Entreprises québécoises – Le recyclage en héritage

Dans No 06 - Août 2007. par

Cascade veut se maintenir «à l’avant-garde de tout le monde»

Le père a inculqué à la famille Lemaire un sens des valeurs tiré notamment des vertus du recyclage. Les fils sont devenus des hommes d’affaires soucieux du respect de l’environnement et du développement durable. Bienvenue chez Cascades.

Cascades mise pour beaucoup sur les ressources humaines et attribue une grande part des succès de l’entreprise à ses employés œuvrant dans un cadre de gestion participative. La compagnie prend à cœur les intérêts des collectivités au sein desquelles elle évolue. Une belle histoire de plus de 40 ans de responsabilité sociale.

Alain Lemaire occupe aujourd’hui le poste de président et chef de la direction de Cascades. La compagnie a vu le jour en 1964, mais dès le milieu des années 1950, lui et les membres de sa famille avaient été sensibilisés aux bons côtés du recyclage par leur père. Il fut leur source d’inspiration et leur modèle: «Côté responsabilisation, je dirais que nos parents ont beaucoup influencé notre philosophie d’entreprise d’aujourd’hui. Mon père était un inventif et un récupérateur né dans l’âme.»

Il se remémore cette époque marquée par la pauvreté: «Il réutilisait toujours les choses. Étant donné que nous étions très pauvres, tout était récupéré et la maison a été construite avec des vieux matériaux, comme du vieux bois et des vieux radiateurs à l’eau. Très habile de ses mains, il avait bâti lui-même cette habitation de pierre.»

Il dépeint ce père: «Sa vision de recycleur vient du fait qu’il a été contraint au chômage; à l’époque, il n’y avait pas d’assurance-emploi ou d’assurance sociale. Comme il était un créditiste qui prônait ce genre de mesures, la responsabilité sociale faisait partie de ses valeurs. Les gens pensaient qu’il était quelque peu anarchique à cause de ses idées, mais il était plutôt un socialiste. Dans l’obligation de faire vivre sa famille, il s’est mis à trier les vidanges et à récupérer le linge, les métaux et le papier.»

Virage vers l’entreprise et mode de gestion

Le passage du mode de survie à la récupération des déchets de la ville de Drummondville s’est alors effectué; d’ailleurs, cette activité se poursuit. M. Lemaire relate la suite des choses: «On est devenu des commerçants de papier en même temps qu’on s’occupait d’un centre de récupération. Après quoi, autour de 1963, on a ouvert l’usine de Kingsey Falls. Cette opération a fait boule de neige et, avec la collaboration des employés, on a pu «opérer» d’autres usines de pâte moulée ou de papiers se situant en marge de [ce que fabriquaient] les grandes papetières de l’époque.»

Cascades se lance dans les acquisitions et gère d’une autre façon: «On a procédé à la récupération d’usines fermées par d’autres papetières et on a très peu construit de nouvelles installations. La plupart du temps, on a acheté des usines qui étaient en perdition, qui étaient fermées ou dont d’autres voulaient se débarrasser.»

Il s’arrête sur la méthode qu’ils ont privilégiée: «Ce sont toujours les employés qui font la différence dans la performance d’une entreprise. Alors, on a favorisé une approche un peu philosophique du respect de ceux-ci et du partage des profits. Pour nous, un employé n’était pas un numéro, et les relations avec le personnel devaient se dérouler de façon sensiblement différente: les pouvoirs n’appartiennent pas seulement au siège social, mais doivent être partagés avec les gens «du plancher» dans le respect de l’autonomie de chacune des usines. Tout cela faisait en sorte que nous avions une gestion très différente des papetières classiques dotées de sièges sociaux centralisés.» Bien servie par son personnel, Cascades a trouvé le moyen de rentabiliser des unités considérées comme irrémédiablement déficitaires.

L’entreprise a toujours suivi cette voie et elle continue dans la même direction: «On a connu du succès de cette manière-là et pour nous, c’était très important de rendre les employés le plus heureux possible. On s’est toujours plu là-dedans et ça nous convenait très bien. On a toujours été bien servi de cette façon, donc pourquoi penser faire autrement alors que la compagnie est aujourd’hui diversifiée dans plusieurs secteurs d’activité à cause des occasions d’acquisition, principalement dans le domaine des pâtes et papiers, bien sûr, mais aussi dans celui de l’emballage, des tissus ou des produits spécialisés?»

Une vision élargie

Le président croit que le développement durable se situe au-delà de l’environnement: «Ça fait aussi partie de notre implication sociale dans le milieu. Cette implication-là, à la fois sociale et communautaire, qu’on a de la difficulté à retrouver aujourd’hui dans les nouvelles générations, on continue de la promouvoir. Le développement durable, ça fait partie d’une répartition de la richesse qu’on essaie de réaliser par le partage des profits, mais aussi d’une conscientisation écologique; dans ce cas, ça fait partie intégrante de nos gènes, de notre ADN en tant que gestionnaires à cause de l’influence de nos parents.»

Pour cette raison, il n’a pas été trop contraignant pour Cascades de se plier aux nouvelles normes en matière d’environnement: «Oui, on avait des usines qui n’étaient pas à la hauteur, en raison du fait qu’elles avaient été acquises d’autres producteurs de papier. On a donc été obligé de faire des grands pas pour les mettre à jour, mais ce n’était pas de façon négative que nous avons vu la situation. Maintenant, quand on compare nos résultats sur le plan des émissions atmosphériques ou de l’eau contaminée à la rivière, on est à l’avant-garde de tout le monde; ça coûte des sous de le faire, mais pour nous, c’est une volonté de la direction d’aller dans ce sens-là parce que nous sommes dans le secteur des produits recyclés et qu’il en va de l’impact sur l’image de l’entreprise.»

Cette approche est devenue une marque de commerce, soutient Alain Lemaire: «Depuis un an ou deux, on en retire davantage de bénéfices. Il en résulte qu’on se démarque et que nos résultats financiers sont un peu meilleurs à la suite de toutes ces actions-là qui nous donnent un petit avantage sur la concurrence; il faut en bénéficier. Au départ, c’était naturel, mais on s’en sert présentement comme élément de marketing et de promotion de produits nouveaux, comme c’est le cas avec le Bioxo.»

Il regarde vers l’avenir: «On va continuer de mettre l’emphase sur des papiers tissus recyclés, dont les gens ne voulaient pas auparavant parce qu’ils les croyaient de moins bonne qualité et moins soyeux. Les techniques ont évolué et on peut maintenant offrir des produits très comparables à partir d’une matière première avantageuse, ce dont les gens sont plus conscients. On a ainsi l’occasion de remplir les tablettes des magasins ou d’effectuer des ventes à une entreprise comme Quebecor, en raison du fait qu’on peut offrir un produit haut de gamme qui possède un avantage écologique. C’est bon pour donner une meilleure image de Cascades et des entrepreneurs qui font affaire chez nous.»

Il se réjouit que les gens de Greenpeace et autres mouvements en faveur de l’environnement saluent les efforts d’une papetière comme Cascades: «Nous allons poursuivre dans ce sens-là. L’année dernière seulement, on a réduit nos émissions de gaz à effet de serre de 10 % dans l’entreprise. Nous avons consenti de bons efforts et il nous en reste à faire, non pas parce que nous y sommes contraints, mais parce que nous y croyons fondamentalement.»

Collaborateur du Devoir

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