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Poivre et Sel

Dans No 03 - Avril-Mai 2014. par

Impossible de vous dire mon âge, il change tout le temps.
Alphonse Allais

La période où les Québécois ont profité d’un haut taux de natalité après la conquête de la Nouvelle-France par les Anglais en 1759 fut appelée : La Revanche des berceaux. Pour lutter contre l’assimilation, à l’époque, le but des familles québécoises était d’avoir plus d’enfants que les Anglais afin d’être supérieurs en nombre. On peut affirmer que notre société contemporaine a aussi connu jusqu’à un certain point, sa revanche des berceaux, mais désignée cette fois par le « baby-boomer ». Des facteurs sociaux comme la Première Guerre mondiale, la Grande Dépression de 1929, la Deuxième Guerre mondiale ont été responsables de la baisse du taux de natalité au Québec. Le taux de natalité, qui correspond au nombre de naissances pour 1000 habitants, va grimper à partir de 1945. Ce fut le « baby-boomer » !

Vous faites partie des baby-boomers ? Ma femme, oui, Moi, non. Car je suis trop vieux de quelques années. Dans mon temps, c’était un bébé par année. Vous savez ce qu’est le « baby-boom » ? Il n’est pas facile de s’y retrouver avec cette expression, car elle épouse différentes connotations selon l’expert que l’on consulte. Pour les uns, cette période a duré une quinzaine d’années après la deuxième guerre mondiale entre 1946 et 1960. Pour d’autres cette période s’étend jusqu’à 1975 et même encore plus près du tournant du siècle. Tout a changé durant ces années, le phénomène fut marqué par la diminution de la pratique religieuse, le rejet des valeurs traditionnelles, l’arrivée de la conscientisation des menaces environnementales, de menaces de guerre nucléaire et du terrorisme, l’inauguration des voyages dans l’espace. Non, la collusion n’est pas limitée à notre actualité. Elle existait bien avant, dans le temps, par euphémisme, on la nommait : patronage. D’autres parts le revenu des particuliers a augmenté, l’avancement des sciences a élevé les standards de vie notamment en santé en prolongeant l’espérance de vie.

Afin de nous situer sur la ligne du temps, je vous rapporte un petit fait qui en dit long sur le choc des générations. La semaine dernière, un entrepreneur en rénovation de maison m’a donné une lettre qu’il a trouvée en faisant des travaux à l’hôtel Grande-Vallée. Cette lettre date du 12 octobre 1919. Elle fut écrite à l’intention de madame Blanche Maloney  par le curé de Chlorydormes , l’abbé P. M. Gagné, prêtre. La lettre disait : pourrais-tu venir enseigner à Pointe- Frégate ? Salaire environ 22 piastres par mois. Environ trente élèves. Pension facile à trouver et modérée. Tu rendrais service pour catéchisme ! L’éducation et la politique étaient le lot d’un petit nombre. Dans les villages, le curé était la référence majeure en matière de lecture et d’écriture. Alors, il était consulté en cas de problèmes concernant l’éducation et très souvent ceux de la politique. Mais le changement est venu. Il s’est produit à la vitesse de l’éclair. Le futur nous est arrivé dans la face comme un coup de vent et a filé dans le passé, à la vitesse de l’éclair. Une partie de cette période a même reçu l’étiquette de Révolution tranquille. On peut affirmer que la période des « baby-boomers » fut une période de changements rapides. « Le rythme de l’évolution de l’homme depuis le début de son histoire est au moins cent mille fois plus rapide que celui de l’évolution au temps de la préhistoire».  J’ai lu quelque part que la personne qui a soixante-dix ans aujourd’hui, a vécu plus de changements dans son existence qu’il s’en est produit durant les dix derniers mille ans.  Ce qui faisait dire à Alvin Toffler : nous sommes tous en fait, citoyens de l’Âge de l’Éphémère. On change. Et pour l’essentiel de la vie, c’est vrai. On se souvient des personnes âgées qui disaient : dans notre temps… dans le temps…

Après ce long préambule, je veux me porter à la défense des « baby-boomers » : groupe social que l’on asperge de propos les rendant responsables des maux qu’attend le devenir de notre société. Étant exclu de ce groupe qui sera bientôt passé date et n’ayant eu aucun deal douteux avec ma conjointe, je me considère placé en dehors des conflits d’intérêts.

(Début de la lecture brève)
Ha ! On n’a plus les bébés qu’on avait ! On est loin du muguet et des coliques avec les maux qui accablent nos « baby-boomers ». Ménopause, andropause, myopie, presbytie, surdité, rhumatisme, arthrite, oignon, sciatique, lumbago les amènent à consulter les médecins de famille qui en désespoir de cause les dirigent vers ophtalmos, les opticiens, les ORL, les denturologues, les chiros, les ostéopathes, les psychos, les psychis. Avec leurs prothèses capillaires, dentaires, du genou, de la hanche, leurs béquilles pharmaceutiques, leurs lotions, leurs potions, madame Avon, leurs pilules et petites granules, ils sont équipés pour durer jusqu’à cent ans ! Que de bons services !

Il n’est pas rare aujourd’hui d’entendre un discours médiatisé qui fait des aînés un poids pour la société. L’État a contré ce discours en créant le fond des générations. Le Fonds des générations est un fonds de fiducie créé en 2006 par le gouvernement du Québec afin de réduire la dette publique. (Au moins, un bon point pour les libéraux). Si certains voient dans le vieillissement de la population une source de problèmes, c’est qu’ils font l’erreur d’assimiler la situation d’aujourd’hui et de demain à celle des aînés d’il y a 40 ou 50 ans. Selon le magazine « Quoi de neuf », les facteurs qui font augmenter les coûts du système de santé sont multiples et que le vieillissement de la population y est pour peu de choses. Les personnes âgées ont en général travaillé durant toute une période de vie active, dans des professions comme l’éducation, la santé, les services juridiques, dans des métiers comme charpentiers, menuisiers, manœuvres, agriculteurs, pêcheurs, forestiers. Sans oublier bien sûr ceux qui ont assumé des professions reliées à l’administration, l’industrie et au commerce, etc. Ces personnes ont payé et paient encore des impôts et taxes permettant à l’État de fournir biens et services à toute la communauté humaine d’un village, d’une province ou encore d’un pays. Ce qui plus est, à la retraite, on retrouve plusieurs de ces personnes oeuvrant comme travailleur bénévole. Très souvent, la personne âgée doit assumer les coûts reliés au système de santé, à l’assurance médicament. Passons qu’il soit normal dans une société que l’entraide fasse partie des valeurs universellement reconnues ; ce qui ne passe pas c’est qu’un certain discours médiatique n’en fasse pas mention. On continue de parler de la lourdeur des soins que requièrent les aînés.
Rien n’est parfait dans la gouverne d’un état. Les uns crient pour avoir du pain, d’autres crient parce qu’ils ont trop d’eau. Parbleu, dit le meunier, est bien fou du cerveau Qui prétend contenter tout le monde et son père.  Force nous est de reconnaître la participation économique et sociale des « baby-boomers » dans la société du Québec.

En guise de conclusion, j’emprunte les mots de Ginette Plamondon, qui résument bien l’apport social et économique des baby-boomers pour l’enrichissement de leur village et finalement du Québec tout entier.

En effet, les personnes aînées du Québec peuvent s’enorgueillir de l’important patrimoine qu’elles laissent à la société québécoise. Les personnes aînées ont contribué à créer un héritage collectif de programmes sociaux dont bénéficie l’ensemble de la collectivité. Citons l’accessibilité scolaire, la gratuité des services médicaux et hospitaliers, les généreux congés de maternité, de paternité et parentalité ainsi que les garderies à contribution réduite. Toutes ces composantes de notre société mises en place par les aînés d’aujourd’hui contribuent largement à faire du Québec une société où les inégalités sociales et économiques sont moins importantes que dans plusieurs autres provinces canadiennes.

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