Monsieur Esdras Minville: un grand maître

Dans No 09 - Novembre 2005. par

Le 27 mai dernier, j’eus le privilège et l’honneur d’être reçu par Monsieur Jean-Marie Toulouse, le dernier successeur de Monsieur Esdras Minville, à la direction de l’École des Hautes Études commerciales de Montréal. Ma rencontre avait pour but d’impliquer cette prestigieuse institution dans la démarche entreprise par les quatre municipalités de l’Estran. Au préalable, en prenant rendez-vous avec ce grand personnage, je lui avais signifié mes origines gaspésiennes.

La chaleur de son accueil facilita ce premier contact me permettant d’expliquer les objets de ma visite avec aisance. Pendant une demi-heure, devant un directeur attentif et disponible, j’exposai alors l’historique, les caractéristiques et les enjeux de la démarche qui nous suivons depuis quatre ans en Estran, vers un modèle économique de développement durable. M. Toulouse eut tôt fait de reconnaître l’inspirateur de mes propos : Monsieur Esdras Minville.

À la fin de mon exposé, il dit:
– Qu’est-ce que vous voulez que je fasse pour l’Estran?
Je lui ai répondu : « Je vais vous dire ce que font nos partenaires de l’Université Laval, de la Chaire en Paysage de l’Université de Montréal et du ministère de l’Environnement, du développement durable et des parcs ».

Suite à mon propos, monsieur Toulouse ajouta : « Je vais faire quelque chose pour l’Estran ». Puis, il reprit: « Quant à Monsieur Minville, je vous assure que tout ce qui se passe à l’école des Hautes Études commerciales aujourd’hui, c’est d’inspiration de la pensée de Monsieur Esdras Minville. Il est parmi nous et plus vivant que jamais ».

Mercredi, le 4 novembre dernier, je me trouvais à la Chaire en Paysage et environnement de l’Université de Montréal, en compagnie du professeur François Tremblay. En me montrant le livre écrit par Dominique Foisy-Geoffroy sur la pensée de M. Minville de 1923 à 1939, M. Tremblay me disait: « Monsieur Toulouse directeur des HÉC est venu nous signifier que la démarche de l’Estran sur le Paysage humanisé est contenue dans Esdras Minville ».

Le 9 décembre prochain marquera le 30e anniversaire du décès de ce grand Maître. Je souhaite qu’on se souvienne de lui. Les écrits, les rapports, les études et les discours d’aujourd’hui ne manquent pas pour dire à tous les canadiens, à tous les québécois, à tous les gaspésiens, qu’Esdras Minville n’est pas simplement un « intellectuel d’hier1 », mais que sa pensée d’homme d’action traverse le temps dans une fraîcheur d’éternelle jeunesse. Tout le discours sur le développement durable à partir de la conférence de Stockolm en 1972, en passant par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement et le rapport Brundtland en 1987, le Sommet de la Terre de Rio en 1992, jusqu’à la Conférence de Johanesbourg en 2003 et le Plan d’action du gouvernement québécois pour le développement durable en 2004, tout ce discours dis-je, on le retrouve dans les treize volumes édités par les économistes François-Albert Angers et Ruth Paradis relatant la pensée et l’action de monsieur Esdras. Quarante ans avant tout le monde, monsieur Esdras, ce grand visionnaire savait, disait et écrivait. Le discours d’aujourd’hui, sur la nouvelle économie, la mondialisation, la protection et l’exploitation durable des ressources, la fragilité de l’environnement, le nationalisme québécois, la coopération, etc., est en grande partie l’écho de la voix d’Esdras Minville.

La pensée de ce grand homme a passé avec succès le test de la révolution tranquille. Dans sa grande lucidité, il disait lui-même: « Oh! Je sais qu’il n’est pas facile de batailler pour le triomphe des idées saines, dans un pays où ceux qui s’attardent encore à voir clair…… sont classés parmi les hallucinés et les visionnaires ». (Esdras Minville, Agir pour vivre! paru dans l’Actualité économique de novembre 1927.)

Puissent les gens de l’Estran être à la hauteur de ce fils de la Gaspésie!

1- Titre de l’article de Louis Cornellier, paru dans le journal le Devoir,
24 juillet 2004

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