L’infini de l’eau

Dans No 05 - Juillet 2007. par

L’eau. Y a-t-il quelque chose de plus mystérieux. Même en ayant grandi avec comme paysage le fleuve, il me semble impossible de comprendre ce phénomène qui fait monter en moi des images, des sons, des odeurs, des souvenirs, des sensations, des émotions en rafale dans le plus profond de moi-même. Je n’ai qu’à fermer les yeux et je m’évade, j’emprunte, pour un moment, les ailes d’un oiseau et je survole l’infini bleu qui s’offre à moi. Je sens déjà l’air marin qui inonde mes narines…

L’eau, ses opposés, ses contradictions. L’eau, à la fois douceur et violence. Sa douceur qui caresse mes pieds lorsque je les plonge dans l’eau. Sa violence, quand ses raz-de-marée et ses tsunamis anéantissent, dans des pays éloignés, des paysages et des familles. L’eau, sa puissance qui détruit tout sur son passage. L’eau, pourtant symbole même de la vie. Debout devant l’infini. L’infini bleu d’une beauté indescriptible. Le délice qui s’offre à mes yeux. Les vagues tantôt presque absentes, tantôt déchaînées. Leur fracas sur la grève. La maison de mes grands-parents au bord de la mer. Le bruit des vagues qui me berce dans mon sommeil profond. Qui perce bruyamment le silence d’un petit village côtier. Un fond sonore toujours présent.

Une ballade sur la plage. Mes pieds ancrés dans le sable. Les bouts de bois, sans cesse ramenés sur le rivage par la marée, qui blessent mes orteils. Moi, à sept ou huit ans. Mes châteaux de sable qu’une vague gourmande engloutit à mon plus grand désespoir. Moi, ramenant avec fierté des éclats de vitre polie, des coquillages multicolores, des bouts de bois de formes étranges, des carapaces de crabes, des étoiles de mer séchées que je tente de ramener à la vie. À l’adolescence, les baignades entre amis lors des journées de chaleur. Le sel qui brûle mes lèvres. Son goût amer qui me fait grimacer. Le froid de l’eau qui rafraîchit chaque partie de mon corps, provoquant en moi un grand frisson.

Le plaisir entre amis. Les éclaboussures. Ma tête sous l’eau qui contemple les fonds marins. Le sable, les algues, les poissons, les débris. Un coucher de soleil qui passe du rouge flamboyant à l’orage plutôt pêche et qui finalement s’enfonce et disparaît derrière la ligne d’horizon. La noirceur qui gagne la plage et qui remplace le bleu clair de l’océan par un noir profond. Les feux de camp sur la grève. Les guimauves et les saucisses grillées. Une guitare et des chansons. Une bière, tranquillement assise sur un vieux billot mangé par la marée. Le sable froid qui remplit mes souliers. Le reflet de l’eau dans les yeux d’une fillette qui savoure son premier baiser.

Le reflet du soleil sur les vagues. La mer, une vieille chanson interprétée par Ginette Reno. «La mer, qu’on voit danser le long des golfes clairs, a des reflets d’argent, la mer, des reflets changeants, sous la pluie.» Le vent qui fait monter les vagues, créant des flots blancs à la surface. Les tempêtes en mer, les marins sur les bateaux qui luttent pour leur survie et puis… le calme plat, la mer stagnante. Une larme chaude qui coule sur ma joue, me ramenant doucement les pieds sur terre. Toutes ces pensées qui se sont bousculées pour évacuer mon esprit reviendront bientôt le hanter. Peut-être lors d’une ballade sur la terrasse Dufferin- Montmorency, ou bien lors d’un voyage sous les tropiques, où le sable blanc se mêle aux eaux turquoises, ou encore lors de mon prochain voyage sur ma terre natale, la Gaspésie, alors que les vagues berceront encore une fois mes nuits et mes rêves…

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