Gens de mer, gens de terre

Dans No 04 - Juin 2010. par

Chut la floune! Tu marmonnes trop fort! Souffle Jasmine la cheuf de la troupe. Ben quoi! C’est Tarl qui chigne! Y’ est pas d’accord qu’on aille dans le champ de l’oncle Xavier… pour… Tant pis. On y va quand même. Déclare la gang. À la queue leu leu. Hardiment. Filles et garçons écrasent le foin sur le sentier de l’invasion dans l’Anse-à-Mercier. Aouch! J’ai pilé sur des toques! Se lamente p’tit Pierre. T’as juste à mettre des bas! Coco! Réplique Monique. Je n’aime pas ça des « “haussettes”! mâchonne le jeune… Waoh! T’as vu Martin? C’est plein d’ patates par icitte! S’épate Marie-May M.. Est-ce qu’on les mange? Susurre Catherine sourire en coin. Spontanément les flos et les flounes courent dans les rangs du jardin. En vitesse remplissent leurs poches de gorlots.

Assaut. Sans crier «gare» Marc tire un gorlot à Kathy. Qui le reçoit sur une jambe. Furieuse. Elle lance une patate qui atterrit sur Tarl. P’tit Pierre s’agrippe au gilet de Tarl. Le déchire. Paf! Ils tombent tous les deux dans les patates… La guerre! C’est la guerre! Déclare Réjean.

Les gorlots volent. BONG! Sur le genou d’Annick. Marc évite un projectile de justesse. OUTCH! Bruit mou sur la fesse de Monique. AYOYE! Craquement douloureux de l’épaule de Martin. Attention le proprio s’en vient. On change de champ! Hurle Marc. Course. Direction jardin de Zéphérin Brousseau. Les grelots sont plus abondants. Plus petits. C’est rassurant. L’invasion continue. Les poches se remplissent. Les adversaires rivalisent d’audace. Les grappes de gorlots pleuvent. Tintent. Frôlent les oreilles des adversaires des deux camps. Les bosses poussent. Les esprits s’échauffent.

Audacieux. Les belligérants se dirigent maintenant vers le champ de pommes de terre de Joachim Bernatchez. En passant dans le jardin de Madame Léa, coups de pied à sa rhubarbe. Une poignée de fraises pour se donner de l’énergie. PSST! Cachez-vous! Madame Léa est aux aguets! murmure Martin. Bof! Intrépides. Les flounes et les flos se sentent invincibles.
Troisième assaut. La bataille s’emplifie dangereusement. Soudain. Un OVNI traverse le champ d’obus. Sifflement. Marie-May. Se retourne. Trop tard. Le projectile l’atteint sur la joue. Tout près de l’œil. Stupéfaite. Elle s’écroule. Arrêt des hostilités. Apeurés. Les enfants se penchent sur la blessée. Bleue. Rouge. Un arc-en-ciel envahit son visage. Est-ce qu’elle va mourir? questionnent en chœur Marc et p’tit Pierre.

Course. Tout essoufflé. Martin se précipite sur les petits soldats et soldates. S’égosille. Vite! Messieurs Joachim, Xavier, Zéphérin arrivent au pas de course! Panique. Cachez-vous! Moi, je reste près de Marie-May. Déclare héroïquement Jasmine. Tels des combattants en défaite, le groupe déserte les lieux. Court en direction du plain.

Mains sur les hanches. Les hommes observent la scène. Pathétique. Jasmine à genoux près de Marie-May sanglote. Faiblement. Tel le murmure de la brise. Marie-May gémit à fendre l’âme. Ahuris. Les hommes se regardent. N’osent questionner les jeunes filles. Que faire devant tant de chagrin…? Allez! On vous ramène à la maison. Vos parents vont s’occuper de vous.

Bruit dans les hautes herbes. Un à un. Têtes baissées. Des gorlots qui débordent encore de leurs poches… Les enfants marqués de bleus et de bosses s’avancent pesamment vers les adultes.

Devinez ce qui les attend à la maison…

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