Arthur Fournier, un coopérant de la première heure

Dans No 05 - Juillet 2008. par

Ce récit met en lumière l’apport d’un grand-père, Arthur Fournier, pionnier du développement coopératif des pêches au Québec.

Arthur Fournier naît à Grande-Vallée, le 22 juillet 1890. Il est le premier enfant de Arthur Fournier et de Demerise Labrecque. Quatorze frères et sœurs suivront. Arthur Fournier père, à cette époque, vit de la pêche, de l’agriculture et des revenus d’un magasin général qui existe encore à Grande-Vallée.

Celui que dans la famille on a toujours nommé « Bébé », passe son enfance et son adolescence à aider aux travaux de la ferme tout en poursuivant son apprentissage scolaire. Ayant atteint sa quinzième année, Arthur quitte l’école du village. Comme on disait en ce temps là :  Il en savait autant que la maîtresse d’école . Une certaine aisance régnait dans la maison, mais Arthur, étant l’aîné, de devait de participer à l’amélioration des conditions de vie de l’ensemble de ses frères et sœurs. Arthur aimait la pêche. Il choisit le métier de pêcheur qu’il pratiquera pendant trente ans et qu’il ne quittera que pour devenir le représentant de ses confrères pêcheurs. Si l’on connaît tant soit peu la condition des pêcheurs de la Gaspésie à cette époque, on s’imagine facilement de quoi ses jours étaient faits. Il était patient à en être choquant; il risquait apparemment sans témérité et il comptait sur les siens en cas de besoin, comme les siens pouvaient compter sur lui. Ce sont ces convictions profondes qui seront à la base de son engagement dans le travail coopératif.

On sait qu’à cette époque, avant la mise sur pied des premières coopératives, la condition des pêcheurs de la Gaspésie n’est pas des meilleures. L’évêque de Gaspé, Mgr Ross, après une tournée pastorale de son diocèse en 1923, ayant constaté la pauvreté des pêcheurs côtiers, leur désoeuvrement lors de la période hivernale et le peu de liberté que leur laissait leur dépendance face à l’ensemble des grandes compagnies, voulut leur offrir le moyen de s’affranchir des Jersiais qui possédaient le monopole de cette industrie. Il se tourne alors vers la coopération et tente de mettre sur pied un réseau de petites coopératives qui pourraient acheter les produits de la pêche, s’occuper de trouver des acheteurs et fournir tout le matériel nécessaire aux pêcheurs. Malheureusement les gens étaient peu habitués à cette façon de procéder et les compagnies en place, voyant ce noyau coopératif se développer, offrent aux pêcheurs de meilleurs prix que les coopératives peuvent payer. On voit alors tomber un à un ces organismes qui avaient été mis en place avec tant d’enthousiasme.

En octobre 1911, à l’âge de 21 ans, Arthur unit sa destinée à celle de Élisabeth Richard, aussi de Grande-Vallée. Ils auront onze enfants dont trois pratiqueront le métier de leur père. Son épouse est petite de taille mais grande de cœur. En plus d’élever une grande famille et d’assister son époux dans les opérations de la pêche, elle accompagne souvent le médecin lors des accouchements.

À Grande-Vallée, en 1930, on met sur pied la coopérative des pêcheurs et elle existe encore en 1936 quand on lance le deuxième mouvement coopératif. Arthur est nommé à l’unanimité pour en assurer la gérance. Sa carrière de pêcheur prend fin avec ses nouvelles responsabilités. Mais il connaît bien la problématique de l’industrie, ayant peiné pendant plus de trente ans afin de subvenir aux besoins de sa nombreuse famille. Il sait les efforts déployés par chacun dans le froid et les vagues. Il a lutté contre les courants et même, à certaines occasions, contre la mort. Il avait fait sien le dicton qui disait qu’au large, une heure de pêche pouvait faire ta journée à condition d’être là au bon moment.

À quarante ans, c’est avec la même ténacité, la même patience, le même dévouement, le même désir de comprendre et de servir qu’il s’attellera à la tâche de directeur de la Fédération des Pêcheurs-Unis du Québec issue du Service social-économique. Il fera partie du premier conseil d’administration en 1939 et son mandat sera renouvelé jusqu’au moment de sa retraite en 1959. Il assumera la présidence en 1944-1945 et 1945-1946. Il conservera ce poste jusqu’en 1959.

Il est difficile de porter un jugement sur les orientations prises par Pêcheurs-Unis à cette époque. Certains leur reprochent de ne pas avoir été assez avant-gardistes. Il faut penser qu’au point de départ, on cherchait surtout à assurer aux pêcheurs un revenu leur permettant de subvenir à leurs besoins. On était dans une économie de subsistance. On n’envisageait pas encore de grands projets d’avenir mais on cherchait plutôt à assurer au jour le jour le bien-être des membres. Plus tard, on verra se mettre en place des entrepôts frigorifiques, des usines de transformation du poisson. On passera du marché composé uniquement de poisson séché à un marché mixte. Lors de la convention annuelle en 1956, Arthur Fournier, alors président des Pêcheurs-Unis, s’adressait ainsi aux membres présents : Nous avons fait les premiers pas dans le domaine des grands développements et je suis fier de vous en rendre hommage. En effet, l’année 1956 avait permis de nouvelles acquisitions. L’usine de Gaspé ouvrait ses portes et celles de Rivière-au-Renard, Saint-Maurice, Sainte-Thérèse, Cloridorme et Percé avaient été rénovées. Plusieurs pêcheurs étaient devenus propriétaires de cordiers et de chalutiers, ce qui permettait d’offrir plus de poissons sur les divers marchés.

Grande-Vallée suivit le mouvement. Quelques pêcheurs s’équipèrent de bateaux baptisés Gaspésienne . On construisit une usine de traitement du poisson qui était alimentée par les flottes côtières et hauturières. On connut une période de prospérité. Après l’ouverture de Mines Gaspé, en 1953, plusieurs pêcheurs quittèrent leur métier pour partir travailler à la mine. Les salaires étaient bons et on n’était plus à la merci du mauvais temps et d’une saison où les prises seraient maigres. L’usine de Grande-Vallée ferma ses portes en 1968, l’entrepôt frigorifiques en 1979. En 1981, on forma l’ Association des pêcheurs côtiers de Grande-Vallée . Mais, après quelques années de fonctionnement, on assista à sa dissolution. Aujourd’hui, Grande-Vallée n’a plus l’allure du port de pêche qu’elle avait au cours des bonnes années. La nécessité de la centralisation et la faible quantité des prises ont déplacé les activités vers les villages de Cloridorme et Rivière-au-Renard.

Revenant à Arthur, on peut dire qu’il a toujours été un adepte de la coopération. Il était convaincu que la force était dans l’union et que nous devions nous appuyer sur cette force pour développer notre région. La preuve en est qu’en plus de son engagement auprès de la Coopérative des pêcheurs de Grande-Vallée et de son rôle de président des Pêcheurs-Unis du Québec , dont il a été un des premiers membres, il a trouvé le temps d’être directeur du Syndicat forestier et d’en assumer la gérance en 1947-1948. Il a été directeur de la Coopérative d’électricité de Gaspé Nord et l’un des promoteurs de la Coopérative d’aqueduc de Grande-Vallée.

C’est d’ailleurs pour l’ensemble de sa participation à la vie de sa communauté à l’intérieur de plusieurs mouvements coopératifs et pour son sens de la solidarité que le Conseil de la coopération lui a décerné l’ Ordre du mérite coopératif quatrième degré en 1958 .

Arthur décède en juillet 1970, laissant derrière lui un témoignage de dévouement, de ténacité, de constance et d’honnêteté dans le service à sa communauté.

« Il sait les efforts déployés par chacun dans le froid et les vagues. Il a lutté contre les courants et même, à certaines occasions, contre la mort »
Source : Magazine Gaspésie, Vol 44, no 2, Automne 2007 p.22-23

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