Homélie pour Alexandre Fournier

Dans No 01 - Février 2005. par

Être en tenue de service, garder sa lampe allumée, se tenir prêt. Autant de paroles de Jésus qui invitent à la vigilance. Parce que nous ignorons le moment de notre départ pour l’au-delà, parce que la mort elle-même n’a ni logique, ni heure, mieux vaut être disposés pour la rencontre avec le Seigneur du temps et de l’histoire. La recommandation ne vise pas à faire peur. Elle est pleine d’amour. C’est celle de l’autre qui appelle, de celui qui a déjà passé la mort et qui sera au rendez-vous de la nôtre. « Comme le Serviteur attendant son maître ».

Jésus donne sens à notre vie si nous lui faisons la place qui lui revient. « Trouver dans ma vie, ta présence, tenir une lampe allumée ». À vous, la jeunesse présente, je tiens à rappeler qu’il y aura bientôt deux ans, Jean-Philippe nous quittait. Je soulignais l’opportunité d’être en bonne relation avec le Seigneur de la Vie. Ne sachant jamais quand le glas sonne pour la grande rencontre avec celui qui me tient en existence humaine et terrestre, Alexandre qui était dans l’assemblée lors des funérailles de Jean-Philippe ne se doutait nullement qu’un tel destin l’attendait un jour.

La consigne de Jésus n’est pas la peur, c’est de vivre pleinement les jours qui me sont alloués dans la joie, le bonheur de vivre, l’amitié, la jeunesse. Réaliser ses rêves et se procurer quelques sous par son travail, et ainsi subvenir à ses menus besoins qui agrémentent l’existence. Le message pour vous tous, les Jeunes, c’est qu’il faut croire en des valeurs qui sont bien au-delà de l’existence terre-à-terre et qui donne sens à la vie. Être toujours prêts, tenir sa lampe allumée, c’est vivre au rythme de l’amour de Dieu et du prochain avec une certaine liberté du cœur.

À vous, chers parents et amis d’Alexandre qui êtes rassemblés autour des cendres d’Alexandre que la mort a soudainement emporté et arraché à votre affection, la brutalité de cet événement nous surprend et nous assomme tout à la fois comme un coup de foudre dans un ciel serein. Certes, nous savons que notre vie est fragile et précaire. Tous les jours les journaux nous rappellent. Mais, il s’agit toujours des autres et nous ne nous imaginons pas que cela puisse nous atteindre.

Voila pourquoi le choc est intense et brutal puisqu’il concerne la communauté dont les individus étaient si proches les uns les autres de par le travail, l’entraide mutuelle et l’amitié. Si la justice humaine poursuit son cours pour enquête et imposer sentences, la pastorale poursuit le sien afin d’ouvrir les cœurs à l’espérance et la miséricorde au pardon. Dans cette situation dramatique, des familles de notre paroisse vivent douloureusement l’événement. Un silence respectueux ne serait-il pas préférable? Cependant, la parole peut mieux que le silence tisser entre nous tous, une fraternelle communion. De par ma profession d’enseignant et de prêtrise, je tiens à vous assurer que je souffre avec vous, je peine avec vous et je me questionne avec vous. Dès l’aube de mon ordination, un neveu disparaissait dans un accident de la route et depuis, une dizaine d’autres à qui j’ai célébré les funérailles, ce fût toujours des moments pénibles de célébration.

Heureusement que la Parole donne réconfort. Là où il y a des ténèbres, Dieu met la lumière. Là où il y a la mort, Dieu sait semer la vie. Le regard que Dieu porte sur Alexandre en est un de tendresse et d’amour. C’est lui le Créateur. Ce Jeune plein de vie aimait musique et chant, fréquentait la maison des Jeunes et servait le dernier repas des aînés, le 19 décembre accomplissant avec sourire et minutie les consignes que donnaient les responsables. Il était beau ce jeune homme au cœur de quinze ans de le voir évoluer avec aisance.

Jésus a prononcé une parole qui me semble appropriée à ce que nous vivons communautairement et présentement : « Venez à moi, vous qui êtes fatigués et accablés, je vous soulagerai ». Aujourd’hui, nous sommes invités à venir à Jésus, à croire à cet incroyable amour de Dieu manifesté en Jésus Christ et cela malgré la tristesse et l’accablement qui nous envahissent.

« Venez à moi vous qui peinez et ployez sous le fardeau, en moi vous trouverez le repos car je suis doux et humble de cœur.» À la jeunesse présente à l’assemblée liturgique constituée pour les funérailles d’Alexandre, j’aimerais faire une prière en la mettant dans la bouche d’Alexandre pour nous tous, ici : « Que votre cœur soit sans crainte! » Mon parcours familial, amical, scolaire, mon travail de vidangeur se terminent sur cette route où je fus emporté comme feuille au vent. De là-haut, je vous vois et vous entends et ma prière rejoint la vôtre en ce moment de mon départ visible à vos regards. Nos souvenirs se croiseront toujours et sur le cœur de ce Jésus que je connais un peu mieux maintenant, je vous attends et je vous bénis.

Une étoile de plus poursuit sa course au firmament de Dieu, elle a pour nom: Alexandre.

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