Poivre et sel

Dans No 01 - Février 2011. par

La boite de Pandore

«Vivre sans ruse ni perfidie n’est plus possible depuis que nous savons “dans quelle dangereuse situation l’homme s’est fourré depuis qu’il ne cherche plus son image dans l’onde claire des ruisseaux.”

Jean Giono

Cet après-midi, j’arrivais d’un rendez-vous dans le bout de la pointe de Gaspé. De retour dans mon village, pour me conformer au judicieux diagnostic de mon médecin, je suis arrêté à la pharmacie. Deux femmes échangeaient avec les caissières au sujet des produits naturels. Les deux étaient d’accord pour dire que c’était mieux au temps des apothicaires. Moi, j’en doute! Mais la liberté d’expression est reconnue dans une majorité de chartes à l’échelle des pays du monde. Alors, j’ai laissé les deux femmes à leurs propos.

Entendant discourir tout au fond, je me suis avancé dans l’ombre des allées remplies de remèdes pour les malades comme pour les bien-portants. Là, Gérald évoquait les temps anciens avec Bona de Cloridorme. Gérald, se supportant sur sa jambe gauche, sa meilleure, la casquette sur l’œil droit, son pire, racontait à Bona les souvenirs de son jeune temps, sans écouter le contenu des secrets professionnels que s’échangeaient la femme de Bona de Cloridorme et la pharmacienne. Gérald ne se presse pas. Il raconte à qui l’écoute, sinon il retourne à son poêle à bois comme au temps de son enfance. En fait, Gérald est drôle ou pas commode, c’est selon. Cet après-midi Gérald est entré en propos en demandant à Bona de Cloridorme : a-as-tu connu Aexandre, toé, toé Bon? Gérald coupe ses syllabes selon l’émotion et ça lui va bien, ça met un rythme que les autres ne mettent pas dans leurs phrases.

“Aexandre” c’était mon grand-père Alexandre. Là, je fis un pas en avant. Gérald rapportait les propos de Monsieur Prudent du temps où les gens pour se distraire “coltaillaient” dans une arène improvisée en face de l’église, juste pour digérer le sermon copieux du curé. Et un jour, mon grand-père avait mis le curé Bujold au défi de “coltailler” avec lui, avait rapporté Monsieur Prudent : j’vous jure qu’Aexandre prenait des maudites “plunges”! J’ai fait quelques pas et Gérald m’a aperçu et il est subtilement devenu sérieux. Il a cessé de parler de mon grand-père car Gérald sait la dévotion que je porte à mon ancêtre et que je ne supporte pas qu’il ait été battu à la lutte par son curé. Alors, il a changé de propos.

– Où – où, où est-ce qu’on s’en va Bon? Ba- Bas-tarache t’en a pas assez toé?

– Trop, a repris Bona

– Les – les gaz de schiste ça t’inquiète-t’y?

– Un  peu, a opiné Bona.

– Vincent Lacroix et Con-Conrad Black?

– Des belles crapules a répondu Bona.

– Les- les déchirures d’Hydro-Québec dans la-la montagne? Les parcs éoliens qu’on n’a pas besoin? C’est – c’est aussi pire que le poteau à Télus.

Alors, je me suis avancé et, droit comme un “poteau” j’ai dit : là, mon homme, tu touches une corde sensible. D’accord, nous voulons des villages beaux, harmonieux et prospères et ironiquement j’ai ajouté : ce n’est pas en nous laissant berner par les discours comme le tien qu’on va empêcher des compagnies (nos amies??) qui ne veulent que notre bien-être environnemental, social et économique qu’on va y réussir. Là Gérald a eu un tic de son meilleur œil et il a passé une manche sous une de ses narines qui pleurait!

Puis Bona de Cloridorme et Gérald ont entrepris une courte tirade sur les voyages des bélugas et les changements climatiques. Bon, comme moi qui suis bien ignorant de ces domaines, ils n’ont fait qu’émettre des opinions. Qu’en bon ignorant, je me suis empressé de partager.

C’est sûr que Gérald ne s’était pas levé du bon pied. Il en avait gros sur le cœur alors, il s’est permis une légère dose de politique.

-On est rendu à un point que personne n’a plus confiance en son gouvernement.

Je me suis dit en moi-même : sauf mon épouse qui fait partie des 28% de la population appuyant un gouvernement libéral.

-T’aurais dû faire un politicien, ai-je dit à Gérald.

-Co – comme dirait monsieur Prudent, je suis trop ma – malin.

– Tout ce qu’on entend c’est des “mentries”! Y a pu moyen de se retrouver a ajouté Gérald.

Je l’écoutais se vider l’âme jusqu’à la nausée.

– Ça va passer, ai-je repris. Le monde en a vu des pires.

Avant de basculer dans le désespoir de Gérald, je suis revenu à la maison. Dans ma maison tout est calme. J’y goûte, la paix et la liberté. Au fond, mon ami Gérald a raison. Ça ne va pas à notre goût à maints égards. Le changement nous rattrape comme une lame de fond. Les décisions qui nous affectent se prennent d’aussi loin que Riyad. Et on le sait dans l’heure. Ce matin, je lisais les propos du professeur Laprise sur l’explication des culbutes climatiques. Selon l’éminent professeur, s’il neige en Nouvelle-Angleterre, si les hivers québécois sont si doux, il faut aller aux Açores et en Islande pour en trouver la cause. Il n’y a que les Inuits qui ne s’ennuient pas dans la fixité polaire. Mais, le changement s’en vient. On est  en  train de décongeler ces peuples qui s’accommodaient de leur froid sans en demander plus. Il a neigé à Port-au-Prince. Il pleut encore à Chamonix. Le monde est en chamaille. On gèle au sud, on sue au nord. 1

Oui, ça va mal dans le monde Et ça date. Dans le livre de l’histoire humaine, on dirait que quelques pages ont été arrachées. Les hommes tentent de découvrir ce qu’il y avait d’écrit sur l’origine de leur espèce et de leurs maux. Tous, on connait l’histoire de la Genèse des écrivains sacrés : six jours pour créer un environnement et un jour pour créer l’homme. Puis est arrivée l’expulsion “manu militari” du Paradis terrestre avec les conséquences que l’on connait. Une femme était tombée dans les pommes! Les Grecs avec leur grand sens de l’humour à l’instar des écrivains sacrés, ont à leur tour inventé un mythe qui résume bien la naissance des hommes et explique le pourquoi de nos maux : la boite de Pandore. Dans la mythologie grecque, les hommes ne jouissaient pas des privilèges du feu. Prométhée, fils de Gaïa et d’Ouranos 2  ayant beaucoup d’empathie pour les hommes, dans un geste philanthropique a dérobé le feu à Zeus 3 et en fit cadeau aux hommes. Zeus fit enchaîner Prométhée sur le Caucase où un aigle venait lui ronger le foie, lequel repoussait sans cesse. Pour punir les hommes, Zeus a fait un coup de maître : il a créé Pandore. C’était toute une créature Ainsi donc, Zeus avait créé, en guise de punition pour les hommes, ce beau mal qu’est la femme.

Je donnerai, en place du feu, un mal qui ravisse
l’âme des hommes qui chériront ainsi leur misère.

Un mal d’autant plus pernicieux comme le disait Jacques Desautels, que les hommes se complairont à entourer d’amour pour leur propre malheur.

Sur l’ordre de Zeus, elle fut ainsi fabriquée dans de l’argile par Héphaïstos; Athéna lui donna ensuite la vie, lui apprit l’habileté manuelle (elle lui apprit entre autres l’art du tissage) et l’habilla ; Aphrodite lui donna la beauté; Apollon lui donna le talent musical, Hermès lui apprit le mensonge et l’art de la persuasion; enfin, Héra lui donna la curiosité et la jalousie. 5 Belle école!

Épiméthée, frère de Prométhée épousa Pandore. Cette dernière avait apporté dans sa dote une boite mystérieuse que Zeus lui avait défendu d’ouvrir. Vous connaissez la curiosité des femmes! Ben, elle a ouvert la fameuse boite et comme un nuage de confettis, tous nos maux s’en sont échappés : Vieillesse, Maladie, Guerre, Famine, Misère, Folie, Vice, Tromperie, Passion ainsi que l’Espérance. Cette dernière était considérée par les dieux grecs comme un mal, car l’homme heureux n’avait pas besoin d’elle. Essayez donc de remettre tout ça dans la boite!

Vous comprenez maintenant pourquoi ça va si mal. Imaginez si Zeus avait donné à Pandore, un site Facebook à ne pas ouvrir au lieu d’une malheureuse boite! Oui, ça va mal mon ami, mais ça ne prend pas une commission d’enquête pour conclure que derrière la faute attribuée à Pandore, c’est en réalité de la faute d’un homme. Aujourd’hui, Prométhée est devenu Assange6 et la boite de Pandore c’est Wikileak. Le mythe “plunge” donc dans la réalité comme le dirait monsieur Prudent! Quant à l’Ève de la Genèse, considérant la présence d’un serpent, tirez vos propres conclusions!

Ayant ainsi rétabli les faits, messieurs, si nous chérissions nos femmes pour notre plus grand bonheur?

Bonne St-Valentin
___________________
1- Chanson Jean-Pierre Ferland
2- Mythologie gréco-romaine, Jacques Desautels, notes de cours.
3- Divinité suprême de l’Olympe son attribut est la foudre.
4- Les Travaux et les Jours, Hésiode, vers 58.
5- Wilkipedia
6-Julian Assange, Wikileaks.

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