Un rêve qui aurait pu devenir réalité si ?

Dans No 06 - Août 2005. par

Samedi, le 9 juillet dernier, j’entretenais une conversation des plus intéressantes avec mon grand-père Elie en ce qui concerne l’exode des enfants de notre secteur vers les grandes métropoles. Lors de cette discussion, grand-père était plutôt pensif et songeur. Assis sur le bord de la grève, il regardait le fleuve avec un air nostalgique. Cependant, l’éclat de ses yeux laissait transparaître une petite lueur d’espoir et d’optimisme face à l’avenir de notre belle région.

Après un bref moment de silence, grand-père se tourna vers moi et me dit : « Marie-Pier, il n’y a pas si longtemps de cela, notre gouvernement annonçait une manne pour la Gaspésie qui serait investie majoritairement dans le secteur éolien; une énergie à la fois propre et renouvelable. Le premier ministre du Québec, Monsieur Jean Charest, a déclaré aux résidents gaspésiens, il y a quelques mois de cela, qu’un montant d’argent totalisant près d’un milliard de dollars allait être injecté dans un projet de développement d’Hydro-Québec qui donnera naissance à 8 parcs éoliens dans la région, ce qui représente 660 éoliennes. Cependant, le 29 juin dernier, monsieur Charest a précisé, dans un communiqué de presse, que la réalisation de ce projet devrait susciter des investissements évalués à plus de 3 milliards de dollars. Marie-Pier, lorsque je pense à ce projet, il y a un rêve qui se trame dans ma tête. J’imagine que la société d’État « Hydro-Québec » prend à sa charge la construction des usines d’éoliennes, construit ses monstres géants et les installe un peu partout dans notre beau coin de pays. Ce qui est le plus intéressant dans ma rêverie, c’est que les gaspésiens sont invités à être les principaux actionnaires dans cette nouvelle entreprise d’énergie éolienne . Par le fait même, de nombreux jeunes se trouvent un emploi stable et assez rémunérateur, alors que d’autres orientent leurs études vers ce secteur de plus en plus fleurissant et alléchant, car de multiples opportunités professionnelles s’offrent à eux. Il est donc avéré que les profits obtenus grâce aux éoliennes reviennent aux gaspésiens, qui eux, les investissent dans le développement économique de la Gaspésie. Par conséquent, cela permet à nos jeunes de demeurer dans leur village natal, car une certaine sécurité d’emploi leur est certifiée. »

Sur ses paroles, j’interromps mon grand-père et lui dis de redescendre les deux pieds sur Terre, car malheureusement la réalité est tout autre. Son beau rêve n’est qu’une simple fiction qui ne pourra, hélas, jamais voir le jour ! Voyons plutôt les choses comme elles se présentent véritablement. Nous, résidants gaspésiens, jamais au grand jamais, nous n’avons su combien rapportait monétairement une éolienne par année. En effet, la compagnie « Hydro-Québec » se fait très discrète sur cet aspect. À l’opposé du rêve de mon grand-père, ce sont des personnes de l’extérieur qui empocheront la quasi-totalité des profits, si profits il y a. Or, ne soyons pas stupides, il est évident que ces monstres géants seront une source de revenus importante, car ces gens n’investiraient certes pas des centaines de millions de dollars s’ils n’étaient pas entièrement convaincus des bénéfices possibles.

Lorsque sera venu le temps de procéder à l’installation, il est manifeste que les investisseurs feront travailler les gens d’ici. Cependant, dans 5, 6 ou 7 ans, lorsque tout le processus d’assemblage sera terminé, nous, les gaspésiens, regarderons les éoliennes tourner et les investisseurs, eux, cumuleront leurs profits. Encore une fois, on aura simplement regarder le train passé sans même avoir essayé d’y embarquer. Sur ses paroles, mon grand-père me regarda et me dit : « Mon rêve aurait pu devenir réalité. Il aurait fallu commencer par la chose la plus importante, soit de s’informer des profits que génère une éolienne annuellement. » Encore une fois, son regard se tourna vers le fleuve. Il me serra la main et s’éloigna pensif.

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