre évoque la fonte de l’énorme banquise, la nervosité des ours blancs comme la neige et de vos rennes qui n’ont pas l’air affecté par le froid. Il a appris que le pergélisol en fondant cause des dégâts aux maisons et aux routes. Que la fonte de la banquise fait monter les océans. Un mètre que disent les grands scientifiques. Des fois en jouant dans la neige, mon grand petit-fils lorsqu’il a froid se demande comment il se fait qu’en même temps notre vieille planète se réchauffe. À ce rythme père Noël, c’est d’une charrette dont vous aurez besoin. Pas celle de Pélagie. Ah ! Si monsieur Louison vivait. Vous auriez votre charrette un jour après la commande.

Après un été particulièrement caniculaire, permettez-moi de vous prévenir sur le chemin que vous suivrez cette année. Dans les terres de Baffin, débrouillez-vous pour ne pas mettre les pieds à côté des  banquises. C’est plus de quatre kilomètres d’eau. Je vous l’ai dit, la planète se réchauffe et de ce fait il découle qu’il y a moins de glace. Une fois sur la terre ferme, suivez votre chemin comme d’habitude en enjambant les lignes du 70e parallèle jusqu’aux environs du 55e parallèle au sud de la Baie James. Rendu là, n’allez pas plus à l’ouest, car vous allez vous retrouver à Toronto dans le territoire de Santa Claus. Et là on ne parle que l’anglais. Mais, attention au Québec vous allez trouver aussi des embûches. Si vous montez jusqu’à la Baie d’Ungava, vous allez faire face à plusieurs hordes de drôles de mammifères : les bœufs musqués. Non ce ne sont pas les bisons. Ce sont des immigrants de l’Ouest. Avant 1967, on n’avait pas de ces bêtes au Québec. Il a fallu les faire venir de Fairbanks en Alaska. Quinze bêtes ont migré : douze femelles et trois mâles. J’ai eu un professeur en administration nommé Clément Tremblay, il était apparenté aux Tremblay de Rivière-au-Renard. Il occupait la fonction de directeur du Grand Nord québécois et c’est lui qui a fait venir les bœufs de l’Alaska. Une expérience. Sur la fin des années 70, j’ai rencontré Clément et je lui ai demandé de me vendre des bœufs musqués. Sa réponse fut : il fait trop chaud par chez vous. Ces bêtes sont aux oiseaux lorsqu’ils font face au vent du nord à -70 degrés Fahrenheit. Ils valent 25 000 $ chacun. Puis, ils ne sont pas à vendre. Clément même dans ses cours était clair dans ses réparties. Limpide. Son discours coulait comme coule l’eau d’un ruisseau. Selon mes informations cette migration est un succès. Mieux réussie que certaines immigrations. Puis, n’oubliez pas qu’au Québec, au nord du 49e parallèle l’État a décrété « Le Plan Nord » comportant une vaste zone protégée qui au dire des experts ne sert à rien puisqu’il n’y a rien à protéger. Niche idéale pour les éoliennes ! Pratiquement pas de monde, donc pas de « chialeux » et pas de redevances à payer. Du vent neuf tant qu’on en veut. C’est tout ce que les Américains désirent. Bon, le souhait des Américains, c’est à vérifier. Il semble que ce drôle de peuple a tout ce qu’il lui faut pour satisfaire ses besoins énergétiques. Alors, nous québécois, il nous restera à trouver une façon de mettre nos gigawatts en conserve ! Et savez-vous que notre pays de l’Estran est inclus dans la limite du 49e parallèle et qu’il est exclu du « Plan Nord »!

Je me suis un peu égaré père Noël. Un vieux défaut incorrigible. J’en ai parlé au curé, au médecin. Pas de remède à cette maladie. Il me faut vivre avec. Personnellement, père Noël je ne vous demande rien pour moi-même. J’ai de la santé et beaucoup de résistance. C’est le verdict des médecins que je vois à date fixe. Pour la statistique !

La plus jeune de mes petites-filles voudrait père Noël que vous déménagiez votre royaume à Grande-Vallée. C’est vraiment une bonne idée. Pourquoi pas père Noël? Chez nous l’hiver arrive très tôt, ici pas de dégel accéléré; toutes les conditions sont idéales. L’idée de Marion n’est pas bête. Dans nos montagnes, il serait facile de prospecter un lieu secret, magique pour ériger votre cité légendaire loin de l’urbanisme sauvage, dans une nature pure, exempte de toutes contaminations, loin des spéculateurs miniers et tout près du vrai monde. Celui qui croit encore aux miracles ! Ce serait l’occasion de créer une manufacture de jouets pour les enfants du monde entier ! Toute une opportunité d’affaires ! Et l’élevage des rennes, faudrait en parler à Ti-Mé. Mais du bœuf musqué, Ti-Mé, oublie ça ! On pourrait pousser l’idée plus loin et créer le plein emploi en Estran. Pour répondre aux demandes des enfants du monde entier, un centre d’appels pour vous père Noël et vos lutins serait avenu. Il faudra aussi allonger la piste d’envol et d’atterrissage de Ste-Madeleine. Les rennes sont des bêtes qui courent longtemps avant de s’envoler. Même au petit trot, ils ont besoin aussi d’une longue piste pour un atterrissage réussi.

Depuis quelques années l’Estran souffre, car le verdict qu’on pose sur ses villages se résume par l’expression « villages en difficulté ». Pour exprimer ma demande, père Noël, j’emprunte les mots de Michel Foucart : « Il vaut mieux allumer une bougie que de maudire l’obscurité ». Père Noël s’il-vous-plaît apportez-nous des allumeurs de bougies. «Des humaniseurs de paysages, des dynamiseurs de milieux, des enthousiasmeurs pleins de projets !». Pour notre pays, dotez nos politiciens d’une vision sociale, économique et environnementale qui profite plus à la collectivité qu’à quelques individus dont le profit est le but premier. Offrez à nos premiers ministres de puissantes lunettes d’approche afin qu’ils réalisent l’existence de toutes les régions du pays qui souffrent de leur indifférence centralisatrice.

Merci père Noël d’avoir pris de votre temps précieux pour me lire. Je vous attends le 24 décembre au soir non pas avec un verre de lait, mais avec un bon vieux scotch… entre vieux. Oubliez donc la cheminée pour sortir…

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