Gens de mer , gens de terre

Dans No 08 - Octobre 2010. par

MOU OU OU A A A AEUH!    MI U U AEUH A A!   Un mâle appelle un autre mâle. Un rival rôde sur le territoire. Des frottements. Des claquements énergiques de racline à la Jean-Pierre. L’écho fait écho… Indifférent à ces grognements. Plutôt astucieux, le cervidé prépare la souille pour sa future. Pendant ce temps, une femelle se plaint!   U A A HI HI AH WOU WOU!   Chaleur d’automne.

Frileuse. La montagne s’enveloppe d’un châle ouateux. Jaune. Rouge. Orange. Rouille taché de vert. Un arc-en-ciel de couleurs habille la belle. SILENCE! Pas une feuille ne bouge. Le vent somnole paresseusement. Sérénité. Nature monacale.

OH! Des bruits hétéroclites! Roucoulements. Ronrons désordonnés. La watch fait la sieste… Mais! L’intrépide Bruno veille au grain. Observe inlassablement chaque arbre. Chaque ondoiement imperceptible des feuilles. Est aux aguets. Écoute. Craquement. Flic flac. Grognement.

Narines dilatées. Il flaire l’odeur éventuelle d’un cervidé. Déception! C’est plutôt le fumet pestilentiel d’un humanoïde.

Tiens! D’la visite! Une abeille noire atterrit sur un carré rouge salé. Biz! Biz! Est-ce un signe de rut territorial? Les trois comparses tendent l’oreille. Les arcs sont à portée de mains. Autres craquements. Ça bouge autour du mirador. Cric! Crac! Croc! Qui a apporté des céréales? Cric! C’est moi! Dit le petit écureuil! Ah! C’qu’il est mignon! Photo.

Attente d’après-midi au territoire de la grosse roche. Chuchotement intempestif. Eh! Est-ce que j’peux caller moi aussi? Après tout, si une femelle s’en mêle, peut-être que le mâle va prendre le mord aux dents par ici??? Imperturbables. Jean-Pierre Béland, Alain Beaudet, Bruno Galant acquiescent à ma demande. Timidement. Courageusement. Dans le machinchouette cornet, je lâche un cri à la Tarzan… OAOAOU AUOUCH CHI CHI CHA! Les mâles gloussent gracieusement. Un camion passe sur la route… L’appel n’a pas été oiseux…

Sursaut! Au loin. Trois. Quatre coups de feu… Près d’un sentier! Élégante, une perdrix se dandine. Nous salue ironiquement. Se faufile lentement dans les méandres forestiers.
La nature se réveille. Les chasseurs sont sur le qui-vive. Bruno calle aux quinze minutes. Les armes légères s’impatientent. Tout près. Un, deux, trois, quatre… p’tits veaux, comme on dit, s’ébrouent dans les branches. Trop jeunes. La mère surveille. Respectueusement. L’arc baisse les bras. Près de la grosse roche. Une, deux, trois femelles mâchouillent de petites branches. De quoi rêver. Au pont de fer. Deux autres brunettes se prélassent à l’ombre d’un bouleau. Ah! C’qu’elles sont belles. Sans permis. Chasse interdite.

Paré. Le chasseur laisse l’animal s’approcher à une cinquantaine de pieds. La flèche d’un arc se déplace à une vitesse de trois cent cinq pieds à la seconde. La petite pointe métallique doit toucher les organes vitaux des pattes avant. Le tir doit être précis. Sans précipitation. Sans faille. La récompense est à ce prix.

Aujourd’hui, pas un orignal ne s’est pointé le bout du panache… Qu’à cela ne tienne! De retour au campement, tous ensemble, nous dégustons une bonne bière et des en-cas pour saluer l’élégance et le mystère de cette magnifique journée dans la forêt.

Les chasseurs ont le droit de rêver. Mais c’est le règne animal qui impose son rythme.

Surprise! De retour à Pointe-à-la-Frégate,un coyote fait le beau au bord de la route…

 

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