Chronique :Exprimez-vous !!!

Dans No 02 - Mars 2005. par
À la suite des événements survenus récemment à Grande-Vallée, dont le décès accidentel du jeune, prenons-nous trop de risques de manière insouciante pouvant atteindre à la sécurité des autres (ex. conduire son automobile alors qu’on a atteint un âge avancé, manquer de vigilance à mieux protéger nos employés, laisser notre jeune enfant mal attaché dans son siège d’auto, ne pas verrouiller nos portes de voiture dans un endroit public tout en y laissant notre bambin à l’intérieur pour à peine 1 à 2 minutes, prendre la route en état d’ébriété alors qu’on n’a qu’une courte distance à franchir avant d’arriver à destination, etc.)?
RÉPONSES :
En réponse à la question posée dans le journal du mois dernier, j’aimerais rapporter les réflexions que cette question a soulevées en moi.
Tout d’abord, à la première lecture de la question, un malaise m’a assaillie. Où veulent en venir le ou les auteurs de la question? N’aurait-il pas mieux fallu écrire « inconsciemment » au lieu de « de manière insouciante »? En y réfléchissant bien, je réalise que, cette question, posée telle quelle, provoquait en moi un inconfort, une prise de conscience de certains comportements irresponsables que j’avais eus dans un passé lointain et même rapproché.
Entasser un groupe d’une douzaine d’enfants dans une fourgonnette sans sièges pour les amener à la piscine située à plus de quinze kilomètres du lieu d’origine est-il un comportement inconscient ou insouciant? Insouciant diriez-vous? C’est pourtant ce que j’ai fait avec deux jeunes finissants du secondaire comme moi pendant que nous avions la responsabilité d’un groupe d’enfants dans le cadre d’un projet étudiant. Je n’en suis pas fière, vous vous doutez bien! J’avais pleinement conscience que nous prenions un gros risque et que nous mettions la vie de plusieurs enfants en danger, mais, comme vous le savez, les pressions de groupes peuvent souvent nous convaincre que le risque est moins important que nous l’anticipons. Rien de fâcheux ne nous est arrivé suite à cette escapade, tant mieux pour tout le monde! Par contre, si nous avions été moins chanceux??? Il m’est aussi arrivé de laisser mon enfant à l’extérieur, endormi dans sa poussette alors que j’étais à l’intérieur à retirer de l’argent au guichet automatique. Ce n’était pas bien dangereux, certains d’entre vous se diront. Et si je vous disais que cela s’était produit en pleine période touristique et que plein d’étrangers circulaient dans le village?
Rappelons-nous le cas de cette éducatrice en garderie, il y a de cela quelques années, qui avait pris la décision de prendre une dizaine d’enfants à bord de sa propre mini fourgonnette pour les amener à la cabane à sucre après avoir cherché en vain de l’aide pour les véhiculer. La pauvre dame avait bien conscience des risques de transporter un si grand nombre d’enfants dont la plupart n’étaient pas attachés, faute de ceintures suffisantes. Elle a tout de même tenté sa chance pour faire plaisir aux tout-petits et jugeant la distance à parcourir moindre. Malheureusement, le pire est arrivé et la plupart des petits perdaient la vie, dont son propre fils. L’événement avait fait la une des journaux et la manchette des réseaux de télévision. Tout le monde se sentait touché par cet accident. Touché par le nombre élevé de tout-petits morts, mais touché aussi par le fait que plusieurs d’entre nous sympathisions avec cette jeune femme qui ne voulait que le bien des enfants et leur faire plaisir. Aurions-nous pris la même décision qu’elle à sa place?
Tout cela pour conclure que, selon moi, nous adoptons tous des comportements ou prenons tous des décisions susceptibles de mettre la vie des gens en danger, et cela plus souvent consciemment que non. Si nous le faisons trop souvent? Sûrement! Le niveau d’insouciance dépend souvent du degré de danger. Ici, dans le secteur, nous laissons nos enfants de 6 à 10 ans seuls au parc, alors qu’en ville, nous n’y songerions même pas. La plupart d’entre nous ne nous soucions pas de verrouiller nos portes de résidence pendant la nuit. En ville, nous les verrouillerions peut-être même en plein jour. Le fait de conduire une voiture à l’âge de 16, 30 ou de 80 ans ne détermine pas le degré de responsabilité face à la vie d’autrui. Toute personne a la même responsabilité au volant. Un éclairage insuffisant, un bref moment d’inattention, une mauvaise identification nocturne des travailleurs en bordure des routes, etc., sont tous des facteurs pouvant entrer en jeu dans un accident comme celui survenu en janvier. Beaucoup plus d’accidents mortels auraient pu survenir dans le secteur. Pensons à combien d’entre nous conduisons à plus de 110 Km/h sur nos routes étroites, sinueuses et cahoteuses. On a beau chercher sur qui porter le blâme, personne ne voulait la mort d’Alexandre. Cessons donc de juger les autres et profitons-en donc, individuellement et collectivement pour analyser et faire un effort afin de modifier nos comportements susceptibles de nuire à autrui!
Gaétanne Normand, Grande-Vallée
Veillons au grain
Il y a des actions qui nécessitent beaucoup plus de considération et de jugement (conduire et conditions sécuritaires) que d’autres moins significatives sur le plan du danger intrinsèque encouru.
L’aspect «prendre des risques» relève d’une attitude injustifiable du simple fait que ce comportement implique la connaissance des dangers et prédétermine la responsabilité des actes posés. L’insouciance relève de la désinvolture, du désintéressement, de l’immaturité et de ce fait n’a pas sa place non plus lors d’actions qui impliquent la vie d’autrui. Ce non-respect et ce «je-m’en-foutisme» reflètent une forme d’indifférence condamnable car consciente et irrespectueuse. Il y a manquement grave et faute de discernement.
La vigilance a comme partenaires la prévention et l’anticipation des situations pouvant entraîner des accidents, des blessures ou la mort. La logique et la sens des responsabilités sont aussi des éléments-clés. La constante préoccupation du respect des lois et des normes de sécurité est un autre point pour lequel le non-respect ne trouve pas de raison d’être.
S’il y a manquement à ces éléments essentiels, le drame surgit et la conscience de la personne impliquée aura vite faite de se manifester. Naîtra alors la sensation de culpabilité. Les tentatives de camouflage ou d’excuse ne réussissent généralement pas à étouffer ce jaillissement intérieur qui marque pour la vie.
C’est avec ces pensées à l’esprit que nous devrions toujours aborder nos gestes et actions impliquant autrui. Il faut rester éveillé, guetter ces circonstances qui deviennent si vite tragiques. Les visualiser et en évaluer préalablement les conséquences. Toujours être alerte, prudent et ne jamais se faire surprendre. Il est impossible de justifier ou d’excuser des morts ou blessures qui auraient pu être évitées. Par la suite, suivent ces expressions si pénibles « si j’avais su » et« trop tard ».
 

Pierre Giroux, 21 février 2005
Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.

*