«L’écho-aidant»

Dans No 05 - Juillet 2014. par

C’est l’été et tout le monde refait le plein d’énergie et « décroche » du quotidien en prenant des vacances, en profitant du précieux soleil, en accueillant ou visitant la famille. Tout le monde ?

« Avec les grandes chaleurs qu’on a, c’est épuisant de donner le bain à mon mari… /Ce matin, comme bien des matins, j’ai dû laver toute la literie et nettoyer le matelas parce que, pendant la nuit, mon père ôte ses “culottes spéciales”… /Je voudrais faire quelques sorties estivales avec ma femme : elle refuse en disant qu’elle ne connaît personne ou qu’elle n’est jamais allée là… alors, on reste à la maison, mais, même les visiteurs la rendent anxieuse… /impossible de prendre de vraies vacances : je ne confierai jamais toutes mes tâches quotidiennes à personne d’autre… et ça dérangerait trop ma mère que quelqu’un d’autre s’occupe d’elle pendant une semaine… j’en aurais pour une autre semaine à reprendre la routine… » Paroles d’aidants dévoués et dépassés par la charge quotidienne de travail !

Les aidants et l’obligation versus l’affection

On prend trop souvent pour acquis que l’amour entre parents et enfants est naturel et que donner le soutien requis est l’expression de cet amour. De plus, le fait de vieillir chez soi est pratiquement devenu la norme dans notre société, de sorte que les proches des personnes âgées en perte d’autonomie deviennent des aidants, non par choix, mais par obligation morale. Ainsi, les conjoints apportent de l’aide via les liens du mariage et à la solidarité entre époux, alors que les enfants le feront pour rendre ce qu’ils ont eux-mêmes reçu. Même que ce sentiment d’obligation serait plus fort que le sentiment d’affection ; c’est le devoir d’aider. En somme, l’affection et l’obligation peuvent coexister chez un aidant, mais, si l’obligation peut exister sans affection, l’inverse ne se peut pas.

Les aidants et la fatigue

Les motifs d’implication, le sentiment de responsabilité et la place prise par l’aidant sont invariablement liés à l’histoire et la dynamique familiale. S’engager par affection plutôt que par obligation n’aura vraisemblablement pas les mêmes conséquences sur la relation d’aide elle-même et sur les bénéfices ou sur les impacts négatifs vécus par l’aidant lui-même.

Il est vrai que l’aidant peut être fier de maintenir la personne aidée dans son milieu naturel de vie, de lui éviter l’institutionnalisation ; l’aidance est une source de valorisation personnelle, d’estime de soi et un contact humain privilégié. Plusieurs aidants peuvent témoigner du resserrement des liens, de la richesse et du plaisir qu’ils retirent d’une telle expérience.

Mais, s’il est un consensus chez les aidants, c’est bien celui de la lourde charge que leurs tâches impliquent. On parle de sentiment de colère et de culpabilité, d’isolement social et de perte de temps de loisirs, de conflits familiaux, de dérangement du quotidien, de surcharge dans les divers rôles sociaux, de fatigue, d’anxiété, de dépression, d’épuisement, de perte d’emploi ou d’absences répétées du travail et d’apparition ou d’aggravation de problèmes de santé.

De plus, les aidants vivent souvent un sentiment d’inquiétude continuelle concernant l’avenir de la personne dépendante, sa sécurité, l’évolution de sa maladie et le placement éventuel. Lorsqu’il s’agit de problèmes cognitifs, la relation aidé/aidant est en constante évolution et bouleversée ; des tensions émotives importantes s’installent dans la relation affective, surtout lorsque la personne malade présente des comportements perturbateurs comme de l’agressivité, des fugues ou des comportements sexuels inadéquats.

*** Source : « Être proche en dépit de cette maladie qui éloigne »/Étude sur les aidants/Régie Régionale de la Santé et des Services Sociaux GÎM, mai 2002

Je répète souvent aux aidants rencontrés et soutenus que « pour durer dans l’aidance, il faut trouver du temps et une place pour soi ». Tout abandonner pour se consacrer à l’autre, ça peut aller pendant un certain temps ; lorsque l’énergie est à la baisse, il faut trouver où se brancher pour recharger ses piles sinon, tout ce que l’on a investi du meilleur de soi est en péril. Il existe de plus en plus de solutions ponctuelles de soutien qui permettent de reprendre son souffle et des rencontres individuelles ou de groupes qui permettent d’être soutenu et accompagné dans son rôle d’aidant. Un pas à faire, un coup de téléphone, quelques mots… et déjà, ça va mieux ! Contactez-moi : c’est un plaisir pour moi de vous rencontrer et de vous parler !

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