Hommage à Ti-Luc ! prononcé lors de ses funérailles.

Dans No 09 - Novembre 2014. par

Bonjour et merci d’être venus saluer Ti-Luc une dernière fois.

Mes quarante quelques années passées à le côtoyer me permettent, je crois, de bien vous le présenter.

Issu d’un milieu humble, et avec les limites que parfois la nature impose, il avait un de ces langages expressifs qui t’oblige à écouter.

Des images d’un passé lointain, mais qui me reviennent souvent à l’esprit. Lorsque sa mère, atteinte d’un cancer, en phase terminale à l’Hôtel-Dieu de Gaspé, je l’accompagnais lors de ces visites. Les mots n’étaient pas nécessaires. Lorsqu’il entrait dans la chambre, madame Cécile parvenait à peine à s’asseoir sur son lit, ils se regardaient et esquissaient des sourires durant toute la durée de notre visite, pas un seul mot. Touchant, émouvant et tellement beau à voir même dans ces circonstances. À notre dernière visite, sa mère était dans le coma… il tentait de la faire sourire en la câlinant. Il savait ce qui se passait, mais il cachait sa douleur derrière un difficile sourire. Lui, il n’avait pas le droit de pleurer.

Il est parti comme elle, sans trop déranger, sans se plaindre…

Ti-Luc est un personnage qui a su se gagner le respect de toute la communauté. Et j’ai bien dit « mérité ». Parlons du facteur assidu des gens du Noroît, l’assistant des Filles d’Isabelle pour la mise en place des tables : « hey, grément, ti tas de tables ! ». Pour les Chevaliers de Colomb, Chasse et Pêche, les Fermières et j’en oublie. Il prêtait ses services pour la quête le dimanche, les funérailles… Il adorait ça… il se sentait utile, valorisé. Son éternel «Pis ? Je fais-tu ben ça ?» Avec un éclat, de rire, en entrant chez-nous, le démontrait. Que de mercis de leurs parts.

Mais ce qu’il faut aussi retenir, quel vendeur de billets ! Il n’avait pas la verve d’un vendeur d’assurances ou autre, mais tout le monde lui achetait des billets : Une formule simple : « pour qui tu vends ça ? » Chasse et Pêche… pour les Fermières… pour les Chevaliers de Colomb… pour les œuvres…

« C’est quoi qui a gagné ? » Je ne sais pas ! « Ça marchait… » On savait que c’était vrai, c’était sûr et que c’était pour une bonne cause.

Il avait du caractère. Un service, oui…, pas à l’heure de la « malle », pas à l’heure du bingo… pas quand monsieur Ti-Jean lui demandait de l’aider, pas pour n’importe qui…, pas le temps de la messe… Pelleter de la neige, ouais, mais pas trop…. Ça revient trop souvent ! Perron à madame Romain, pis les marches… Rentrer du bois ? Oui, mais pour ses clients, madame Laurette, monsieur  Jean-Guy et madame Firmin.

Infiltrateur. Un attroupement, ça jase… Je vais savoir ce qu’ils disent… Étant tout ouïe et tout oreilles, il s’immisçait dans le groupe sans se préoccuper d’être le bienvenu.
Rapporteur : une nouvelle ! Mon Ti-Luc rentre et on ricane… « Une nouvelle, Ti-Luc ? » Ça commençait par le punch, mais on finissait par savoir.

Garder un secret ? Oui, mais les vrais seulement : Je n’ai jamais réussi à lui faire dévoiler le signe des Chevaliers de Colomb. À moins que ce soit un sourire…

Les gens de notre communauté et des environs te disent un au revoir que tu n’as peut-être jamais imaginé.

Ti-Luc, tu nous quittes en laissant une belle signature : franchise, dévouement, de la bonté à revendre.

Tu nous as rappelé qu’on peut être utile à une communauté, à ta façon.

En son nom, je remercie les gens qui s’occupent des personnes comme lui, quand le besoin se fait sentir… Travailleurs sociaux et autres qui œuvrent dans ces domaines. On les oublie souvent… Marcel, tu leur transmettras le message, si l’occasion se présente.

Merci à ceux et celles qui lui ont offert le gîte : madame Romain, Alain, Diana et Mariette.

Encore une fois, merci à vous tous d’être venus.

Gaby Minville

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2 Commentaires

  1. j ai connu cet homme extraordinaire ,le 14 aout 2010.
    pendant la messe funeraire de mon pere Fernand .il a veille sur ses cendre installer sur larriere de ma voiture. De son regard il ma dit t inquiete pas je veille sur lui.

    REPOSE EN PAIX MR.TI-LUC.

    Manon.

  2. Merci pour ce mot si bien rédigé chère Gaby.

    Je vous envoie, ainsi qu’aux siens, au nom de nos souvenirs entre sa famille et la mienne, mes plus respectueuses condoléances.

    Denis Gaumond

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